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ni le cruor, dans ce cas, n’ont une teinte uniforme : la couenne est nuageuse , livide ; le caillot cruorique est violacé, irisé, mélangé de petits points blancs qui lui donnent assez bien l'aspect d’une tranche de trutfe. Le sérum exprimé du caillot est trouble, verdâtre. J'ai cité ‘un exemple remarquable de cette altération du sang (Journal de méd. vét. théor..et prat., année 1833, pag. 801).
Entre cette altération profonde du sang et les altérations de la même humeur qu'on observe le plus communément dans les animaux morveux et farcineux depuis très-long-temps, il:y a des nuances infinies. J'ai remarqué que, lorsqu'il existait une grande quantité de liquides purulents , soit à la surface des muqueuses ulcérées, soit dans des abcès ulcérés ou non ulcérés ( ce qui arrive fréquemment dans le cas de farcin et de morve), le caillot. blanc n'avait pas la même teinte dans’. toute sa hauteur. En observant le liquide blanc qui s'est séparé du cruor, on voit que la partie la plus élevée est trouble, livide, d'un blanc sale, tandis que celle ‘qui est située au-dessous est un peu rosée et se rapproche davantage de la nuance du caillot blanc du sang sain. La coagulation de la portion la plus élevée est aussi plus lente; le sérum s'en sépare difficilement. Cette diversité de nuances dans le caillot blanc est toujours d’un mauvais augure; elle annonce une sorte dé dé-
dE composition prématurée du sang. À ces signes j'ajouterai encore que la surface du sang ainsi altéré devient promptement brune par son exposition à l'air; qu'elle ne se couvre pas de petites taches rouges, comme cela arrive pour le sang sain ou pour le sang d'animaux peu malades. On dirait que ce sang contient, presque tout formé, du liquide purulent. Et, ce qui semblerait fortifier cette opinion, c'est que, dès que le sang extrait de la veine présente ces caractères, on voit surgir avec une rapidité étonnante un grand nombre de petites tumeurs remplies de liquide purulent, à la surface de la peau, ou de nombreuses élevures à la surface de la muqueuse nasale , autour des naseaux, sur les lèvres, etc. Ces élevures, comme les petites tumeurs de la peau, s'ouvrent très - promptement et sont remplacées par des ulcères ( chancres) qui fournissent une grande quantité de matière purulente sanieuse, granuleuse.
Suivant M. Delafond (1), dans le farcin aigu :
« Le sang retiré de la jugulaire se coagule en 6, « 10 à 12 minutes(15 minutes dans l’état de santé); « caïllot blanc très ferme occupant quelquefois: les « deux tiers de l’hématomètre; caillot noir trés « résistant; sérum se séparant du caïllot en :50 « heures, et occupant quelquefois les deux tiers
(1) Traité sur la police sanitaire, p. 668, in-8. Paris 1858.
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« de l’hématomètre. Caillot blanc alors rétréci «et formant un petit cylindre dur. Cet état « du sang est toujours constant. » Pour le farein chronique : « Le sang retiré de la jugulaire «se coagule en 12 à 14 minutes. Quand le far- « cin est ulcéré, cette coagulation est plus « prompte : caillot blanc occupant les deux tiers «et plus de la colonne sanguine; sérosité abon - « dante, >
Pour moi, j'ai fréquemment observé des différences dans l'état du sang des chevaux farcineux. Ces variations que j'ai constatées sur un grand nombre de chevaux atteints de farcin aigu, ont peut-être été plus marquées que dans aucune autre maladie; probablement parce que le farcin aigu se montre sur des animaux qui sont dans les conditions les plus variées, sous le rapport de l'état antérieur à la maladie (qui influe beaucoup sur le sang de l'animal) et sous celui du degré de la maladie ellemême. |
Je n'ai pu utiliser l'exploration du sang, pour le diagnostic et le pronostic, que lorsque les altérations étaient bien frappantes et non lorsqu'elles n'offraient que les caractères assignés par M. Delafond. Ces caractères du sang se retrouvent dans d'autres affections. M. Delafond citeau nombre de ces caractères la séparation du sérum en 50 heures. S'il veut dire que le sérum se sépare entiérement dans cet espace de temps, ce n’est pas exact. Il
faut beaucoup plus de temps; jamais il ne se sépare complétement , il faut toujoursqu'une force étrangère au sang vienne exprimer le sérum du caiilot fibrineux (1).
On peut reconnaitre l'altération du sang des chevaux morveux et farcineux en l’examinant quand 1l est sorti de la veine, en explorant les cavités nasales, dans la morve appelée gangréneuse par quelques vétérinaires, et par M. Rayer, ecchymolique et gangréneuse.
Les pétéchies de la membrane muqueuse nasale, les ecchymoses quelquefois si étendues, dans l'épaisseur de cette membrane, dans celledu larynx, de la trachée, du tube intestinal (2), les épanchements sanguins d'un brun presque noir dans le tissu des poumons, les caillots blances-jaunâtres, consistans, entièrement distincts des caillots cruoriques très foncés, trouvés dans les cavités du cœur par M. Renault, viennent témoigner de l'altération du sang.
(1) Je saisirai cette occasion pour relever une erreur grave. M. Delafond (Traité de pathologie et de thérapeutique, première partie , page 149) m'a fait dire que le sérum était séparé entièrement du caillot en 24 heures, tandis que j'ai écrit précisémenut le contraire (Recherches expérimentales sur les caractères physiques du sang, p. 47). J’ai seulement proposé de noter la quantité de sérum libre, 24 heures après la saignée , afin d’avoir des observations que Ton püût comparer utilement , lors même qu'elles ne seraient pas recueillies par les mêmes expérimentateurs,
(2) Voyez une observation que j'ai publiée dans le Journal de médecine vét. théorique et prat.; janvier 1834.
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On observe, à l’autopsie de certains chevaux morveux et farcineux , des caillots sanguins d’ancienne formation, dans des vaisseaux de différent calibre, notamment dans les veines du fourreau , du scrotum, dans les sinus veineux de la membrane nasale ; mais ces altérations ne sont pas rares dans les chevaux qui ne sont ni morveux, ni farcineux; elles ne caractérisent pas les maladies graves.
Outre les lésions que j'ai décrites plus haut, comme constituant les boutons de farcin et qui intéressent réellement aussi le tissu ce/luluire quelquelois de manière à y produire des abcès nombreux , assez vastes, on trouve : 4° des infiltrations séreuses qui donnent à ce tissu une teinte jaunätre, livide , notamment quand le farcin a fait des progrès assez rapides ; 2 des indurations blanches ou jaunâtres , lorsque le farcin a eu une marche lente; 3° des arborisations des vaisseaux sanguins dans les cas où la maladie a pris un caractère d’acuité; 40desépanchemens sanguins qui, dans certaines circonstances , donnent aux infiltrations séreuses une teinte rosée, et dans d'autres transforment le tissu cellulaire en masses d’un brun très foncé, presque noires, comme cela s’observe dans {a morve ecchymotique, et dans la terminaison de la :morve que M. Bouley jeune a comparée avec raison à une affection charbonneuse.
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Dons les muscles, on rencontre toutes les lésions du tissu cellulaire, mais elles y Sont d'autant plus rares que les muscles contiennent moins de tissu cellulaire; les lésions des muscles onttoujours leur siége dans la trame celluleuse de ces organes.
Dans les tendons , dans les ligamens, dans les capsules articulaires, dans le périoste, dans les os, dans les cartilages , on voit des lésions analogues à celles du tissu cellulaire. J’observerai cependant que les os qui concourent à former les sinus.et les cavités nasales , éprouvent des altérarations particulières que l’on n’observe pas dans les autres régions du corps. Il n’est pas rare, chez les chevaux , qui ont été morveux pendant longtemps, de trouver des exostoses et des périostoses des narines , faciles à couper, ayant la consistance des épiphyses. Elles se présentent sous l’apparence de petites tumeurs mamelonnées et rugueuses quand elles sont dépouillées de la muqueuse qui les couvre. Leur tissu est rougetre lorsqu'elles ne sont pas très anciennes.
Les membranes synoviales , les franges synoviales , les gaines synoviales, participent fréquemment aux lésions générales de la morve et du farcin, surtout quand les boutons farcineux avoisinent les articulations. Elles deviennent d'un rouge inégalement réparti ; le tissu cellulaire , qui concourt à former les’ franges synoviales , s’infiltre de sérosité jaune et quelquefois sangui:
nolente. La synovie est alors moins liquide, d’une couleur foncée.
Les membranes séreuses ne présentent point de lésions qui méritent d'être notées.
Les membranes muqueuses des voies respiratoires sont le siége principal de la morve. J'ai décrit une partie de leurs lésions , en parlant des altérations du système iymphatique. J'ai décrit les élevures et les plaques qui précèdent toujours les ulcérations. |
J'ai constamment observe que ces élevures et ces plaques ( dont les saillies sont res variables , et qui, quelquefois même, sont remplacées par des taches peu distinctes , émarginees, n’ofirant aucune saillie appréciable ) étaient diversement colorées selon l'état dans lequel se trouvait la membrane muqueuse. Le plus ordinairement les taches sont d’un blanc jaunâtre, comme les élevures. Toutes ces lésions sont accompagnées du gonflement de la muqueuse qui est luisante et diversement nuancée. Elle est pale, un peu jaunatre , vers Îles régions où existent le plus ordinairement les taches ou les élevures. Elle sécrète une plus grande quantité de mucus qui devient de moins en moins transparent , et qui finit par être du muco-pus opaque, diversement coloré, selon les lésions de la membrane. Lorsque la muqueuse est pâle, sans ulcérations, le liquide a une nuance
bleuâtre qui passe au blanc, puis au blanc jaunâtre. €
Dans ce premierétat, qui estle début des symptômes locaux de la morve, le liquide est homogène.Plus tard, iln'est pluslié, il devient grumeleux etnuancé de vert, de jaune etde blanc. On trouve quelquefois au milieu de ce liquide des débris de petites élevures ulcérées. On y trouve aussi des srumeaux d’une matière purulente qui s'est épaissie par son séjour pendant un temps plis ou moins long dans les sinus frontaux et maxillaires, dans les cavités des cornets. On y trouve encore des débris des pellicules croûteuses qui se forment fréquemment sur les ulcères de la muqueuse nasale et même sur la muqueuse non ulcérée, notamment prés de l’orifice externe des narines.
Le liquide nasal de la morve que l’on appelle vulgairement Jetage, et dont la quantité est très variable, s'attache facilement sur les poils qui sont autour des naseaux ; et il s’v fixe d'autant plus facilement qu'il se rapproche plus du pus. La sécrétion anormale du liquide nasal est en rapport avec les lésions de la muqueuse. De même que ces lésions , elle peut n’exister que dans une seule narine, et quand on l'observe dans les deux, elle n’est jamais aussi abondante dans une narine que dans l'autre. C’est le plus souvent la narine gauche qui est malade.
J'ai d'abord indiqué les caractères les plus ordinaires du liquide nasal dans la morve; ce sont ceux qui existent quand la morve n’a point un
di TR caractère d'acuité marqué, lorsque les altérations des liquides ne sont pas profondes; mais dès que les altérations du sang sont prononcées, le liquide sécrété devient très-fluide, séreux, roussàtre, couleur de js de pruneaux, Ces caractères du liquide nasal sont en rapport aussi avec des lésions déterminées de la membrane muqueuse qui est plus ou moins infiltrée de sang dans tcute son étendue; elle a une teinte violacée, et elle est couverte de pétéchies, d’élevures rougeûtres , ou d'élevures blanches à leur centre et entourées d'un cercle rouge plus foncé que la teinte de la muqueuse. La muqueuse des sinus, des cornets et de l’ethmoïde est fortementinfiltrée et très épaissie; elle a la teinte du liquide nasal sécrété.
Le liquide nasal à encore les mêmes caractères quand le sang, après s'être accumulé d'une manière anormale dans la membratie muqueuse, s’épanche dans le tissu de cette membrane et qu’il s’altère plus profondément. En contact avec l'air, il se putréfie, et donne à l’air expiré une odeur infectée, sui generis , mais qui n'est pas celle de la gangrène, et notamment de la gangrène pulmonaire, comme on l’a dit. Avant de se putréfier complétement, les parties ecchymosées tombent quelquefois en lambeaux. On remarque, du reste, que dans cette forme de la morve, le liquide nasal n'est pas aussi abondant que dans les autres. |
Dans toutes ces formes de morve, qui quelquefois se trouvent réunies sur le mème individu ( ainsi que les lésions décrites par un grand nombre d'auteurs le prouvent ), il peut survenir des épistaxis plus ou moins abondantes. Ces hémorrhagies sont toujours d’un mauvais augure ; ou elles annoncent que l’altération du sang et les lésions nasales sont profondes, qu’il y a de larges ulcérations, et que, par conséquent, les chances de guérison sont peu grandes, ou elles indiquent que la morve va prendre un caractère aigu, ecchymotique, et que la mort est presque certaine. Ces épistaxis sont d’autant plus fréquentes et plus abondantes, que le sang est plus altéré.
L'inflammation spécifique de la membrane muqueuse nasale se propage à la membrane du conduit lacrymal, et à la conjonctwe : presque constamment l'œil qui correspond à la narine affectée est chassieux, et la muqueuse est ou infiltrée ou couverte de pétéchies.
La membrane muqueuse du canal digestif est rarement malade. M. Dupuy dit y avoir observé des pustules. J'ai rencontré une fois des lésions qui avaient la plus grande ressemblance avec celles de la muqueuse nasale ecchymosée et profondément altérée par suite des ecchymoses. J’ai rapporté ce fait ailleurs (Journal de médecine vétérinaire, théor. et prat., janvier 1834 ). Le cheval qui fait le sujet de cette observation était morveux et far-
CINEUX.
Dans le tssu pulmonaïre, on trouve des tubercules et des masses tuberculeuses que j'ai déjà décrites. On y trouve encore d’autres lésions qui coincident ordinairement avec des lésions analogues des fosses nasales, et avec celles qui constituent le farcin. Ainsi, on rencontre presque toujours des pneumonies lobulaires , aiguës , quand la muqueuse est couverte d'élevures qui se sont développées en très peu de temps. Ces pneumonies, que l’on pourrait appeler morveuses ou farcineuses, forment des masses pulmonaires circonscrites, peu volumineuses, irrégulières comme les lobules pulmonaires, ayant beaucoup d’analogie avec les boutons de farcin aigu que l’on observe dans le tissu cellulaire. Elles sont d’abord solides, formées d'un tissu gris jaunâtre au centre, souvent tacheté de points rouges; elles sont entourées d’un tissu brun et consistant. Le centre de la tumeur ne tarde pas à se ramollir à la manière du bouton de farcin. Ce ramollissement a pour résultat la production d'une matière liquide hétérogène formée de débris de la masse pulmonaire, et d’un liquide mélangé de sang altéré. Cette espèce de farcin aigu du poumon ne ressemble point aux pneumonies franchement inflammatoires, sans altérationu notable des liquides ; il est le résultat d’une infection. Ces pneumonies ne ressemblent point non plus aux pneumonies terminées par gangrène; les limites qui les séparent des parties