‹ Des Différentes Formes d'Ostéo-Arthrites Tuberculeuses De Leur TraitementChapitre 5 sur 55 · EN · texte numérisé non relu

EN

IL fait remarquer que les auteurs français et anglais furent les pre-

miérs à signaler la faculté qu'ont les bacilles à pénétrer jusqu'aux glandes lymphatiques et surtout anx glandes péribronchiques sans déterminer au préalable de véritables lésions de la muqueuse qu'ils traversent. Strumpell dit que les glandes ainsi infectées peuvent s'ouvrir dans les poumons et déterminer une T. pulmonaire secondaire. D'après Bollinger, la présence des bacilles ‘T. a été plusieurs fois constatée à l’autopsie d'enfants morts de rougeole pendant la grande épidémie qui sévit à Marseille en 1888, bien qu'avant cette maladie ces enfants fussent en apparence parfaitement sains et indemres de F. Eichhorst et Ziemssen sont aussi du même avis.

Pendant ces dernières années les anatomo-pathologistes ont rapporté de nombreux exemples d'individus âgés morts presque subitement où avec des symptômes plus ou moins évidents de T, diffuse et chez lesquels ils trouvèrent des ganglions caséeux ouverts dans l’œsophage ou dans l’intérieur des bronches ou de la plèvre. Norack a publié en 1891, un cas de ce genre. À Londres et à New-York des cas analogues ont été observés concernant presque tous des enfants au-dessous de deux ans.

Des recherches de Loo mis il ressort que la T. primitive des ganglions n’est pas rare chez l'adulte. Sur 15 individus morts de maladies aiguës mais non de T., il a trouvé six fois des bacilles dans les coupes, soit 40 0/0.

Sans élucider cette question, Pizzini a entrepris une série de recherches portant sur 30 sujets morts de maladies aiguës ou d’accidents et exempts en apparence de T. Avec des ganglions bronchiques mésentériques et cervicaux il inocula des cobayes en partie dans le

péritoine, en partie dans letissu cellulaire sous-cutané du dos. Voici les conclusions auxquelles il est arrivé : les bacilles T. se rencontrent dans les ganglions dans la proportion de 42 0/0. Certains faits démontrent d'une manière convaincante qu'ils peuvent exister chez des personnes saines et robustes. Le plus souvent ils restent à l’état de repos dans les glandes existant dans les ganglions bronchiques tout “en conservant leur pouvoir infectieux. Ils se déposent presque exclu-

sivement dans les ganglions péribronchiques, car l'air inspiré est la cause d'infection la plus fréquente. Il est du reste à remarquer que la situation des ganglions dans les ramifications bronchiques, est bien

ee

faite pour faciliter la pénétration des bacilles dans leur intérieur. On sait, en effet, que sous la muqueuse de la trachée et des bronches existe un réseau continu de vaisseaux lymphatiques en communication directe avec les ganglions placés entre les deux bronches et le long de la première portion des petites bronches. Si la force de résistance de la muqueuse est diminuée par un léger catarrhe, les bacilles qui s'étaient arrêtés tout d’abord à sa surface, passent dansla profondeur et de là dans les glandes lymphatiques où ils peuvent séjourner à l'état latent pendant un temps indéterminé.

‘ Il n’en est jamais ainsi, ou du moins pas aussi fréquemment pour les autres ganglions de l'organisme. L'auteur n’a en réalité constaté dans aucun eas la présence des bacilles dans les glandes mésentériques. D'ailleurs l'inoculation T. a lieu bien plus rarement:par la voie intestinale que par la voie pulmonaire. L’acidité de l'estomac suffit souvent à anéantir l’action du bacille. Enfin l'intestin est balayé par une quantité énorme de substances qui entraînent les bacilles et ne leur permettent pas un ne ne sur le même point de la muqueuse.

Il ne faut donc pas ne une trop grande impetiances aux portes d'entrées de la T. il vaut mieux étudier la résistance des différents tissus. Sila crase sanguine s’altère, les bacilles situés dans les glandes

‘Iymphatiques trouvent des conditions favorables à leur développement et envahissent tout l'organisme. Ainsi s'expliquent les cas de T. qui se développent brusquement à la fin des maladies chroniques non T. comme par exemple le diabète, la chlorose.

Au Congrès de médecine interne de 1892, Wolff (1) ini les

recherches de Cornet qui mit bien en évidence l’ubiquité des germes de la T. Ce fait est confirmé du reste par la fréquence de la T. latente qui serait de 15 0/0 pour la plupart des auteurs (Bellinger, Baumgarten), de 36 0/0 d'après 5 recherches personnelles de Wolff, de 48 et 97 0/0 d’après Heitler, Baudet et Rouger.

Chez les enfants, puisque; d'après les recherches de Babes Fe tuberculose latente se rencontre dans une proportion de 70 0/0, il faut se demander si l'infection T. ne date pas dans la majorité des cas de l'enfance, si en un mot la T.n’est pas une maladie propre à l'enfance au même titre que la rougeole, la scarlatine, etc.

(1) WoLrr. Mercredi méd., 15 juin 1892,

Cette supposition n’a rien d'impossible. En effet, dans beaucoup de cas de T. confirmée il est difficile de déterminer le moment précis de l'infection : quand une femme en couche où un typhique restés longtemps l’un et l’autre au lit font de la T.,on ne voit pas bien la source de l'infection à moins d'admettre le réveil d'un ancien foyer qui pendant des années est resté silencieux.

On peut donc admettre que l'infection T. étant très fréquente pour ne pus dire générale a lieu pendant l'enfance ce qui n'exclut pas du reste la possibilité d’une réinfection à l'âge adulte. Il faut done attribuer aux T, latentes une plus grande importance qu'on ne le fait actuellement. |

Engelbach (1) dans le but de se rendre compte: de la fréquence de la T. chez les enfants a fait l'examen bactériologique des poumons et des glandes bronchiques ou abdominales de 120 enfants dont l'âge variait entre 5 jours a 8 ans. Il a trouvé le bacille de Koch, dans 12 0/0 des enfants âgés de 2 à 8 mois ; 93 fois sur 100 dans le poumon ou les ganglions bronchiques et 86 fois sur 100 dans ceux de l'abdomen. ARE |

Ces recherches nous montrent que certaines adénites chroniques d'emblée considérées comme purement inflammatoires chez certains adultes, les conscrits par exemple, sont probablement, T, Elles nous montrent encore combien est peu probable l'immunité conférée par la guérison d'une T. locale à l'égard de la F, pulmonaire comme MM. Marfan (2) et Pagurier (3) -ont essayé de le démontrer.

De plus, les expériences de Dobroklowski montrent avec quelle rapidité le bacille T. se répand dans la lymphe et par suite combien il est difficile de neutraliser les effets d'une inoculation par une opération qui prétendrait arrêter le virus dans sa marche ou lui barrer le passage et combien il est nécessaire de croire qu’en enlevant

. un foyer de T, en apparence unique ou préviendra la généralisation.

Ainsi rien ne trahit encore la présence des bacilles qu'ils ont déjà envahi toute l’économie, L:

Jeannel de Toulouse a également démontré que 16 heures après

. (1) ENGELBACH. Revue générale de clinique et de thérapeutique, 28 septembre 1892. ‘ (2) MARFAN. Archiv. gén. de méd., 1887. ù (3) PAGURIER. Thèse. Lyon, 1891-92.

pee

une inoculation de matières T. le sang de l'animal contient déjà des bacilles.

Aussi certains chirurgiens s’opposent-ils à l’ablation des T. locales, car suivant eux, elle est inutile et pourrait même hâter la généralisation. Ils admettent dans ce cas une auto-inoculation par la. plaie chirurgicale. Arloing (1) suppose plutôt que la plaie chirurgicale devient le foyer ou la porte d'entrée dans l'organisme de substances favorisantes pour les colonies profondes arrêtées dans leur évolution.

Les conséquences thérapeutiques à tirer de ces recherches seraient donc bien intéressantes au point de vue chirurgical. En effet, puisque le système lymphatique contient à l’état sain moins de bacilles qui guettent, nous ne dirons plus une porte d'entrée, mais bien une lésion, un trouble, une altération légère due à un traumatisme, cette altération et ce traumatisme ont donc une grande importance puisqu'ils déterminent une auto-inoculation par infection endogène.

Et puisqu'on ne peut plus éviter les portes d'entrée, car elles sont trop nombreuses, c'est le terrain qu'il faut modifier, c'est l'organisme qu'il faudra fortifier, aussi depuis quelque temps les efforts se tournent-ils de ce côté. C’est ainsi que notre maître, M. Lannelongue, s'efforce de sclérogéner toutes les lésions qui entourent un foyer de T. locale et rend ainsi le terrain non favorable à l’évolution du bacille. Bernheim, dans un travail récent sur letraitement de la tuberculose, s'efforce aussi de démontrer quepuisqu'il ne nous est pas possible de nous débarrasser du bacille, il faut en thérapeutique chercher à le rendre inerte et non nuisible. |

Il y a lieu de se demander pourquoi, puisque ce système lymphatique joue un rôle si important dans l'entrée et la propagation de l’infection ‘T. pourquoi, dis je, quand un malade est atteint d'adénite T. d'infection propagée aux autres ganglions par des bacilles restés latents, n’y détermine pas cependant des lésions évidentes ?

Voyons maintenant si on ne pourrait pas faire rentrer la T. osseuse dans le cadre de la lymphatique.

L'étude histologique de la moelle des os a fait de nombreux proprès dans ces dernière années. Morat (2) a montré que des veines de

(1) ARLOING. Leçons sur la tuberculose, p. 123. (2) Morar. Thèse. Paris, 1878.

la moellé osseuse ont presque exactement la constitution des lymphatiques car leurs parois sont réduites à une couche endothéliale.

Neumann a décrit dans la moelle rouge des os des éléments cellulaires présentant la forme et les dimensions des globules blancs de la lymphe et du sang; pour lui, ce sont des formes de passage entre les globules blanes et les globules rouges, et il considère la moelle osseuse comme du tissu lymphoïde réticulé.

Voyons ce que dit le professeur Ranvier des médullocelles : « Nous appellerons les médullocelles cellules lymphatiques de la moelle des os. Comme les cellules de la lymphe elles n'ont pas de noyaux, présentent des mouvements amiboïdes ». Ces médullocelles ne différent donc en rien des globules blancs du sang ou de la lymphe, ils abondent dans la moelle rouge ou fœtale dont ils forment les sept ou huit dixièmes.

San Felice (1) a décrit dans la moelle des os longs du poulet des follicules lymphatiques destinés à se changer en hématies.

Budge (2) a décrit l'origine des lymphatiques dans les os et il admet des espaces lymphatiques autour des vaisseaux de la moelle et leur formant une gaine complète.

Pawlowsky (3) a montré que, si on détruit la pulpe de la moelle de l'os, on met la substance injectée en contact direct avec des veines sans parois, et on sait qu'à la suite des injections artificielles de T. dans le sang les animaux périssent vite. Si au contraire on injecte dans la moelle sans détruire la pulpe, les bacilles ne peuvent plus y circuler qu'à l’aide des globules blancs et .des cellules de la moelle, par le systéme lymphatique. Dans le premier cas la T. inoculée doit évoluer beaucoup plus vite que dans le second, et cette conclusion est confirmée par l'expérience. Deux lapins, auxquels fut injectée une cellule T. dans la moelle osseuse sans lésion, au moyen du tube recourbé. et émoussé, moururent deux mois et demi après d'une T. générale après supuration du fémur. À l'autopsie on trouva chez eux des chaînes continues de T. jeune, suivant le trajet des conduits lymphatiques de la cuisse et du tissu cellulaire de l'abdomen, une dégénérescence caséeuse des ganglions inguinaux et pelviens.

(1) SAN Ferice. Archives italiennes de biologie, 189).

(2) Travail analysé in Æev. des se. médicales, t. IX, p. 459. ..(8J P'AWLOWSKY. dunales d: l'Institut Pasteur.

Dans ce cas l'infection avait laissé des traces nettes de la moelle jusqu'aux viscères ; et les bacilles introduits dans la moelle non lésée ont passé pour se généraliser par les voies lymphatiques. Mais pour un troisième lapin chez lequel l'injection a été faite en lésant la moelle, la mort est arrivée après 19 jours à la suite d’une T. générale, c'est-à-dire dans le mêmé espace dé temps qu'après l'injection d’une culture dans le sang. :

Et Pawlowsky ajoute : je ne voudrais pas cependant nier la propagation de la T. par le sang, défendue par Muller en ce qui concerne les os. Cet auteur, en effet, après avoir injecté du pus T. dans l'artère nutritive du fémur trouva des foyers T. souvent en forme d’infarctus cunéiformes dans la moelle des os. Cette voie est donc possible, par exemple, lors de l'envahissement et de la destruction des parois des veines ou des artères par les bacilles, mais ç'est une exception qui ne se réalise guère qu’au voisinage du foyer de la lésion. Comme règle ce sont les voies lymphatiques qui servent de chemin naturel au poison T. lorsqu'il se généralise.

Au point de vue physiologique comme au point de vue anatomique et pathologique l'assimilation de la moelle osseuse au tissu lymphatique est aussi complète Car l'absorption par la moelle dés os a été bien

“démontrée par Dubuisson-Christaux dans sa thèse (Paris, 1865). Et encore au point de vue pathologique les complications septicémiques des fractures compliquées ne rappellent-elles pas en tous points celles que l'on observe dans certaines lymphangites septicémiques ? Ajoutons que les anciens chirurgiens lui Sie un grand rôle dans l’étiologie de l'infection purulente.

Cette absorption rapide que l’on doit attribuer au tissu lymphoïde et aux tissus veineux abondants dans la moelle, a encore été démontrée par Busch (1), qui ayant injecté de l'huile colorée avec du cinabre dans la cavité médullaire d’un os, vit se produire des oblitérations des capillaires du poumon au point de déterminer une suffocation instantanée. |

Gosselin a srAlemene montré le rôle d'absorption rempli par la moelle en se servant dans ses expériences d’iodure de potassium.

La moelle osseuse est donc un organe moitié lymphatique, moitié sanguin.

(1) Cité par VINCENT. Rôle ostéogénique de la moelle des os. Rev. de méd., 1880,

Page 1