CHAPITRE IV
Moyens généraux propres à assurer le succès delà , réunion immédiate .
Il ne suffit pas de mettre , par l’usage de moyens mécaniques , les bords des plaies en contact pour obtenir une réunion sans suppuration , lorsque les
conditions favorales à ce mode de réunion existent d’ailleurs. Il faut encore chercher à éloigner toutes les complications qui pourraient gêner ce travail ou l’entraver. C’est ici que le praticien doit souvent joindre à des connaissances solides en chirurgie, des idées exactes sur la nature et le traitement des affections qui sont plus particulièrement du domaine de la médecine.
La douleur excessive , l’excès ou l’absence d’inflammation, la faiblesse générale des sujets, le mauvais état des premières voies, sont les complications qu’il a le plus souvent à combattre.
La douleur qui, suivant l’expression de Sarcone(i) , peut-être mère ou fille de l’inflammation, mérite sous ce double point de vue une grande attention. Elle se manifeste en effet à des époques bien différentes, qu’il est fort important de distinguer; c’est-à-dire immédiatement, au moment même où la blessure vient d’être faite , ou quelques jours après. Dans le premier cas elle est nerveuse , elle provoque presque toujours alors de l’agitation, quelquefois même des accidens spasmodiques, elle entrave la marche de la réunion, soit parce que les mouvemens désordonnés auxquels se livre le malade dérangent les pièces d’appareil , soit parce que la plaie en ressent une irritation plus vive , et passe à l’état d’inflammation qui doit suppurer.
Dans le second cas, la douleur est accompagnée de tension , de chaleur et quelquefois de réaction générale ; en un mot , elle est le résultat d’une in-
(i) Maladies observées à Naples. Tom. I, page 150.
t flammation qui dépasse le degré nécessaire à s l’adhésion sans suppuration.
1 I Les antispasmodiques , les caïmans sont les t moyens à l’aide desquels on doit combattre la douleur dans la premier cas. Ils seraient nuisibles dans le second où les anti-phlogistiques seuls sont indiqués.
Ce que nous venons de dire s’applique en partie aux cas où l’inflammation traumatique se développe à un degré trop considérable ; on en est averti par la douleur et les autres symptômes indiqués plus haut. La saignée générale ou locale suivant le besoin , les applications émollientes , sont les moyens qu’il faut alors mettre en usage pour combattre ces accidens.
On sent d’ailleurs que l’expérience seul peut donner l’habitude nécessaire pour distinguer le degré d’excitation qui reste dans les limites de l’inflammation adhésive et qu’il faudrait bien se garder de détruire , de celui qui franchit ces limites et qu’il faut combattre pour éviter la suppuration.
Quoi qu’il en soit, lorsque celle-ci paraît inévitable , il faut se hâter d’enlever les moyens à l’aide desquels on a cherché à effectuer le contact des lèvres de la plaie , afin de les laisser se gonfler en liberté.
Le défaut d’une inflammation suffisante est un accident des plus rares ; car l’inflammation adhésive n’est elle-même qu’une inflammatien très-faible, Cependant on peut l’observer chez les sujets débiles «u plongés dans cet état de stupeur générale qui accompagne souvent les blessures graves et les
plaies par armes à feu. On la reconnaît à l’absence complète de tout travail organique dans les bords de la plaie, à la faiblesse du pouls, ainsi qu’aux autres symptômes d’asthénie ou de stupeur.
Dans le premier cas , le meilleur moyen de la faire cesser est de donner au malade quelques toniques, des amers, des alimens de facile digestion , qui contiennent sous un petit volume beaucoup de sucs nutritifs , quand l’estomac est en bon état. Les Anglais auxquels on accorde de grands succès dans l’emploi de la réunion immédiate , les attribuent en partie à ce qu’ils nourrissent leurs malades mieux que les chirurgiens Français. Mais nous avons trop souvent l’occasion de déplorer le résultat funeste des écarts de régime de nos opérés pour croire que l’opinion de nos voisins d’outremer soit fondée en tout point.
Sans doute Ton peut et on doit déposer quelques alimens dans l’estomac toutes les fois qu’il est sain , mais on doit se régler à cet égard d’après l’état général de la constitution, les symptômes de la maladie , et la connaissance du tempérament et des habitudes du sujet. On l’a déjà remarqué ; un Français ne supporte pas impunément ni en santé ni en maladie le régime substantiel et excitant qui convient à un habitant des contrées septentrionales. On serait peut-être plus près de la vérité en attribuant à la mauvaise qualité des alimens plutôt qu’à leur insuffisance sous le rapport de la quantité , la différence des résultats obtenus dans les deux pays.
Dans le second cas , c’est-à-dire lorsqu’il y a stupeur, les stimulants diffusibles et les cor-
diaux sont souvent indiqués : mais dès que le pouls est relevé , il faut se hâter d’en cesser l’emploi , parce que quand la réaction s’opère , elle est presque toujours en rapport avec le degré de stupeur qui l’a précédée, et que l’on a ensuite beaucoup de peine à retenir l’inflammation dans les limites qu’elle ne doit pas dépasser.
Le mauvais état des premières voies , leur disposition saburrale ou inflammatoire , le développement de mouvemens fébriles de différens caractères ayant, ainsi que nous l’avons déjà dit, la plus fâcheuse influence sur la réussite de l’adhésion immédiate , il est évident que dès que ces accidens apparaissent après que la réunion a été tentée, il faut les combattre énergiquement par les moyens appropriés, qu’il n’est pas de mon ressort d’indiquer ici.