ARTICLE II
De la réunion immédiate des plaies qui résultent des opérations chirurgicales , autres que les amputations.
La réunion immédiate ne trouve pas des applications moins nombreuses dans les plaies qui sont le résultat des opérations de la chirurgie que dans celles qui sont tout-à-fait accidentelles.
Elle est indiquée et doit être tentée : après l’extirpation de toutes les tumeurs non pédiculées telles que , les lipômes , les squirrhes , les kystes de toute nature , etc. , toutes les fois que les tégumens qui les recouvrent sont dans un état d’intégrité qui permet de conserver des lambeaux suffisans pour les réunir au fond.
On cherche encore à l’obtenir , dans certaines plaies avec perte de substance résultant d’opérations du même genre, mais dans lesquelles il a fallu emporter une plus ou moins grande étendue de tégumens altérés avec la tumeur. Alors on emprunte en quelque sorte les tégumens aux régions voisines , et en les attirant vers le centre de
la plaie , pour en diminuer l’étendue , ou même la réduire à l’état d’une solution de continuité linéaire.
La réunion immédiate est encore utile après l’opération de l’anévrisme ; elle détermine la guérison par première intention de toute la solution de continuité, excepté seulement dans les points qui correspondent au trajet du fil ; à la suite de la herniotomie , quand le sac et les parties molles extérieures n’ont point subi d’altération, et qu’il ne reste au dehors ni épiploon ni production graisseuse; après l’opération de l’œsophagotomie, de la bronchotomie faite pour extraire un corps étranger.
Après la taille hypogastrique , M. Pinel-Granchamp a conseillé la suture de la vessie ; mais cette opération laborieuse n’a pas été adoptée. Beaucoup d’opérateurs laissent la plaie tout- à-fait libre; d’autres se bornent à y introduire une mèche de linge effilé; d’autres, M. Amussat par exemple , placent une canule dans la partie la plus déclive , et réunissent le reste avec soin.
Dans les cas que nous venons de rappeller la réunion immédiate bien que très-utile , n’est cependant pas tout-à-fait indispensable ; et l’on conçoit que la plaie guérirait lors même qu’on y laisserait se développer la suppuration; il est une classe d’opérations d’un autre genre que l’on ne pratique que dans le but d’obtenir cette espèce de réunion sous peine d’échouer. Telle est l’opération dite rhinoplastie qui a pour but de refaire en totalité ou en partie un nez à ceux qui l’ont perdu ; opération qui depuis qu’elle est réhabilitée par Carpue a été pratiquée dans ces derniers temps , un assez grand
nombre de fois en Angleterre , en Allemagne, et sur-tout en France ; par plusieurs juges de ce concours et par deux de mes honorables compétiteurs; telle est la rhinoraphie couronnée de succès entre les mains de M. Larrey dans un cas fort remarquable ; telle est encore la réfection de la sous-cloison du nez , opération que M. Dupuytren a faite aux dépens de la lèvre supérieure ; telles sont: la réfection des lèvres pratiquée par MM. Dupuytren , Delpech, Lallemand , Dieffenbach , suivant la méthode qui consiste à emprunter un lambeau aux parties voisines, Chopart,Roux de Saint-Maximin, M. Lisfranc , M. le prof. Roux , suivant celle qui consiste à allonger les tissus pour les affronter après les avoir détachés, celle des joues , pratiquée par MM. Lallemand, Delpech, Roux de Saint-Maximin, Gensoul , le professeur Roux, et celle du palais , opérée par M. Krimer et par moi; enfin celle qui a pour but de réparer une perte de substance de X urètre qu’ont exécutée MM. A. Cooperet Dupuytren. A cette classe se rapportent encore l’opération du bec-de-lièvre, celle de la staphloraphie , conquête brillante de la chirurgie moderne ; celle qui a pour but de remédier aux fistules vèsico ou urétro-vaginales , qui malgré les efforts de Lewziski, de Nœgele, Deyber, Erhmann, Malagodi, Roux, pour aviver les bords de la fistule , n’a cependant pas répondu jusqu’à présent à l’attente des praticiens que je viens de citer; enfin la suture du périnée, pratiquée avec succès par Noël et par M. Roux. Toutes ces opérations importantes sont fondées sur la probabilité d’obtenir la réunion par première intention ; c’est la condition de leur réussite : il
est donc nécessaire de prendre , en les pratiquant, toutes les précautions nécessaires pour en assurer le succès.
On sent que nous ne pouvons ni ne devons sous ce rapport entrer dans aucun détail particulier à chacune d’elles.
En opposition aux circonstances où à la suite des opérations , la réunion immédiate est avantageuse ; nous devons indiquer les cas dans lesquels elle aurait des inconvéniens.
Ces cas sont :
1° Lorsque l’opération est faite pour évacuer certaine matière dont l’écoulement doit persister pendant quelques temps , comme par exemple l’ouverture des abcès, l’opération du trépan faite pour évacuer le liquide résultant d’un épanchement.
2° Quand elle a pour but d’ouvrir une nouvelle voie à des fluides ou à des liquides dont les conduits naturels sont oblitérés.
Bronchotomie : fistule lacrymale par la perfoforation de l’unguis ; fistule salivaire du conduit parotidien d’après le procédé de Roy, Duphenix , Déguisé , etc.
3° Quand par l’opération on se propose d’obtenir une cicatrisation des parties profondes vers les parties superficielles , comme celaa lieu à la suite de l’opération par incision de la fistule à l’anus.
•4° Quand une incision faite pour extraire un corps étranger , n’a pu être suivie immédiatement de l’extraction de ce corps, et qu’on est obligé de faire l’opération comme on le dit, en deux temps.
Certaines bronchotomies. Certaines tailles.
5° Quand on a lieu de penser qu’une suppuration est inévitable. Par exemple lorsqu’après l’opération de la hernie il reste dans la plaie une masse épiploïque altérée.
6° Quand on a ouvert un conduit, si l’écoulement des matières qu’il renferme est inévitable. Certaines hernies dans lesquelles on ouvre volontairement ou involontairement l’intestin.
7° Quand il s'agit de détruire des coalitions d’organes par la section transversale de brides ou de cicatrices qui les déterminent.
8° Enfin , quand on veut rétablir des conduits ou des orifices oblitérés ou manquant par vice de conformation. Opérations nécessaires pour remédier à l’étroitesse ou à l’imperforation des ouvertures des narines , de la bouche , de l’anus , du rectum, du prépuce , de l’urèthre , du vagin , etc., etc.