DES PROCÉDÉS ANCIENS OU PROCÉDÉS SANS SUTURE
Un des premiers procédés employés, au moins d’une manière à peu près courante, fut un procédé non sanglant, mais qui Cependant visait d’une façon réelle à l’amputation partielle du globe oculaire. Si son insuffisance évidente le fit abandonner par la suite, au moins eut-il le mérite d'ouvrir peut-être ia voie aux opérations conservatrices : nous voulons parler de la ligature.
Pratiquée pour la première fois, semble-t-il, par Celse au 1°" siècle de notre ère, elle fut reprise au v* siècle par Aetius, puis par Paul d’Égine et Roux ; assez en honneur au xvm siècle, nous la voyons décrite comme il suit par Maître-Jean en 1707 :
« Le chirurgien étant assis, fait asseoir le malade à ses pieds et le prie de renverser et d'appuyer sa tête sur ses genoux. Ensuite, si c’est un staphylome à base étroite, il prend une aiguille enfilée d’un fil de lin double, et, l'œil étant ouvert, il
DA
la passe par le milieu de la base du staphylome, commençant du côté du grand angle et finissant vers le petit. Le fil étant passé, il le coupe près de l'aiguille, prend les deux extrémités d’un même fil et fait un nœud de chirurgien à côté de la base du staphylome, serrant modérément de crainte de la couper, mais assez pour la faire mortifier. Il fait un semblable nœud de l’autre côté avec l’autre fil, et le staphylome étant ainsi lié tombe ensuite, se séparant insensiblement.»
C'était également la manière de procéder de Celse. Quant à Paul d’Égine, son mode opératoire n’en différait qu’en ce qu'il passait auparavant « une aiguille verticalement de haut en bas de par la base du staphylome », cette aiguille ne servant que « pour le tenir plus en état pendant l’opération ».
Aetius, lui, se servait de deux aiguilles enfilées chacune
d’un double fil, qu’il passait «en y majuscule à la base du staphylome », et faisait quatre nœuds avec ces fils. ” Fabrice d’Acquapendente se sert « d’un filet de soie enduit de cire blanche de peur qu’il ne coupe les bords ». Il suit par ailleurs le procédé de Celse, se contentant ensuite d’« oindre l’œil de médicaments anodins ».
Il est évident que ces procédés n'étaient que bien illusoires la plupart du temps, et ces auteurs s’en rendaient compte. Aetius avertit que «les staphylomes dont la base est large et les veines pleines de sang sont difficiles à guérir de la sorte, et que ceux qui sont fort éminents, dont la couleur est changeante, et qui causent une douleur intolérable qui se communique aux tempes, sont incurables et ne demandent que des remèdes propres à apaiser la douleur ».
Maître-Jean, qui ne pratiqua lui-même qu’une seule fois cette opération, à son corps défendant, en fait ainsi le procès, «fondé », dit-il, « sur la raison et sur ce qu’il en a vu par expérience. Car, si l’on considère que l’uvée est une membrane très mince, que sa superficie intérieure dans cette maladie est continuellement abreuvée de l'humeur aqueuse, et que l’extérieure ne touche qu’à la cornée, qui est une membrane fort solide, on doit juger de la difficulté que l’uvée a de s’unir à l'endroit de la ligature, puisque d’un côté le suc