‹ Des diverses méthodes et des différens procédés pour l'oblitération des artères, de leur avantages et de leur inconvéniens respectifs. De la réunion immédiate des plaiesChapitre 35 sur 45 · US · texte numérisé non relu

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importance. L’expérience journalière prouve de reste que les tissus qui jouissent pleinement de ces deux conditions sont ceux entre lesquels la réunion s’opère le plus sûrement et le plus vite.

Sous ce rapport , le tissu des membranes séreuses est , de tous ceux du corps , celui où l’inflammation adhésive se développe le plus facilement ; mais c’est sur-tout à leur surface , et leur épaisseur est si peu considérable, que quand elles sont comprises dans une plaie , il est difficile de distinguer les phénomènes dont les bords de leur divivision sont le siège.

11 n’en est pas de même de la peau , qui jouit aussi à un très-haut degré de la faculté de devenir facilement le siège de l’inflammation adhésive. Eminemment vasculeuse, elle offre cette propriété dans toute son étendue; cependant la face, et sur -tout les tégumens du crâne , sont sous ce rapport les plus privilégiés ; aussi la réunion sans suppuration se fait-elle plus souvent remarquer dans ces régions que par-tout ailleurs , lors même que le lambeau réappliqué ne tient au reste que par un pédicule étroit : c’est en grande partie sur cette condition anatomique qu’est fondée la possibilité du succès dans la méthode de rhinoplastique la plus usitée de nos jours.

Les muscles , quoique pénétrés par une grande quantité de sang , sont moins disposés que la peau à se réunir sans suppuration ; mais cela tient moins peut-être à leur organisation qu’à la tendance qu’ils ont à se retirer de manière à éluder le contact dans lequel on cherche à maintenir leurs surfaces divisées.

Les parties où abonde le tissu fibreux sont moins bien disposées pour la réunion immédiate que la peau et les muscles , soit à cause de leur peu de vascularité qui entraîne leur peu de vitalité, soit à cause des gaines séreuses qui entourent les tendons , et dans lesquelles le mouvement inflammatoire dépasse facilement le degré de l’inflammation adhésive pour arriver à celui où la suppuration est inévitable ; c’est à cette disposition , remarquable sur-tout à la partie inférieure de l’avant-bras, que l’on doit attribuer les accidens inflammatoires, les abcès étendus dans les interstices des tendons , que l’on a souvent observés à la suite de l’amputation du poignet dans l’article. Dans un cas rapporté par M. le professeur Cloquet, on a été obligé d’ouvrir un grand nombre de ces abcès. C’est cette considération qui a engagé J.-L. Petit et M. le baron Larrey à pratiquer l’amputation près de la partie supérieure du membre , même dans les cas où la partie inférieure est seule affectée. Je pense pourtant qu’a l’aide d’un traitement préventif bien dirigé , il est possible de prévenir ces accidens. Pénétré de l’avantage incontestable de lui conserver le plys de longueur possible , j’ai toujours amputé à la partie inférieure du membre , et je n’ai jamais observé les accidens dont il s^agit, même lorsque j’ai pratiqué l’amputation dans l’article du poignet , c’est-à-dire , là où les gaines tendineuses et les bourses synoviales sont le mieux dessinées.

2° Il faut encore'que les plaies soient récentes ; moins elles sont restées exposées à l’air, plus elles sont aptes à guérir sans suppurer. Les chances

d’obtenir ce mode de guérison s’éloignent à mesure qu’elles s’enflamment et que les granulations des bourgeons celluleux et vasculeux commencent à se développer à leur surface.

8° Il importe encore que la plaie soit exempte de contusion ; de toutes les solutions de continuité , celles qui sont produites par un instrument tranchant bien acéré sont en effet les mieux disposées à se réunir immédiatement ; la meurtrissure de leurs bords ou de leurs surfaces apporte toujours avec elle une irritation plus ou moins vive qui fait facilement arriver l’inflammation au degré dont la suppuration est la conséquence. Souvent la contusion est telle qu’elle altère profondément, ou détruit l’organisation des tissus qui composent la surface de la plaie ; dans le premier cas , ces tissus se mortifient au moment où l’inflammation s’y développe ; dans le second la vie y est détruite au moment même de l’action de la cause vulnérante : dans les deux circonstances une inflammation éliminatoire , ayant pour but de séparer les parties mortes des parties vivantes , est inévitable , ainsi qu’une suppuration plus ou moins longue. Cependant l’action d’un corps contondant, même doué d’une grande puissance, ne produit pas toujours une contusion des parties molles tellement violente qu’elles ne puissent se réunir sans suppurer ; nous avons plusieurs fois vu guérir, par première intention , des plaies contuses , mais égales et nettes du cuir chevelu. Il y a plus , on voit quelques plaies d’armes à feu guérir de cette manière. Les grains de plomb de chasse ne font assez souvent qu’un trou dont les bords se gonflent et se réunissent sans suppurer.

Parmi les blessés que j’ai traités en 1830, s’est trouvé un jeune homme qui avait la cuisse traversée dans sa partie moyenne et près de son centre par une balle; chez lui il n’y eut pas d’élimination sensible d’escharres , le trajet de la plaie , qui avait plusieurs pouces de longueur , s’est réuni par première intention : les deux orifices seuls ont suppuré, et la guérison a été complète au bout de quelques jours. Ce fait avait déjà été signalé par Hunter, M. Larrey en a observé de semblables.

4° La présence des corps étrangers dans la plaie, qu’ils soient vénéneux ou non, est un obstacle à la réunion immédiate , soit parce que ces corps s’opposent mécaniquement au contact , soit parce qu’ils irritent les tissus et portent l’inflammation au-delà du degré propre à l’adhésion ; c’est ainsi qu’après un grand nombre d’opérations chirurgicales , on ne peut tenter de réunir complètement la plaie , parce que la présence des fils , lors même que l’on a eu la précaution d’en couper l’un des chefs, s’oppose à un contact immédiat et complet entre les parties opposées de la solution de continuité.

En vain quelques chirurgiens ont-ils conseillé de composer les ligatures de substances animales afin de les enfermer dans la plaie après en avoir coupé les deux bouts près du nœud. L’expérience a prouvé que dans la plupart des cas , sinon toujours, le lien laissé dans la plaie a bien permis à la vérité , aux parties superficielles , c’est-à-dire aux tégumens, de se réunir, mais il s’est opposé à la réunion du fond , et agissant comme corps étranger il a provoqué la formation d’un abcès avec la matière duquel il a été rejeté au-dehors; et d’ail-

leurs, il ne faut pas perdre de vue qu’après l’application d’une ligature sur l’extrémité béanle d’un vaisseau ouvert, cette extrémité elle même cesse de vivre et «devient corps étranger , qui concourt avec le fil à produire l’accident dont nous venons de parler.

La torsion des artères présente sans aucun doute l’avantage d’éviter cet inconvénient grave , en suspendant le cours du sang sans imposer l’obligation de laisser au milieu des parties le moyen hémostatique. Mais cette méthode, bien qu’appelée peutêtre à des destinées brillantes , n’est pas encore suffisamment appréciée. A côté des succès incontestables qu’elle a obtenus , on cite des revers , des retours d’hémorrhagie , des inflammations qui ont fusé le long des vaisseaux; il faut donc attendre, tout en formant des vœux pour sa réussite, que des faits assez nombreux nous aient mis à même d’en juger définitivement la valeur.

La présence du sang entre les lèvres de la plaie est- il un obstable à la réunion? Si on en croit Hunter, le sang étant un liquide doué de la vie n’irrite pas les tissus : les parties les plus liquides en sont absorbées et il est bientôt réduit à sa partie fibrineuse, à la lymphe coagulable qui sert de base à la cicatrice. Mais Thompson ne partage pas cette opinion. Selon lui , si une couche mince de sang interposée aux lèvres de la plaie n’empêche pas leur réunion , c’est qu’elle est absorbée ; le travail adhésif ne commence qu’après que cette opération préliminaire est terminée ; d’où résulte le précepte important , adopté , du reste , par la plupart des praticiens , de lier jusqu’aux plus petits vaisseaux

capables de fournir du sang, et d’abslerger soigneusement la surface de la plaie avant de procéder au rapprochement.

5° Les conditions d’àge ne sont pas à beaucoup près indifférentes pour décider de la facilité avec laquelle les plaies se réuniront par première intention. On sait que chez les enfans, elle est très facile et très-rapide : en pourrait-il être autrement à cet âge où la vascularité des tissus est si prononcée? Toutefois cet avantage est compensé par un inconvénient grave. En même temps qu’ils sont plus vasculaires , les tissus sont beaucoup plus faciles à déchirer ; ils cèdent quelquefois à la traction opérée par le fil ou par tout autre moyen de rapprochement , quand on emploie la suture pour l’opérer.

Cette circonstance a long-temps divisé et divise encore les praticiens sur la question de l’époque la plus convenable pour opérer les enfans du-becde lièvre. Les uns, considérant que plus l’enfant est jeune plus la réunion est facile ont conclu avec Ledran, Bell, Muys , etc. , qu’il fallait opérer aussitôt après la naissance ou dans l’intervalle des six premiers mois qui la suivent ; d’autres , avec Garengeot et Dionis, pensant qu’il est nécessaire que l’enfant ait atteint au moins sa quatrième année , époque à laquelle les tissus , sans être moins vas-

1 culaires et moins disposés à la réunion , sont ce-

pendant plus résistans et risquent moins de se couper, d’autres pensent que l’âge de deux à trois ans est le plus favorable; d’autres enfin croient, avec M. Dupuytren, qu’on peut opérer à trois mois , parce qu’alors l’enfant a évité les premières

■ chances de mortalité ; que le tissu des lèvres a 1 acquis assez de consistance pour résister à l’action des aiguilles, et que l’enfant n’a pas encore acquis le degré d’intelligence qui , plus tard , insuffisant pour lui faire comprendre l’utilité de l’opération , est cependant assez développé pour lui faire repousser l’idée de la douleur et l’engager à faire , pour s’ÿ soustraire, des efforts qui apportent un grand obstacle à l’accomplissement de l’opération. Quoiqu’il en soit, il est prouvé que plus les sujets sont jeunes , et plus chez eux la réunion s’opère avec promptitude et facilité. Ainsi une solution de continuité , simple comme celle qui résulte du becde-lièvre, est réunie en trois jours. Boyer, a vu guérir dans le même espace de temps , sur un enfant de huit mois, la plaie résultant de l’amputation d’un doigt surnuméraire il faut cinq à six jours pour obtenir chez un adulte un pareil résultat.

Chez les vieillards où tous les mouvemens organiques sont languissans , la réunion immédiate que l’on obtient encore assez facilement aux plaies de la face, au cuir chevelu, en un mot dans les parties très-vasculaires , est beaucoup plus difficile lorsqu’il s’agit d’une plaie des extrémités.

6a L’état de la santé générale du sujet, lorsqu’il est mauvais , n’a pas toujours , sur la promptitude de la guérison et sur la facilité avec laquelle s’opère la réunion sans suppuration des plaies , toute l’influence que l’on serait tenté de lui attribuer.

Chez les soldats, si souvent affectés de syphilis, les plaies des amputations se réunissent souvent avec autant de facilité que chez les individus sains d’ailleurs.

Tous les jours on voit guérir par adhésion immédiate, des plaies résultant d’ablation de cancers qui ne tardent pas à être remplacés par des cancers dans d’autres parties du corps, c’est-à-dire à fournir la preuve que l’affection est devenue constitutionnelle.

M. Massabiau (1) rapporte l’observation d’un malade atteint de scorbut, et chez lequel , chose remarquable , la plaie résultant d’une amputation de la jambe fut suivie d’une réunion rapide.

Les observations de réunion par première intention des plaies d’amputation faites pour des caries scrophuleuses sur des sujets portant d’ailleurs tous les stygmates de la diathèse strumeuse, sont tellement communes , qu’il n’est ici besoin que de les rappeler. Toutefois , ces diverses circonstances ne sauraient être regardées comme favorables : car l’expérience a prouvé qu’assez souvent la plaie revêt les caractères propres à l’affection générale. Dans un des cas de rliinoplastique pratiquée par Delpech, sur un sujet vérolé, il a vu le trajet des (ils prendre l’aspect des ulcères syphilitiques.

Une faiblesse considérable n’est pas toujours un obstacle à la réunion des plaies sans suppuration ; mais il y a une distinction de la plus haute importance à établir : dans un bon nombre de cas , la faiblesse est acquise, elle est déterminée et entretenue par l’affection locale; alors, quand il s’agit de pratiquer une opération chirurgicale , quel que soit pour ainsi dire l’état d’épuisement du malade, tant que celui-ci conserve la force nécessaire pour

(i) Cité par Serre.

( im )

supporter l’opération, on peut la faire sans crainte; la cause enlevée , l’effet cesse , et la guérison de la plaie sans suppuration est presque certaine.

Mais lorsque la faiblesse est originelle , quand le malade a été toute sa vie languissant , cacochyme ; quand l’affection pour laquelle il faudrait pratiquer une opération grave , dont le succès n’est assuré qu’autant que la plaie se guérira par première intention , ou tout au moins en suppurant très-peu , est le résultat et pour ainsi dire le dernier terme de cet état général ; quand sur-tout la faiblesse est accrue ou déterminée par une affection organique, comme la présence de tubercules dans les principaux viscères , etc. , dans tous ces cas , il faut s’abstenir d’opérer , car l’opération ne ferait qu’avancer la perte du sujet.

On sent qu’il faut quelque habitude pour distinguer ces cas l’un de l’autre. Je suis heureux de pouvoir fournir ici un exemple récent où cette distinction a été faite au grand avantage du malade.

Observation.

Dans le courant de février entra dans mon service le nommé Bonet , âgé de 32 ans , récemment sorti de la prison de Poissy , pour être traité d’une tumeur blanche ulcérée qu’il portait au poignet gauche. Cet homme , arrivé au dernier état d’épuisement et de marasme , offrant au plus haut degré tous les symptômes rationnels de la phthisie avancée, fièvre hectique, dévoiement colliquatif, sueurs nocturnes , etc. , nous rapporta qu’il avait

joui jusqu’à l’âge de 28 à 29 ans d’une bonne santé, n’ayant jamais éprouvé que les indispositions communes à tout le monde ; il assurait n’avoir jamais craché de sang , jamais eu de ganglions lymphatiques engorgés ; aucune cicatrice scrofuleuse siégeant au cou ou dans d’autres régions du corps , ne démentait son assertion. Sa santé avait reçu les premières atteintes à une époque peu reculée , où , par suite de manque d’ouvrage , il était tombé dans la misère et les privations qui en sont la conséquence. Entré en prison, sa constitution continua rapidement de s’altérer sous l’influence du chagrin, d’une habitation insalubre et d’une alimentation insuffisante ; il ressentit des douleurs rhumatismales qui , après avoir parcouru diverses articulations , se fixèrent sur le poignet gauche. Cette articulation s’engorgea , devint le siège de douleurs vives , et l’affection prit bientôt les caractères de tumeur blanche. Deux abcès qui se convertirent en fistules s’ouvrirent , trois mois après le début de la maladie , à la partie inférieure du poignet vers la face palmaire. J’examinai avec soin la poitrine du malade : la percussion me donna un son clair dans toute l’étendue de cette cavité ; l’oreille appliquée sur les parois entendait le bruit respiratoire sans mélange d’aucun bruit anormal , moins clair toutefois que chez un individu du même âge respirant largement ; la toux était rare et sèche , les crachats étaient muqueux , mêlés d’air. L’indication fournie par la maladie articulaire était évidente et précise, c’était l’amputation. Mais j’avais à me demander si elle n’était point contre-indiquée par l’état-général. Réfléchissant aux circonstances précitées ^

m’appuyant d’ailleurs sur l’expérience de cas analogues , je pensai que la réaction de l’affection locale sur les organes internes jouait un rôle important dans la production et l’entretien des accidens généraux, et que, dans ce cas, loin que ceux-ci fussent un obstacle à l’opération , ils fournissaient une seconde indication pour la tenter. Après quelques jours de repos et de médication vainement employés pour améliorer la position du malade , je procédai à l’amputation ; elle fut pratiquée à la réunion du tiers inférieur de l’avant-bras avec les deux tiers supérieurs : trois ligatures furent appliquées ; j’avais ménagé une quantité de peau suffisante pour assurer la réunion des lèvres de la plaie ; celle-ci fut rapprochée exactement et maintenue en contact dans les points opposés , à l’aide de trois bandelettes agglutinatives , les fils des ligatures passant par les deux angles de la solution de continuité ; du linge fenêtré enduit de cérat , un plumasseau de charpie , des compresses longuettes complétèrent le pansement. Les deux premiers jours la douleur fut très-modérée , sans accélération sensible du pouls. Le troisième jour un léger mouvement fébrile se déclara et dura 24 heures : le dévoiement colliquatif et la toux disparurent depuis le moment de l’opération ; les accidens généraux, loin d’augmenter, s’amendèrent rapidement. Le sixième jour , Bonet accusait un bien-être général. Le premier appareil fut levé, et on trouva les bords de la plaie parfaitement réunis au moyen d’une cicatrice linéaire d’un rouge vif ; la plaie adhérante aux muscles se joignit sans vide entre elle et ces organes ; deux petites ouvertures rougeâtres

correspondant à l’angle supérieur et inférieur de la plaie , indiquaient le trajet des fils ; quelques gouttes de pus tachaient le linge cératé dans les points qui avaient eu rapport avec ces ouvertures. Dès ce moment la santé du malade continua de s’améliorer , ses forces et son embonpoint revinrent avec une rapidité surprenante, en même temps que les accidens s’amendèrent graduellement pour disparaître complètement ; les ligatures tombèrent du 11e au 18e jour; la cicatrisation était achevée le 21e jour.

Enfin il est quelques sujets qui présentent cette disposition particulière , que chez eux la moindre solution de continuité provoque une suppuration ; rien ne s’oppose plus directement à la réunion des plaies par première intention. Souvent cette disposition paraît tenir au mauvais état des premières voies : la langue est saburrale , l’appétit nul , la peau chaude, terne, et couverte de furoncles et d’autres affections éruptives ; mais il est quelquefois impossible de déterminer la cause de cette singulière disposition. De même on ne peut la reconnaître avant d’en observer les effets.

Est-il besoin de dire que toutes les maladies fébriles graves suspendent dans les plaies les mouvemens organiques et s’opposent à la réunion.

7° Les conditions du climat et de la saison sont aussi , on ne saurait le nier , de la plus haute importance dans la question qui nous occupe. Tout le monde connaît les faits remarquables de guérisons rapides obtenues^ par M. Larrey dans la mémorable campagne d’Egypte; on connaît aussi les succès que Clôt Bey , le digne représentant de la

chirurgie française dans ce pays , continue d’obtenir sous l’influence bienfaisante de ce climat.

8° Une dernière condition des plus importantes est que , pendant tout le temps nécessaire a l’organisation de la lymphe coagulable , les surfaces de la plaie soient maintenues dans un contact immédiat; le moindre intervalle, le moindre hiatus laissé entre les parties, fait échouer , aü moins partiellement, la réunion; et le liquide s’épanchant dans les vides résultant de cet écartement , bientôt il se forme un abcès , qui , selon que la matière s’écoule librement au dehors ou est retenue , ne fait que retarder la guérison , ou produit avec la rupture de la cicatrice les accidens qui résultent ordinairement de la présence d’un foyer dans l’épaisseur des parties.

La chirurgie possède plusieurs moyens qui favorisent la réunion des plaies par première intention; ce sont :

La situation : elle ne peut être utile que quand les mouvemens de la partie ont pour effet de rapprocher ou d’éloigner les lèvres de la plaie ; elle n’a par conséquent point d’application dans les cas de plaies du cuir chevelu, des oreilles, du nez; partout ailleurs c’est un moyen très-efficace , favorisant dans tous les cas l'action des autres et qui suffit quelquefois seul*. C’est ainsi qu’après la taille périnéale , on se borne à rapprocher les cuisses pour affronter les lèvres de l’incision. Du reste , la position varie comme la direction de la plaie. Ainsi quand celle-ci est transversale il faut que la position soit telle que la partie soit mise dans le relâchement ; c’est ce qu’on opère, par exemple,

en fléchissant la tête sur la poitrine , en étendant la jambe sur la cuisse , ou l’avant-bras sur le bras , dans certaines plaies transversales de la partie antérieure du col, de la cuisse, ou de la partie postérieure du bras. Ainsi encore quand la plaie est longitudinale , la position doit être telle que les angles de la solution de continuité soient légèrement tiraillés et ses bords tendus..

Les agglutinatifs : moyen fort employé aujourd’hui , soit seul , soit comme auxiliaire ; qui n’agit que sur les tégumens et ne peut par conséquent être de quelque utilité que dans les cas de plaies superficielles intéressant la peau et les parties qui y sont adhérentes ; il devient nuisible au contraire dans les plaies où les muscles sont intéressés, parce qu’il n’en réunit que l’entrée et laisse subsister un hiatus dans le fond. On en fait pourtant usage après les grandes opérations ; mais alors la forme de la plaie et le reste du pansement corrigent en partie au moins l’inconvénient dont nous parlons.

Les agglutinatifs formés de substances gommeuses ne conviennent que quand il s’agit d’opérer le rapprochement des plaies qui ne fournissent aucune humidité, car ils se détrempent et se relâchent dès qu’ils sont en contact avec un liquide. Dans la plupart des cas, on emploie les agglutinatifs composés de substances résineuses , qui résistent à l’action de l’humidité; mais il sont l’inconvénient de produire de temps à autre une inflammation érysipélateuse qui fait manquer la réunion. On leur donne ordinairement la forme de bandelettes , celles-ci sont bien appliquées quand elles agissent perpendicu-

lairement au sens suivant lequel les points des lèvres de la plaie qu’elles sont destinées à maintenir en contact , tendent à s’écarter , quand elles laissent entre elles un intervalle suffisant pour le passage des liquides qui peuvent suinter de la surface traumatique, quand elles maintiennent seulement en contact les lèvres de celle-ci sans les presser l’une contre l’autre , parce que le gonflement développé par l’inflammation adhésive rendrait la pression mutuelle des bords trop forte. Elles doivent être rejetées toutes les fois qu’il faut un grand effort pour rapprocher les bords de la solution de continuité , sur-tout quand il s’agit de les rapprocher sur une saillie , car alors leur partie moyenne produit une compression telle que la gangrène en est souvent la suite.

Les bandages : 11 y en a de deux sortes les uns qui maintiennent la partie dans une situation favorable au rapprochement et qui sont fort utiles ; les autres qui agissent seulement sur les lèvres de la solution de continuité et qui sont moins efficaces parce que leur action principale s’exerce sur les tégumens et présente l’inconvénient des agglutinatifs.

La suture : opération qui consiste à traverser les lèvres d’une plaie avec des fils , ou à y laisser séjourner des aiguilles autour de l’extrémité desquelles on enlace un fil, pour en maintenir les bords en contact. Ce moyen fort préconisé jadis, presque abandonné depuis les attaques de PilDrac , a été de nouveau vanté dans ces derniers temps par Delpech et ses disciples. Quoi qu’il en soit, on a toujours employé la suture dans certains cas où la

contraction des muscles rendait insuffisante l’action des autres moyens; dans ceux où la conformation des parties ne permet pas l’emploi de ces derniers ; dans ceux où les parties à réunir sont le siège de mouvemens qu’aucun autre agent ne peut empêcher. Ainsi , on applique la suture dans certaines plaies à lambeaux du cuir chevelu , lorsque la forme , la direction et l’étendue des parties détachées ne permettant pas de les tenir exactement appliquées aux os ; on l’emploie encore pour opérer la réunion des plaies dont les bords sont amincis , mobiles , ainsi que cela a lieu dans celles qui divisent toute l’épaisseur des paupières , des lèvres , de l’aile du nez, de l’oreille , et de plusieurs autres parties de la face , et où le défaut de point d’appui rend très-difficile l’application des bandelettes dans quelques divisions transversales du col , etc. On a encore recours quelquefois à la suture pour rapprocher les bords des plaies pénétrantes de l’abdomen parce que , outre qu’elle remplit l’indication générale de réunir , elle s’oppose efficacement à la sortie des viscères. On l’adapte aussi aux blessures de l’intestin , pour prévenir l’effusion des matières dans le péritoine. On la met souvent en usage après l’extirpation du sarcocèle pour empêcher le renversement en dedans des lèvres de la plaie , ou après celle de ces énormes tumeurs éléphanliaques du scrotum , pour ramener au contact les lambeaux destégumens qu’aucun autre moyen ne saurait fixer aussi exactement. On l’a aussi opposée à la division des tendons. Enfin elle est le complément nécessaire de plusieurs opérations chirurgicales ayant pour but de réparer des pertes de substance , ou

cle rétablir la continuité entre des parties séparées accidentellement ou par l’effet d’un vice de conformation.

On pense généralement que l’on doit s’abstenir de la suture dans le traitement des plaies des membres , et de celles non pénétrantes du tronc , parce que ces lésions , lorsqu’elles n’intéressent que les tégumens et le tissu cellulaire sous-cutané , sont très-faciles à réunir à l’aide des autres moyens , et que les points de suture qu’il faudrait passer dans l’épaisseur des muscles quand ils sont intéressés , les irritent et déterminent leur contraction ; d’où il resuite que leur tissu , rendu plus facile à déchirer par l’inflammation qui s’en est emparée , se coupe sur les fils , qui se détachent et tombent en laissant la plaie plus large et sur- tout plus irrégulière qu’auparavant.

Cependant Delpech s’en est dernièrement servi pour rapprocher les lèvres de plaies résultant de grandes opérations, notamment les lambeaux après les grandes désarticulations , et il en a retiré de grands avantages, sans éprouver les inconvéniens signalés.

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