‹ Des diverses méthodes et des différens procédés pour l'oblitération des artères, de leur avantages et de leur inconvéniens respectifs. De la réunion immédiate des plaiesChapitre 38 sur 45 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Phénomènes généraux des plaies qui suppurent .

Pour peu qu’une plaie qui suppure ait d’étendue elle produit des phénomènes généraux.

Le premier , le plus constant est le développe-

e ment d’un appareil fébrile qui apparaît du deuxième

5 au troisième jour , et auquel les auteurs ont donné

t le nom de fièvre traumatique. Des frissons légers

é marquent son début , le pouls s’élève , la peau de-

vient chaude et halitueuse , la langue se couvre ; d’un enduit blanchâtre , il se déclare une soif mo-

» dérée et de l’anorexie. Si la plaie n’a qu’une éten-

! due médiocre et que le sujet jouisse d’ailleurs

d’une bonne santé , ces accidens tombent après 24 , 48 ou 72 heures; la langue se nettoie, l’appétit renaît et l’affection redevient tout-à-fait locale.

Si au contraire le malade est très-irritable , si la fièvre se prolonge , elle peut être accompagnée de délire ou d’autres symptômes nerveux plus ou moins graves ; enfin si les premières voies sont irritées ou affectées d’embarras gastrique ou saburral , si la plaie est très-étendue , la fièvre peut revêtir les caractères les plus fâcheux , et faire périr le sujet avant ou pendant l’établissement de la suppuration. Alors à l’agitation succède l’abattement et la stupeur ; le pouls devient petit , serré et fréquent , la langue sèche et fuligineuse ; les liquides fournis par la plaie sont d’un gris sale , d’une fétidité extrême , et le malade périt dans les huit ou dix premiers jours qui suivent celui où la plaie a été produite. Dans d’autres cas , lorsque le malade , au moment de la blessure ou de l’opération est déjà porteur de quelque affection organique interne latente ou reconnue, l’organe malade participe à l’excitation traumatique générale , et l’affection interne passe à l’état aigu.

Si le sujet échappe au premier danger , il n’est pas pour cela à l’abri de risques ultérieurs. Si la

plaie a quelque étendue , si elle est formée de tissus disparates , de manière qu’il s’y rencontre des muscles, des os fracturés et tronqués, de gros troncs veineux coupés , etc. ; dans ces cas , le malade est exposé peu de temps après , ou pendant l’établissement de la suppuration , au développement des accidens terribles que l’on a tour-à-tour dans ces derniers temps attribué à la phlébite ou à la résorption purulente; accident d’autant plus à craindre que la plaie sera plus anfractueuse, et que les liquides trouveront au dehors un écoulement moins facile.

Ce second danger passé , il peut en survenir d’autres. Dès le moment et pendant tout le temps qu’elle existe, une plaie en suppuration est en quelque sorte un nouvel organe qui prend rang clans l’économie parmi les autres, les influence et en est fortement influencé. Qu’un travail de tête trop prolongé fatigue le cerveau , qu’une alimentation trop abondante ou trop excitante irrite l’estomac , la plaie rougit , devient douloureuse et saignante , la suppuration s’altère ; que l’excitation du cerveau ou de l’estomac soit plus forte , la plaie pâlit, se dessèche, la suppuration cesse, et le malade périt d’une congestion cérébrale ou d’une gastrite suraiguë.

D’un autre côté , si la plaie , est par une cause quelconque , fort irritée , elle s’enflamme bientôt , le pouls s’accélère et un mouvement fébrile se déclare.

Si l’irritation persiste , si la maladie dure trèslong-temps , l’économie se fatigue , s’épuise par l’effet des déperditions continuelles et abondantes

que fournit la plaie. A la longue, l’irritation locale réagit sur les intestins , le dévoiement survient et le malade périt épuisé par la fièvre hectique et par les accidens colliquatifs, provoqués peut-être euxmêmes par une résorption lente des matières fournies par la plaie.

Résumé . — Quand on tente la réunion immédiate d’une plaie placée dans des conditions favorables et qu’elle réussit , la solution de continuité se trouve sur-le-champ réduite à la plus petite étendue possible ; les parties réunies sont soustraites à l’action de l’air , des pièces d’appareil , des corps étrangers de toute espèce ; l’inflammation locale est peu intense , la douleur est peu considérable , la durée de la maladie est courte , on n’est pas obligée de faire garder au malade une diète prolongée, ses forces et sa santé reçoivent peu d’atteintes. Ajoutons que la levée du premier appareil , ainsi que les pansemens consécutifs , sont faciles et par conséquent peu douloureux , et qu’après la guérison , qui est très-prompte, la cicatrice étant linéairê n’apporte aucun déchet à l’action des muscles compromis.

Quand les plaies suppurent , la surface traumatique restant à découvert est soumise à l’action irritante de l’air ambiant et à celle des pièces d’appareil, d’où résulte de la douleur, des élancemens, des soubresauts , des secousses convulsives , de l’agitation , une irritation vive , en un mot ; de là encore une fièvre traumatique intense et toutes les conséquences qu’elle peut avoir , selon que la plaie est petite ou grande , simple , composée ou compliquée ; selon encore que le sujet est du reste bien

portant, ou que les viscères principaux sont affectés de lésions aiguës ou chroniques; et pour peu que la plaie soit grave , le malade reste jusqu’à ce que la guérison soit achevée, incessamment exposé aux dangers qui résulte de la réaction réciproque de la plaie sur les organes principaux , et de ceux-ci sur la plaie.

Toutefois, pour ne rien exagérer, il faut dire que dans la plupart des cas, ces dangers ne se présentent pas, et que les malades n’ont à courir que ceux qui proviennent des accidcns primitifs de leur blessure . parmi lesquels nous rangeons la fièvre traumatique, et ceux qui peuvent résulter plus tard de l’abondance de la suppuration et de la longueur de la maladie.

Nous en exceptons pourtant la phlébite ou résorption purulente , que l’on observe fréquemment pendant le cours des plaies qui suppurent, mais plus particulièrement dans certaines circonstances qu’il est important de déterminer ici. Ces circonstances sont : la multiplicité des tissus organiques qui entrent dans la composition de la plaie et surtout une disposition telle de celle-ci , que le sang, le pus, les liquides en un mot qu’elle peut fournir, bien que communiquant avec l’air extérieur, ne trouvent pas cependant un écoulement facile , séjournent, s’altèrent, contractent une odeur fétide et acquièrent des qualités malfaisantes. Nous reviendrons plus tard sur ce fait important; qu’il nous suffise d’indiquer que les plaies à la suite d’amputation et dans lesquelles la réunion immédiate ne réussit pas , et les plaies compliquées de fractures , sont celles 011 on a le plus d’occasions

d’observer le phénomène morbide dont nous parlons.

En supposant qu’aucun de ces dangers ne se présente, la suppuration, lorsqu'elle est abondante, affaiblit la constitution des malades , les rend plus impressionnables à l’action des agens extérieurs et plus aptes à contracter toutes les maladies auxquelles expose une constitution débilitée.

L’inconvénient de laisser suppurer la plaie se fait sur-tout sentir dans les lieux ou la pourriture d’hôpital règne endémiquement ou d’une manière épidémique ; et c’est une des raisons sur lesquelles Delpech s’est appuyé pour préconiser la méthode de la réunion immédiate , à une époque où la pourriture d’hôpital régnait épidémiquement.

La guérison se fait nécessairement long-temps attendre.

La cicatrice offre souvent une grande étendue , partant elle résiste moins à l’action des causes physiques qui tendent à la rompre et conserve longtemps une disposition remarquable à s’enflammer et à se déchirer spontanément.

Enfin si la plaie a divisé complètement un organe en deux parties , celles-ci restent séparées ou réunies par une substance intermédiaire dont l’étendue équivaut quelquefois à une séparation. Les deux bouts d’un muscle s’éloignent l’un de l’autre et dès lors la partie reste privée du mouvement , à moins que par une opération chirurgicale analogue à celle que fit M. Dutertre sur un malade dont les muscles extenseurs des doigts , après avoir été coupés d’un coup de sabre et non réunis , étaient restés incapables de remplir leurs fonctions , on n’enlève

la cicatrice pour aviver les bouts des parties divi- 11 sées et les réunir au moyen d’une suture et d’une c machine extensive. Mais de semblables opérations ! ne sont pas toujours possibles et d’ailleurs ne réus sissent pas toujours.

En s’en tenant à cet aperçu général, il est évident qu’à priori les avantages de la méthode de c traiter les plaies par la réunion immédiate sont in- ; ' contestables et qu’elle l’emporte de beaucoup sur la méthode qui consiste à les faire suppurer, c’està-dire à obtenir la guérison par seconde intention. J 1

Mais pour peu que l’on réfléchisse aux variétés I (' innombrables de dispositions que présentent les ! 1 plaies, on se persuadera facilement qu’il est im- 11 possible de résoudre la question avec quelque 5 exactitude , sans établir quelques divisions dans 5 ce vaste sujet.

Nous étudierons donc la réunion, 1° dans les ' plaies accidentelles , c’est-à-dire , dans les plaies ' proprement dites; 2° dans les plaies résultant des opérations chirurgicales , autres que les amputations ; enfin , dans les plaies résultant des amputations.

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