‹ Des diverses méthodes et des différens procédés pour l'oblitération des artères, de leur avantages et de leur inconvéniens respectifs. De la réunion immédiate des plaiesChapitre 28 sur 45 · AÉTIUS · texte numérisé non relu

AÉTIUS

Premièrement, à marquer le trajet de l’artère à la partie interne du bras; depuis l’aisselle jusqu’au pli du bras ; ensuite en cette même partie interne du bras, et sur ce trajet à trois ou quatre doigts au-dessous de l’aisselle , on fait une simple incision à la peau , à l’endroit de l’artère où elle se rencontre au toucher, et l’ayant peu à peu découverte, on l’isole avec soin des parties environnantes ; on la soulève avec un crochet mousse pour passer au-dessous deux liens de fl etla lier solidement; on la coupe ensuite entre les deux ligatures, et l’on panse. Cela fait , n’ayant plus à redouter l’hémorrhagie , on ouvre la tumeur, on ôte tout le sang grumelé qu’elle contient; on recherche l’artère d’où est venu le sang , on la lie comme la précédente , on remplit la plaie de pâte d’encens, et on la fait suppurer.

GUILLEMEAU.

Premièrement je remarquai sur le cuir l’artère en la supérieure et intérieure partie de l’avant-bras ( du bras ) , ainsi qu’elle descend de l’aisselle au pli du bras , trois doigts au-dessus d’icelui ; et en cette même partie, suivant ce que j’avais remarqué , je fis une simple incision en long au cuir qui était comme séparé à l’endroit de l’artère où elle se rencontre au toucher, et l’ayant ainsi découverte je passai par-dessous avec une grosse esguille courbe une petite fisselle desliée , puis avec icelle fisselle je liai la dicte artère à double nœud. Cela faict, tout le sang groumelé et autres caillés contenus en la tumeur furent ôtés , puis les parois de la tumeur lavées aveo eau de vie en laquelle j’avais fait dissoudre un peu d’aegyptiac pour corriger la pourriture jà commencée en cette partie , etc.

« Que pense le lecleur maintenant, s’écrie mon savant critique, de la hardiesse de l’auteur de la thèse à dire que le procédé de Guillemeau n’a aucune analogie avec celui d’Aétius (p. 12) ? » 11 ne conviendrait pas sans doute à moi, novice et écolier , comme je l’avoue , dans ces hautes études d’érudition , de lancer contre mon censeur une exclamation aussi victorieuse; cela n’appartient qu’aux maîtres. Je prie cependant le lecteur de ne pas me condamner sans m’entendre , à cause d’une exclamation plus ou moins éloquente ; car j’ai quelque chose à dire là-dessus; je prétends moi-même faire ressortir toutes les analogies des deux méthodes.

Aétius découvre l’artère à trois ou quatre doigts au-dessous de Vaisselle ; Guillemeau à trois doigts au-dessus du ■pli du bras ; première analogie. Aétius passe sous l’artère deux liens et la coupe entre les deux ligatures ; Guillemeau passe une seule petite fisselle desliée , et ne coupe point le vaisseau; seconde analogie. Aétius ouvre la tumeur ; Guillemeau ne dit pas un mot de cette circonstance ; il ne vide la

tumeur, comme nous le verrons tout à l’heure, que parce qu’il y avait gangrène et ouverture à la peau; troisième analogie. Aétius lie de rechef F artère en ce point comme la précédente ; ce qui fait donc en tout quatre ligatures; Guillemeau ne fait rien de tout cela; quatrième analogie. En résumé, quatre ligatures d’un côté ; une seule de l’autre ; section de l’artère et incision du sac d’un côté; rien de tout cela de l’autre. M- Dézeimeris a raison : Guillemeau n'a fait que suivre la méthode d' Aétius (p. 11 de la brochure), que dis-je? il Fa suivie de point en point (article du Dictionnaire).

Cette première victoire remportée , mon critique ne me laisse aucun relâche. « L’auteur de la thèse n'a pas craint d’omettre une assertion qui est une erreur flagrante et palpable. 11 prétend que le sang groumelé et autre caillé a été retiré par l’ouverture qui y existait avant l’opération. Ainsi pour ne pas convenir que cette opération n’a nulle ressemblance avec relie d’Anel , il ne craint pas de dire qu’on a pu vider un anévrisme ancien et de la grosseur du poing , des concrétions fibrineuses résistantes et des caillots qui existent dans les tumeurs de cette nature et de ce volume, qu’on a pu même en laver les parois à travers une ouverture qui n’était , selon toute apparence , qu’un pertuis par lequel commençait à se faire un suintement purulent. N’est-ce pas là une assertion bien étrange? » ( Pages 12 et 13. )

L'auteur n'a pas craint ! Voilà qui est bien audacieux. Il ne craint pas de dire! Je suis réellement tout effrayé moi-même de ma témérité. Quoi , j’ai osé dire que le sang groumelé avait été extrait de la tumeur par l’ouverture qui y existait avant l’opération! Mais que M. Dézeiméris accepte au moins ceci pour mon excuse , que Guillemeau ne dit en aucune manière qu’il en ait fait une autre. — Monsieur , me répond-il , cette ouverture n’était selon toute apparence qu’un pertuis. — Monsieur , pardon de mon ignorance ; mais vous avez eu pour le découvrir des lumières snrnaturelles qui me manquent; car Guillemeau n’en a pas dit un mot. — Comment , vous ne craignez pas de souteuir qu’on a pu vider par-

là un anévrisme ancien et de la grosseur du poing de ses concrétions fiibrineuses résistantes? — Monsieur, vous avez raison ; mais j’ai cru qu’il ne s’agissait que de sang grouvielè et autres caillés ; c’est encore Guillemeau qui m’a induit en faute. — « Il est évident pour tout le monde, excepté pour vous , que cette ouverture dut être considérablement agrandie par l’opérateur (page 12 ) » — Monsieur , cela dépend peut-être de l’étendue de l’ouverture déjà existante; et puis , pardonnez , je n’ai pas encore acquis l’habitude de faire dire à mon auteur ce qu’il n’a pas dit , de lui faire faire des incisions dont il ne parle pas ; mais à la fin , Dieu aidant et vos excellens exemples, cela me viendra peut-être.

Ce qui me rassurait d’ailleurs, c’est que Guillemeau avait deux autres passages qui me paraissaient tout-à-fait concluans en ma faveur. Je les ai cités dans ma thèse. « Pour la guérison , la seule ligature du corps de l’artère y est profitable. » Et plus bas : « Si en quelque autre partie extérieure il se présente au chirurgien pareil anévrisme , il peut sûrement découvrir le corps de l’artère vers sa racine et partie supérieure, et la lier de la même façon sans autre cérémonie. »

M. Dézeiméris a renversé sur ce point toutes mes idées. La seule ligature me paraissait à moi signifier , la seule ligature ; point du tout; mon savant critique démontre que cela veut dire la ligature avec ouverture du sac. De même , lier l’artère à sa partie supérieure de même façon , sans autre cérémonie, m’avait semblé pouvoir être entendu : lier l’artère à l’aide d’une incision, en passant au-dessous une ficelle et faisant un double nœud, sans autre cérémonie, c’est-à-dire, sans faire rien de plus. C’était une erreur encore ; sans autre cérémonie, traduit par M. Dézeiméris, équivaut à ceci : Vous ferez une incision au sac , afin de donner à un savant critique du XIXe siècle l'occasion de dire j'ai suivi la méthode d'Aètius.

Les termes de la question ainsi posés , je n’ai plus rien à dire. Cela est clair pour tout le monde; on ne dispute pas sur la présence du soleil.

M. Dézeiméris , en verve de traduction , ne s’arrête pas en si beau chemin ; il me reprend sur A. Paré , dont j’ai cité tout le passage dans ma thèse, mais je suis obligé encore de le retranscrire ici.

« Je conseille au jeune chirurgien qu’il se garde d’ouvrir les anévrismes, si elles ne sont fort petites et en parties non dangereuses , coupant le cuir au-dessus , le séparant de l’artère ; puis on poussera une aiguille à séton, enfilée d’un fort fil , par sous l’artère aux deux côtés de la plaie , laissant tomber le filet de soi-même ; et ce faisant , nature engendre chair, qui sera cause de boucher l’artère.

J’avais donc vu là , et , ce qui est plus affligeant, c’est que j’y vois encore le précepte de lier l’artère au-dessus de la tumeur, sans toucher à la tumeur même. « Moi, dit M. Dézeiméris, j’y vois tout le contraire (p. 14)- 8 Et là-dessus mon savant critique donne de ce passage la traduction que voici. Je dois dire d’abord que son imprimeur avait passé une ligne, mais cette ligne, que nous aurons soin d’écrire en grands caractères , est rétablie à la marge , probablement de la main de l’auteur; c’est une garantie de plus de son authenticité. Voici cette version remarquable.

« Je conseille au jeune chirurgien qu’il se garde d'ouvrir les anévrismes si elles ne sont fort petites et en parties non dangereuses ; mais si elles sont petites et en parties non dangereuses (dit évidemment ce passage), c’est alors le cas de les opérer, et cette opération se fait alors en coupant le cuir au-dessus , etc. » ( Traductions d'Ambroise Paré , par M. Dezeiméris, page 14 de la brochure.)

Ceci est admirable , et en vérité je n’avais rien vu de sem blable dans l’original. Si même j’avais eu à traduire la chose , je l’aurais fait tout différemment ; et j’aurais dit : Il faut se garder d’ouvrir les anévrismes , à moins gu' elles ne soient petites et en parties non dangereuses ; mais à part cette exception . ou si on veut, guand elles sont grosses et en parties dangereuses , il faut couper le cuir au-dessus , etc.

Voilà donc un premier contre-sens que j’ai commis, mais

du moins, de quelque espèce d’anévrisme que parle Paré, y emploie-t-il la ligature sans toucher à la tumeur. Y pensezvous , dit mon critique ? « Cette opération se fait alors coupant le cuir au-dessus , le séparant de V artère ; et donc , première conclusion , Paré veut que l’on coupe l’anévrisme. » (Page 15.)

Quoi donc, Monsieur, couper le cuir signifie couper l’anévrisme ? Il est peu étonnant que je m’y sois trompé; j’avais toujours ouï dire que le cuir , c’était la peau. Le cuir , selon vous, c’est l’anévrisme. Vous conviendrez, Monsieur, que c’est au moins une interprétation un peu forcée.

Enfin j’avais cru que Paré n’ouvrant pas l’anévrisme, et ne faisant que lier l’artère, la liait au-dessus de la tumeur. Vous voulez au contraire que ce soit à l’endroit de la tumeur , « puisqu’il ne parle que de couper en un seul endroit » (page 15). Ce motif vous a sans doute paru à vous-même un peu faible J aussi vous vous hâtez d’y joindre une nouvelle preuve. La voici textuellement :

«Dans la langue de Paré, au-dessus ne veut pas plus dire au-delà par en haut , que par sous ne veut dire audelà par en bas. Au-dessus , pour Paré, signifie exactement la peau qui est sur la tumeur. » (Page 15.)

Pardon , Monsieur ; mais j’ignorais tout cela, et ce sont de ces choses qu’on n’apprend qu’à votre école. Car, puisque Paré disait par sous V artère , je m’imaginais qu’il aurait pu dire par dessus s’il avait voulu conseiller d’inciser sur la tumeur même. Je ne suis pas bien sûr encore de m’être trompé.

En résumé , il me parait qu’il y a dans la manière dont nous entendons ce passage des différences tellement tranchées, qu’il faut de toute nécessité que l’un ou l’autre demeure chargé d’un ou même plusieurs contre-sens. Mais du moins j’avais mis mon texte en grande lumière , si je m’étais trompé, M. Dézeiméris pouvait voir que je ne cherchais à tromper personne ; il aurait pu avoir quelque indulgence , et dire : Le texte était obscur , et on pouvait s’y méprendre.

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