‹ Des diverses méthodes de traitement des plaiesChapitre 13 sur 17 · OBSERVATION II · texte numérisé non relu

OBSERVATION II

Coup de l'eu à l'avant-bfas gauche. — Pourriture d'hôpital. — Complications diverses. — Amputation du bras avec dégagement direct des fils à ligature à travers la peau. — Guérison en six jours.

Guilloux (François, âgé de 26 ans, soldat au 2e régiment de zouaves, admis à l'hôpital Saint-Floi, le 17 août 1855, était atteint d'une fracture avec plaie de l'avant-bras gauche, à la suite d'un coup de feu reçu, le 18 juin, sous Sébastopol, pendant un service à la tranchée. La balle avait écorné le bord externe du cubitus et fracturé le radius. Transféré eu France

après les premiers soins, ce malade fut atteint, pendant la i i nversée, de la pourriture d'hôpital qui régnait sur le bateau de transport. Dès son entrée à l'Hôtel-Dieu de Montpellier, on reconnut que la pourriture présentait la forme pulpeuse, et elle fut énergiquement traitée à plusieurs reprises par la cautérisation au fer rouge. Cette complication céda. Mais la plaie ne tendait pas à la cicatrisation ; quelques esquilles sortaient de temps en temps, et une fluxion inflammatoire très-douloureuse régoait dans tout l'avanl-bras. Il fallut ouvrir plusieurs abcès et faire des débridemenls. Une fièvre intense minait le malade, dont la sensibilité était exaltée au plus haut degré. Nous crûmes cependant devoir temporiser, combattre les symptômes prédominants et tenter la conservation du membre. Quelques accès de fièvre intermittente se déclarèrent et Curent enrayés par le sulfate de quinine. Mais à la période d'excitation précédemment indiquée, succéda une prostration profonde; le mal local, sans s'aggraver, ne cédait pas. Le stylet, introduit par les ouvertures des abcès, indiquait la dénudalion des os. Une suppuration sanieuse et l'aspect blafard de la plaie, que ne pouvaient corriger ni l'emploi local et général du quinquina, ni l'administration de divers toniques, indiquaient de plus en plus en plus que les efforts de conservation du membre deviendraient stérile", et qu'un plus long délai exposait le malade aux conséquences mortelles de la fièvre hectique. L'amputation fut résolue et acceptée courageusement par le blessé.

Le 16 janvier lb56, Guilloux fut transporté dans la salle des opérations et soumis aux inhalations aneslhésiques. L'engorgement des tissus de l'avant bras ne permettant pas d'amputer clans la hauteur ni dans l'articulation supérieure de celle partie, c'est à l'amputation du bras au tiers inférieur que l'on dut procéder. Les aides étant disposés et l'artère comprimée, j'amputai d'après la méthode circulaire et d'après les règles ordinaires. Le moignon étant épongé pour reeonnailrc les artères qui pouvaient donner du sang, je fis trois ligatures et j'eus le soin de couper près des nœuds l'un des bouts du fil. Le bout conservé fut passé par le chas d'une aiguille, et en piquant avec celle-ci la portion de peau qui, dans la clôture de la plaie, venait s'appliquer sur le point où aboutissait l'artère, je lis sortir ces fils par des ouvertures très-petites, et diverse-

ment éloignés de la ligne de réunion des lèvres de la plaie; j'eus ainsi l'avantage de ne pas faire parcourir un long trajet à ces fils et de ne pas gêner la cicatrisation des bords de la plaie en exonérant la ligue de réunion de la présence de tout corps étranger. Le suintement étant nul après ces ligatures, le pansement par occlusion put être pratiqué dans sa rigueur, de manière à transformer la surface du moignon en plaie sousculanée. Un nombre suffisant de points de suture enlrecoupée, des bandelettes agglutinatives et un pansement conteutif réalisèrent ce résultat.

Le membre amputé nous montra une infiltration purulente des parties molles de l' avant-bras. La portion du radius n'était pas consolidée, et les bouts correspondants des fragments étaieut arrondis. Le fragment supérieur était environné de pus; son périoste se décollait avec facilité, et son tissu, ramolli par l'inflammation et modifié dans sa texture, semblait avoir contracté une mollesse élastique qui permettait de la déprimer ou même de l'incurver légèrement. L'articulation du coude était remplie de synovie ; celle du poignet était envahie par l'inflammation. Les muscles de l'avant -bras étaient atrophiés et décolorés.

Débarrassé d'une lésion aussi grave, le malade goûta du repos le jour mêm de l'opération, l ue potion administrée par cuillerées contribua à ce calme, qui se prolongea pendant la nuit et ne fut pas troublé par la fièvre.

Le 17. I e faciès est bon, l'abattement est moins marqué; le pouls, qui était filiforme avant l'opération, se relève un peu. Les pièces de pansement ne sont pénétrés ni de sang ni de sérosité sanguinolents. — Bouillon, tilleul gommé.

Le 18. Cet état d'amélioration se soutient et progresse même.

Le 19. Le malade a bien dormi ; sa figure est meilleure; le pouls reprend plus d'ampleur et de résistance. On change les pièces extérieures du pansement, bien qu'elles ne soient pas souillées.

Le 21. Deuxième pansement. Suppuration presque nulle. La réunion commence à se faire, suivant une ligne exacte. On détache quelques points de suture, et le contact des bords de la plaie est maintenu par des bandelettes.

Le 23. La réunion est assurée; les autres points de suture Dubrucil. ft

sont enlevés. Il n'y a pas de suppuration. L'un des fils à ligature se délaehe et est entraîné à travers la peau. Les autres fils ne sont cxlrails que plus lard.

A partir du septième jour, la plaie est réellement guérie; les bandelettes sont supprimées ; on ne fait plus que des pansements prolecteurs et à longs intervalles. La plaie ne fournil pas de suppuration ; dans un point seulement, un bourgeon charnu donne un léger suintement sanguinolent. Le malade, soumis à un régime analeptique, reprend déplus en plus delà vigueur. Des formalités à remplir pour régulariser sa réforme le retiennent à l'hôpital jusqu'au 21 février.

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