‹ Des diverses méthodes et des différens procédés pour l'oblitération des artères, de leur avantages et de leur inconvéniens respectifs. De la réunion immédiate des plaiesChapitre 43 sur 45 · PAR F.-V. RASPAIL · texte numérisé non relu

PAR F.-V. RASPAIL

De temps immémorial , les habitans des contrées méridionales de l’Europe ont reconnu l’existence d’un insecte , d’un pou particulier à la maladie de la gale ; les femmes du peuple de ces pays savent l’extraire avec la pointe d’une épingle, pour l’écraser sur l’ongle , comme elles écrasent un pou ordinaire , et en débarrasser d’autant leurs petits enfans.

Dès le deuxième siècle , Abynzoar en a fait une mention spéciale.

Au dix-septième , Moufet , médecin anglais , a , pour ainsi dire, remis en lumière l’existence de ce ciron , en la faisant passer des traditions populaires dans les livres de thérapeutique. A la même époque , Hauptman et Hafenreffer en ont fait aussi mention.

Mais la première figure qui en ait été publiée

date de l’année 1682. On la trouve dans les Acta eruditorum de cette année, pag. 817, tab. 17, fig. EEE. L’auteur anonyme de cette note a dessiné l’insecte d’après nature. J’ai eu soin de reproduire cette figure sur la planche 2 de ce mémoire (fig. 5). Cette figure est moins incorrecte qu’informe; il est facile de s’assurer que tout s’y trouve dans les détails et que tout pèche par la forme; c’est une ébauche , ou plutôt c’est la caricature de l’insecte de la gale ; mais alors on ne prenait pas mieux le signalement des êtres microscopiques ; c’est déjà beaucoup que d’en avoir compté les poils principaux; et ici ils se trouvent tous avec exactitude , si parmi les grands poils on veut compter les pattes.

En 1687, Job. Cosme Bonomo écrivit à Redi , sur ce sujet, une lettre qui a paru en 1691 dans les Miscellanea nat. curiosorum. Là, l’auteur qui tenait ses premiers renseignemens d’Hyacinthe Cestoni, donne la description détaillée et la figure de l’insecte que les traditions populaires, ainsi que quelques auteurs anciens , signalaient dans les pustules des galeux. L’auteur décrivait et dessinait cette mite d’après nature.

Richard Mead ( Trans. phil ., 1708) et Baker (microscope à la portée de tout le monde , pl. XIII) , reproduisirent les figures de Bonomo. J’ai eu soin de les reproduire à mon tour sur la planche 2 de ce mémoire (figure lre). Ces figures ne sont pas brillantes; mais on y observe déjà un plus grand nombre de détails, qui, malgré leur incorrection , décèlent pourtant une observation plus suivie.

A la même époque que Bonomo et Cestoni, c?est-

( an )

à-dire en 1691 , Bonani publia la description et la figure d’un insecte que le père Baldigiani lui écrivait avoir trouvé dans un bouton survenu au visage d’un élève du collège des jésifites de Rome, et dont il lui faisait passer quatre individus. Cette figure est la même que celle de Bonomo (voyez la même planche 2 de notre mémoire , fig. 1).

Les grands observateurs du Nord , tels que Swammerdam , Leuwenhoek et Rëaumur, ne nous ont laissé , à cet égard , rien qui nous indique que cet insecte se soit jamais présenté à leurs investigations. Il n’est pas étonnant que l’insecte de la gale ait plus spécialement fixé l’attention des auteurs méridionaux ; car la gale , beaucoup moins commune et beaucoup moins intense , enfin beaucoup moins populaire dans les contrées septentrionales que dans le midi , a pu échapper totalement à la connaissance de nos savans de cabinet.

Linnæus lui-même n’a basé ses distinctions spécifiques que sur les figures de Bonomo , et , comme ce dernier avait figuré sur la même planche , et avec la même incorrection , l’insecte de la gale et celui de la farine , le savant Suédois a été induit à réunir , comme variétés de la même espèce , ces deux insectes , dont on pourra plus bas apprécier l’énorme différence spécifique.

Cette différence n’échappa point à Degeer , qui figure à son tour ( Mêm . pour servir à l’hist. des insectes, tom. 1 , pl. 5.) et l’insecte de la farine et l’insecte de la gale , avec une vérité de crayon qui ne laissait plus le moindre doute sur la différence générique de ces deux cirons. Yoy. la pl. 2 , fig. 2 de ce mémoire.

Enfin en 1791 , Wichman , médecin de Hanovre, publia à son tour un travail spécial sur ce sujet ; et Goeze vérifia de ses propres yeux les assertions et les figures de WicTiman.

En France, les observateurs , depuis cette époque, furent, ou bien moins favorisés parle hasard , ou bien moins habiles et moins patiens, et l’insecte de la gale échappa long-temps à leurs recherches.

Enfin, en 1812, un élève de l’hôpital Saint- Louis , natif du département de la Haute-Garonne , se livra , sur l’invitation de M. Alibert à des recherches sur la gale , dont il consigna les résultats dans sa thèse. M. J. C. Galès (i) annonça avoir trouvé l’insecte de la gale ; il prit à témoin les plus grandes célébrités de l’Institut et de la Faculté de médecine (2) , qui toutes applaudirent à son succès et assurèrent avoir vu de leurs propres yeux cette mite si long-temps perdue.

L’auteur joignit à son mémoire une belle planche dessinée par M. Meunier, habile peintre d’histoire naturelle. Le scepticisme ne trouvait donc plus rien à mordre sur un faisceau aussi brillant de témoignages compétens. Depuis cette époque,

(1) On a dit que le choix du sujet à traiter naquit d’une plaisanterie , d’un mauvais calembour, en sorte que si l’auteur ne s’était pas appelé Galès, la science eût été à l’abri de la tbèse sur la gale. Ces mauvaises plaisanteries portent toujours malheur.

(2) MM. Leroux, Bosc, Olivier, Latreille, Duméril , Pelletan, Thillaye, Désormeaux, Ricberand , Delaporte, Alibert, et Dubois.

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