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figures ae M. Galès étaient devenues classiques, on les trouve calquées dans les ouvrages élémentaires d’entomologie et dans les premières éditions de l’ouvrage de M. Alibert sur les maladies de la peau. M. Latreille, auteur du genre sarcoptes , les cite comme des figures authentiques , et M. Lamark , bien loin de révoquer en doute les assertions deM. Galès (A nim. sans vert., tom. Y, p. 57.). a été porté à croire , en comparant les figures de M. Galès et celles de Degeer , que peut-être la gale renfermait deux espèces d’insectes.
Cependant on aurait volontiers été enclin à penser que l’art de rendre visible ce ciron, était un secret dont M. Galès, par droit, je ne dirai pas de son nom , mais de son habileté , avait conservé la possession exclusive. Car, depuis la publication de sa thèse, bien des docteurs de Paris firent de vains efforts pour retrouver et étudier de leurs propres yeux l’insecte des galeux. Cet insuccès de la part des maîtres , dans des recherches où un écolier avait réussi , ramena l’incrédulité dans les esprits les moins difficiles ; et M. Lugcl, médecin, comme M. Alibert, de l’hôpital Saint-Louis, fit annoncer dans la Lancette française du 28 juillet , qu’il donnerait cent écus à l’élève qui parviendrait à lui montrer le ciron des galeux. Ce n’était pas là un prix , mais un pari ; un encouragement , mais un défi ; un doute , mais un démenti formel donné à tous les auteurs qui soutiennent avoir vu un insecte dans la gale humaine. Une polémique s’engagea à cet égard entre les élèves de M. Lugol et ceux de M. Alibert, et elle me fournit l’occasion d’évaluer les raisons de part et d’autre , et de me
livrer à quelques recherches originales sur ce point (1).
J’examinai minutieusement au microscope le produit de près de deux cents pustules qu’avait la complaisance de m’apporter , chaque jour , entre autres élèves, M. Meynier , jeune chirurgien de la marine. Je ne fus pas plus heureux que les autres. Mais je me gardai bien d’en conclure qu’il fallait reléguer dans les fables, l’existence de 1 ’acarus des galeux; les auteurs qui l’ont figuré et qui assurent l’avoir vu , sont des auteurs dont la bonne foi n’a jamais été suspectée , et qui en outre , pour la plupart , nous ont laissé un assez grand nombre de figures dont l’exactitude est constatée par le témoignage de tous les observateurs. J’attribuai notre insuccès, ou à l’influence du climat de Paris, ou à celle des médicamens , ou enfin à notre inexpérience dans l’art de trouver le gite de l’insecte.
Cependant, me disais-je, toutes ces causes de désappointement existaient tout aussi bien, au moins , pour M. Galès que pour nous. Comment se fait-il donc que cet élève ait trouvé , et qu’il ait montré tant de fois un insecte que tant de maîtres cherchent depuis lui inutilement ?
La comparaison des figures des auteurs anciens , avec celles de M. Galès, me mit sur la voie du doute qui ne tarda pas à s’éclaircir pour moi , lorsque j’eus confronté avec les figures, dessinées par M. Meunier, de l’insecte que M. Galès a fait voir à ces messieurs , l’insecte du fromage ou celui de
(1) Voy. Annales des sciences d'observation , tom. U , n° 3, p. 446. 1829.
la farine ; car ce sont les mêmes. Je restai convaincu que M. Gales avait mystifié les plus grands savans de la capitale , comme jamais on n’a mystifié des savans , et qu’au lieu de Vacants de la gale de l’homme , il avait été assez adroit pour leur montrer V accrus du fromage gâté ou de la farine échauffée. Mais je soutenais qu’en dépit de cette mystification , cet insecte se retrouverait avec les formes principales de la figure de Degeer, et j’invitais , surtout les observateurs méridionaux , à nous envoyer de bonnes figures.
On ne m’aurait pas cru, si, dans un travail ex professo, j’avais dévoilé tout à coup une mystification aussi éclatante. Qui aurait consenti à admettre que nos célébrités entomologiques se fussent laissé prendre dans les faibles filets d’un débutant? Pour faire croire à la mystification de 1812 , il me vint dans l’esprit de la reproduire en 1829, et je fus admirablement bien servi en ce stratagème , par l’adresse et l’imperturbable présence d’esprit de mon élève M. Meynier , qui , je me hâte de le dire, possédait des talens plus positifs que ceux qu’il mit si bien à contribution ce jour-là ; c’était le 2 septembre.
M. Meynier annonça à M. Lugot qu’il venait enfin de retrouver l’insecte de la gale , et qu’il se faisait fort de le montrer publiquement ; des affaires extraordinaires empêchèrent M. Lugol d’assister à ces expériences ; mais elles furent faites en présence d’un assez grand concours d’assistans , parmi lesquels on comptait MM. J. Cloquet, Bailly, etc.
Toutes les précautions furent prises pour que l’impureté de l’eau n’induisît personne en erreur.
Le verre sur lequel on déposa le liquide des pustules galeuses , fut placé sur le porte-objet du microscope ; alors M. Meynier étend du doigt le liquide, et tous les assistans se récrient, en regardant au microscope, qu’enfîn l’insecte de la gale si bien figuré par M. Gales était retrouvé. C’est bien celui que j’ai vu cent fois , s’écria M. J. Cloquet ; et chacun de dire, M. Lugol a perdu ses cent écus. Quand l’effet eut été produit, nous nous hâtâmes de perdre les cent écus avant de les toucher , de faire savoir que l’insecte , vu si bien et par tant de personnes à l’hôpital Saint-Louis , n’était que l’insecte du fromage , qu’à l’insu des assistans M. Meynier avait placé sur le porte-objet en agitant le liquide avec l’ongle ; car c’est là que le mystificateur avait niché la population qui pullule dans le fromage.
Je profitai de la disposition des esprits pour publier , dans les Annales des Sciences d'observation, la dissertation relative au ciron de la gale.
Les conclusions de ce travail étaient que M. Alibert avait tort d’admettre que M. Galès avait vu et fait voir l’insecte de la gale , et que d’un autre côté M. Lugol avait tort de nier l’existence de cet insecte , et de réduire au rang des fables tout ce que les observateurs les plus habiles et les plus consciencieux en ont écrit et figuré. Pour rendre la double démonstration plus complète , je joignis à cette dissertation une planche comparative des dessins publiés par divers auteurs, parmi lesquels je n’oubliai pas le beau dessin de la mystification de M. Galès. Je le reproduis ici, pl. 2, fig. 4.
M. Gales garda un silence que rien au monde n’a pu lui faire rompre depuis.
Mais ce travail mit en émoi les autorités compromises, et M. Patrix se chargea du soin de les défendre. Ce médecin fit annoncer par la Lancette française une séance solennelle à l’Hôtel-Dieu , dans laquelle il promettait de ressusciter l’insecte de M. Gales, et de le montrer aux plus incrédules. Des invitations spéciales furent adressées à MM. Lugol , Alibert , Duméril , Latreille ; et je ne fus pas oublié dans le nombre.
M. Patrix doutait si peu du succès de ses recherches , qu’il fit imprimer la veille , sous forme de programme , le procès-verbal futur de la séance du lendemain , avec ce titre : Extrait de Y Iconographie pathologique ; nouvelles recherches sur l’insecte de la gale humaine , commencées à V Hôtel- Dieu de Paris , dans l’amphithéâtre de la clinique chirurgicale de M. le baron Dupuytren , le 22 octobre 1829 ; par E. G. Patrix. Cet extrait, qui n’a jamais paru dans Y Iconographie pathologique f ou plutôt ce procès-verbal par anticipation , enfin ce programme rédigé au passé, fut distribué avec profusion , avant la séance , aux nombreux assistans.
A l’exception de MM. Lugol, Alibert , Duméril, Latreille et Dupuytren , tous les invités s^y rendirent. Un énorme appareil de verres de montre chauffés au bain de sable se trouvait disposé dans l’amphithéâtre , pour recevoir l’insecte méridional, pour ainsi dire, en serre chaude. M. Thillaye, le témoin micrographe de la première mystification d’après M. Galès , fut convoqué par M. Patrix , avec
son beau microscope de la faculté ; et M. Delêtre , sur les invitations de M. Patrix , tenait son crayon levé sur ses tablettes, pour saisir d’un trait cet insecte fugitif à l’instant de son apparition. Vaines tentatives ! l’insecte ne parut pas , quoique les galeux se prêtassent de fort bonne grâce aux recherches de M. Patrix.
L’observateur , un peu désappointé , nous convoqua pour la séance suivante ; mais afin de ne pas renvoyer l’assemblée sans avoir obtenu un résultat, je profitai de l’occasion pour placer simultanément, sous les yeux du public, et les dessins de M. Gales et l’insecte du vieux fromage que les marchands du voisinage vendirent pendant quelques jours plus cher que le fromage frais. L’identité fut constatée par tous ceux qui mirent l’œil au microscope , et personne ne douta plus de l’insuccès de la séance nouvelle indiquée par M. Patrix.
A la séance suivante, M. Dupuytren présida, et l’habileté de M. Patrix resta encore stérile. M. Dupuytren lui fit observer qu’il était urgent de changer les temps des verbes du programme de la séance précédente; car les programmes se rédigent au futur et non au parfait; qu’enfin sans cette rectification, ce programme serait une imposture. M. Patrix le promit; je pense que le public le dispensa de remplir sa promesse ; mais , au lieu d’une rectification, M. Patrix continua à distribuer son mémoire, en y ajoutant la planche qu’il avait publiée en 1812, de l’insecte de M. Gales, dans le Dictionnaire des Sciences médicales. Cette planche portait en titre : Sarcopte de là gale humaine , trouvé et dessiné par M. Patrix , le 26 mai 1812.
Or, le faux programme portait qu’on l’avait retrouvé le 22 octobre 1829. Tout cela vous paraîtra bien extraordinaire ; mais je possède les pièces , et j’en donne au public un échantillon sur la deuxième planche, fïg. 6 , où j’ai pris soin de faire calquer deux des figures de Patrix , qui m’a l’air de n’avoir fait lui-même que calquer les mauvaises figures de l’insecte de la farine , publiées par Bonomo à côté des figures de l’insecte de la gale sur la planche des Miscellanea naturœ curioso rum y 1691.
Depuis cette époque, la justice que le public savant accordait aux recherches de MM. Galès et Patrix, le rendit en général injuste envers les observateurs anciens ; et à cet égard , l’on ne crut plus à rien , parce qu’on avait été trompé sur une chose ; l’insecte de la gale n’existait plus , parce que M. Galès avait montré l’insecte du fromage ou de la farine.
La question en était là, lorsqu’en 1881 , Aymé, le jardinier d’Alfort, et deux élèves de cet établissement, m’adressèrent des débris de la gale du cheval, qui grouillaient à la vue simple. C’étaient des insectes bien vivans , que je me hâtai d’observer au microscope et de dessiner avec soin. Il est inutile de faire observer que ces insectes n’avaient pas le moindre rapport de ressemblance avec les figures de M. Galès , aux yeux d’un homme exercé à l’étude des corps microscopiques. Mais, par la conformation générale , ils se rapprochaient beaucoup de la figure de Degeer ; j’en publiai la description dans la Lancette du 18 août 1881, et je l’ai reproduite dans le N on veau Système de chi -
mie microscopique , pl. 10, fig. 7,8,9, 10 , en annonçant que l’on retrouverait sûrement un jour celui des pustules de la gale humaine , et qu’on s’assurerait de l’exactitude générale du croquis de Degeer.
Mes prévisions se sont toutes vérifiées , et je ne sais encore m’expliquer comment elles ont tant tardé à l’être ; car, entre autres auteurs , Casai nous a laissé une espèce d’itinéraire de l’insecte , qui aurait dû mettre les médecins sur les traces de cet animal. En effet, a dit cet auteur, qui les avait bien des fois observés dans les Asturies , « l’insecte s’engendre sous l’épiderme ; on l’appelle , et à juste titre, le laboureur, car il laboure la peau entre le derme et l’épiderme ; il avance à la manière des lapins , et laisse derrière lui son terrier en forme d’un sillon , qui est très-visible à un œil ordinaire , lorsqu’il est éclairé par une lumière assez vive. Dans les pays des Asturies, il n’est pas rare de trouver des personnes qui savent extraire ces animalcules avec la plus grande habilité à la pointe d’une aiguille : elles le placent sur un verre poli où on le voit courir. »
Ce que Casai a rapporté des Asturies , on l’observe de la même manière dans toutes les provinces méridionales de l’Europe, et les bonnes femmes n’ont pas besoin d’avoir recours à la mystification de M. Galès, pour montrer aux curieux l’insecte qui démange la peau de leurs nourrissons.
M. Renucci , élève en médecine , natif de la Corse , et qui avait eu de si fréquentes occasions de remarquer dans cette province de la France ce que Casai avait observé dans les Asturies. M* Renucci
apprit avec étonnement , en assistant aux cours de la capitale , que l’existence de ïacarus de la gale donnait lieu à une polémique assez animée. Il se mit à examiner les galeux de la capitale, et par les procédés usités dans son pays, il s’assura que cet insecte se trouvait à Paris comme en Corse. Ses indications ont été si positives , que chaque médecin peut aujourd’hui extraire cet acarus avec la même dextérité que les habitans des Asturies, de Corse et de Naples. Car, au bout du sillon dont a parlé Casai, M. Renucci a fait remarquer un point blanc qui , lorsqu’on le rencontre , indique infailliblement la présence de Y acarus ; on n’a alors qu’à plonger au-dessous de ce point l’extrémité d’une épingle , à soulever l’épiderme , pour emporter l’insecte au-dehors, tout vivant et non mutilé.
Cette révélation de M. Renucci réveilla la polémique, et ramena M. Lugol dans l’arène. M. Renucci eut la complaisance de m’inviter à lui prêter le secours de mon observation pour convaincre les plus incrédules ; j’attachais un trop grand intérêt à cette question pour manquer au rendez-vous. Le premier insecte qu’on nous présenta était un insecte mort sur le verre de montre depuis un jour. Il me suffit de le voir au microscope pour assurer à M. Lugol qu’il avait perdu son pari (1); que la gale seule pouvait avoir produit cet insecte ; car il offrait déjà les principaux caractères génériques de ïacarus de la gale du cheval , et il rappelait
(i) M. Lugol s’est rendu à l’évidence de la meilleure grâce du monde.
aussi bien qu’il était possible de le désirer, la figure de Degeer.
On ne tarda pas à nous en apporter de vivans ; M. Émery lui-mème en tira un individu de la pustule d’un galeux , et dès ce moment tous les doutes furent levés, et la question fut décidée. Depuis j’ai eu deux ou trois fois occasion de prêter le faible secours de mon expérience à de nouvelles recherches faites sur les indications de M. Renucci, et il n’est pas une seule notabilité médicale de la capitale, je pense, qui n’ait eu occasion de former sa conviction par ses propres yeux. C’est dans ces premières séances que j’ai démontré les différences spécifiques qui distinguent Yacarus de la gale de l’homme , de Yacarus de la gale du cheval , en présentant simultanément les figures des deux espèces de mites. Tel est l’historique de la question ; passons à l’histoire naturelle de l’insecte.
Insecte de la gale de l'homme (pl. l,fig. 1 — 7.) — Cet insecte est blanc à la vue simple ; avec de bons yeux on distingue sur une portion de sa circonférence quelques points bruns-rougeàtres. Il n’est pas besoin d’un verre grossissant pour le voir courir sur une surface colorée. 11 a environ un demi-millimètre en diamètre.
A la simple loupe , on peut déjà compter ses pattes , distinguer son museau , et reconnaître tous les détails que Degeer a rendus d’une manière si vague , et si peu en harmonie avec les notions d’entomologie , parce qu’il paraît que Degeer a cherché à rendre servilement ce qu’il voyait à la loupe simple , et sans chercher à l’évaluer à de plus forts grossissemens. Je conseille même , en
procédant à l’étude de cet insecte , de commencer par l’étudier à la simple loupe; on obtient ainsi beaucoup plus facilement les rapports mutuels des organes et leurs dimensions relatives. Mais pour arriver à l’exactitude d’une description complète , il faut employer ensuite de plus forts grossissemens, varier le jeu de la lumière par réflexion et par réfraction, en revenir toujours, pour la vérifîcation , au microscope simple , qui , dans tous les cas, offre à l’observateur exercé des avantages immenses sur les meilleurs microscopes composés , en ce que , sans grossir autant, à la vérité , il n’ altère jamais l'image et en révèle bien des détails qui se perdent au microscope composé. Croyez en mon expérience : j’ai vu à cet égard bien des désappointemens et bien des convictions ébranlées.
L’usage des réactifs devient encore indispensable pour donner à des organes opaques et indéterminables la transparence qui seule au microscope permet de les rendre avec vérité. Ainsi je me suis servi avec succès de l’acide acétique concentré pour vérifier la disposition des points qu’on observe sur le dos de l’insecte. Un séjour de vingt-quatre heures de cet insecte dans ce réactif, emprisonné dans un de ces appareils que j’ai désignés , dans ma chimie organique , sous le nom de porte objets à réactifs , suffit pour rendre transparent l’animal , en dissolvant une grande quantité des sucs albumineux qui entrent dans son organisation.
Mais c’est surtout à la faveur des divers mouvemens que fait l’insecte vivant, qu'on arrive à découvrir bien des choses; et cet insecte vit assez long-temps , quelquefois jusqu’à cinq ou six jours.
Lorsque l’insecte marche et qu’on l’oBserve de champ au microscope (fig. 1, pl. 1), il paraît aplati ; et dans les endroits transparens il offre des stries courbes et parallèles qui lui donnent l’aspect d’une écaille de poisson vu au même grossissement. Ses pattes antérieures et sa tête sont susceptibles de se cacher sous le corps en se courbant en dessous , et l’on dirait alors que ces cinq organes sont rentrés dans la carapace comme le font les membres analogues de la tortue. Ce qui favorise ce mouvement, c’est la conformation de la surface dorsale de l’insecte , qui déborde tout le corps, s’avance comme un toit sur les pattes antérieures et la tête. La portion postérieure du corps de cet animal , placé dans la même position , offre huit poils inégaux graduellement et les plus courts vers l’anus. Quatre de ces poils appartiennent aux quatre pattes postérieures , et les quatre autres sont insérés, deux de chaque côté de l’anus , sur quatre petits tubercules qu’on ne distingue bien qu’en les faisant saillir au dehors par la pression de la pointe d’une aiguille.
Sur le disque de cette surface dorsale on distingue un système de points brillans dont j’ai imité la disposition et presque le nombre , en les comptant sur un individu qui avait séjourné dans l’acide acétique concentré.
Si l’on se contentait de l’observation sous ce jour on serait porté à regarder l’insecte comme étant aplati, et ses points comme étant de simples petits cercles. Mais on se détrompe facilement, en observant l’animal de profil (fig. 2, pl. 1). On s’assure alors que la grande tache blanche du centre pré-
sente une grosse bosse , que la surface antérieure et la surface postérieure sont bombées également, et que chacun de ces petits cercles du dos est surmonté d’un poil transparent inflexible. Les quatre rangées de points qui descendent vers l’anus et vers la tête offrent les poils les plus longs.
Les contours du corps offrent des lobes de différentes formes , selon le mouvement de l’animal et les positions qu’il affecte. J’ai représenté celles qui se présentent le plus généralement. Dans l’acide acétique concentré , ces contours finissent par se réduire à la forme que représente la fig. 6 , pl. 1. Quant aux stries dont j’ai parlé plus haut , elles couvrent toute la superficie du corps. On aurait tort de croire que ce sont de simples plis de la peau : c’est un vaste réseau cellulaire , dont les cellules sont linéaires et en creux , et les interstices que j’appelle vasculaires sont en relief. Ce réseau oppose une grande résistance aux instrumens tranchans; et on le retrouve sur beaucoup d’autres animaux inférieurs , tels que V ascaris vermicularis , ou principalement sur l’épiderme d’une foule de plantes. Je l’ai représenté fig. 3, vu et analysé à un fort grossissement. La résistance dont je parle est si forte qu’il serait difficile à l’observateur, avec la meilleure volonté, de tuer l’insecte avec la pointe d’une aiguille , lorsqu’il procède à son extraction : car il m’est très-difficile , à la loupe et à l’aide de mes instrumens de dissection, de parvenir à l’écraser et à le diviser ; il glisse et bondit sous l’instrument , et les poils raides qui hérissent son dos ne servent pas peu à compliquer la difficulté de son anatomie. On sent alors que non-seulement son
corps jouit d’une certaine dureté, mais que ses pattes et son museau, auxquels la réfraction de la lumière prête une délicatesse apparente , en les rendant diaphanes , sont écailleux et cornés , et ne ploient pas sous l’instrument.
Tel est l’aspect général et détaillé de l’insecte, observé lorsqu’il marche et qu’il présente le dos à l’œil de l’observateur.
Mais lorsqu’on le renverse sur le dos pour l’observer sur la surface inférieure de son corps (fîg. 5, pl. 1), son organisation se complique et demande une étude plus minutieuse. On voit très bien alors que les quatre pattes antérieures ( aaaa ) et la tête (b) sont implantées dans tout autant de fourreaux, dans lesquels cependant il leur est impossible de rentrer. Ces fourreaux forment une espèce de plastron (e) d’un effet singulier.
La tète est insérée dans un angle dont le sommet se prolonge sur le thorax en une ligne d’un rouge doré. Cette tète est d’une assez grande simplicité , purpurine et courbée en dessous par son suçoir , qui ne m’a paru formé d’aucun système visible de pièces mandibulaires. Dans l’acide acétique, on observe sur ses deux côtés deux vésicules transparentes (a) qu’on prendrait volontiers pour les deux yeux ( fig. 7 , pl. 1 ) ; on observe sur la nuque deux paires de gros points surmontés chacun d’un poil. Ces poils , lorsqu’ils dépassent la tète courbée , ont l’air d’être inégaux , parce que deux sont insérés sur la paire postérieure et deux sur la paire antérieure (figure 1 , pl. 1) (c).
Les bords du fourreau des deux pattes les plus voisines de la tète se prolongent en deux lignes
J rougeâtres, et se rapprochent jusqu’à la hauteur de la ligne qui part du cou de l’animal. Les bords du fourreau des deux autres se réunissent en lignes rouges à la convexité des lignes dont nous venons de parler ; sorte de travail qui imite une espèce d’éventail. Les pattes se composent de quatre articulations et d’une pièce basilaire oblique , qui offre comme un triangle dont l’hypothénuse est tournée du côté de la partie postérieure du corps. Chacune de ces articulations est hérissée de poils dont on n’aperçoit que ceux qui se placent sur le côté. La dernière articulation est hérissée de piquans très-courts , et armée en dessous d’un poil raide qui est terminé par un évasement flexible et susceptible de faire le vide , comme les pelottès visqueuses de certains animaux supérieurs, tels que les rainettes. Ces pelottes lui servent, en s’appliquant contre les surfaces, à se fixer sur tous les plans. Les articulations sont peu distinctes , et il faut de longues observations pour les compter. Ces cinq membres antérieurs sont recouverts à moitié , comme je l’ai dit plus haut , par la saillie de la surface dorsale du corps.
Sur le ventre , on aperçoit deux paires d’autres organes, que Degeer a rendus grotesquement par quatre poils enflés vers leur base et attachés au ventre. Ces quatre prétendus poils sont les quatre jambes postérieures , qui , quoique plus courtes de beaucoup que les antérieures , possèdent la même organisation principale; seulement elles sont privées de l’appareil propre à la marche que je désignerai sous le nom d 'amhulacrum. A part cette légère circonstance , on y retrouve tout ce qu’on a ob-
serv£ sur les pattes antérieures, 1° la ligne rougeâtre (f) qui borde le fourreau , l’ouverture du fourreau (g) , l’hypothénuse (t) et les quatre articulations. Ici les ambulacrum sont remplacés par des poils très-longs. En tout, celles de ces pattes postérieures qui se trouvent les plus voisines de la tète sont plus développées que les deux postérieures. Quand on observe à la loupe , ce système de pattes rappelle très-bien la figure de Degeer, et la ligne rouge qui borde le fourreau semble être un poil qui s’enfle en une vésicule rouge à la région de la patte , et s’effile en poil blanc au sommet de la vésicule.
L’anus est tantôt saillant et tantôt caché; mais pour le rendre très-sensible à la vue, on n’a qu’à laisser dessécher l’insecte ; alors le derme reste avec sa forme , à cause de sa dureté ; l’abdomen se retire, et la direction de l’anus se dessine à travers la transparence du derme , comme le montre la fig. 4, pl. a.
La couleur extérieure de cet animal est d’un blanc de neige , à part les pattes et le museau ; mais si on l’observe par réfraction , il paraît jaune , ainsi que tous les tissus blancs des animaux , ce qui provient de la décomposition des rayons lumineux qui traversent la substance organique , décomposition en vertu de laquelle les rayons les moins réfrangibles ; tels que le jaune, arrivent seuls à l’objectif.
Quoique les poils des membres antérieurs de cet insecte soient dirigés en avant , on conçoit qu’ayant la faculté de replier ses pattes et son museau en dessous , ces poils ne forment aucun obstacle à sa
marche lorsqu’il fouille la peau. Mais ce qui lui rend ce travail facile , c’est la présence des papilles si dures qui hérissent son dos , et qui , dirigées en arrière, servent à opérer une résistance en arrière , et à rendre le recul impossible ; surtout c’est la dureté écailleuse de l’enveloppe externe qui lui forme comme une espèce de carapace de tortue. Il me semble avoir observé que la surface ventrale est striée comme la surface dorsale.
Insecte de la gale du cheval . (Fig. 3 , pl. 2.) — Cet insecte a les plus grands rapports d’organisation avec celui de la gale de l’homme ; et les différences qu’il présente sont de la nature de celles qui constituent , en histoire naturelle , une espèce et non un genre. Elles nous autorisent à penser que l’espèce de ces parasites varie avec l’espèce d’animal galeux , et qu’en conséquence le mouton galeux doit offrir un acarus différent de celui du bouc, etc.
Les trois différences principales de Y acarus du cheval galeux se trouvent dans les dimensions et l’insertion des quatre pattes postérieures , dans la présence des ambulacrum sur les huit pattes, et enfin dans les deux articulations de ces ambulacrum , tandis que ceux de l’insecte de l’homme ont la tige simple et inflexible.
Sous le rapport des dimensions du corps , de sa couleur blanc de neige , et de la couleur purpurine des pattes et du museau , l’insecte du cheval ne diffère pas de celui de l’homme. La femelle a un seizième de ligne en longueur , et un dix-septième en larseur* Le mâle est plus petit et je crois d’une
conformation extérieure un peu différente. Le corps de l’animal forme moins l’écaille de tortue que celui de la gale de l’homme , et les stries du cîos sont moins apparentes. Les articulations des pattes sont plus faciles à compter que sur ce dernier. L’extrémité des tarses est terminée par deux longs poils. Les deux paires de pattes postérieures sont très-longues , inégales comme dans l’acarus de l’homme , insérées non sur le ventre , mais sur les côtés du corps. L’anus est placé entre quatre poils, qui s’insèrent deux par deux sur un tubercule placé de chaque côté de cet organe. Pour le plastron (fig. 3 , pl. 2 , a.) l’insecte du cheval diffère encore essentiellement de celui de la gale de l’homme. Sur la figure, les pattes sont un peu trop allongées; j’ai voulu rendre visibles beaucoup de détails qu’on n’aurait pas aperçus sans cela.
Dans le cours des observations que j’ai eu occasion de faire sur ces insectes, il m’est souvent arrivé de les surprendre accouplés , et ils tenaient alors anus contre anus , les pattes postérieures cachées sous le ventre , et peut-être leur servant à se retenir mutuellement dans l’acte de la copulation.
Insecte de la farine et du fromage , et différences génériques qui le distinguent des insectes de la gale . (Fig. A , pl. 2.) — Cet animal est blanc de neige comme les deux précédens , il a le museau et les pattes purpurines comme eux ; mais il est ovoïde et non arrondi , comme les premiers ; son museau est différemment conformé; enfin l’insertion des pattes et leur conformation ne permettent pas de
le rapprocher même génériquement de Yacarus de la gale.
Les pattes sont toutes insérées autour d’un petit plastron ovale placé sur le milieu du thorax. On distingue sur le dos un corselet comme sur la plupart des insectes. Ses pattes ne sont pas terminées par ce tarse en pelotte , que j’ai appelé anihulacrum. Dans le jeune âge, ces insectes n’ont que six pattes ; les deux postérieures leur poussent en vieillissant. J’ignore si Je même phénomène a lieu chez l’insecte de la gale : je n’ai jamais eu occasion de rencontrer des individus privés d’une paire de pattes; et si l’on veut faire attention à l’ori ganisation de l’insecte de la gale , on sera porté , comme moi, à penser qu’ils naissent avec leur huit i pattes ; car le système des pattes postérieures est tellement lié et indivisible, qu’il ne pourrait disi paraître par moitié, et, en disparaissant tout entier», l’insecte naîtrait avec quatre pattes seulement , ce ! qui serait contraire à. l’analogie .
Ces considérations nécessitent la séparation en deux genres des parasites du fromage et de la farine d’un côté, et de l’insecte de la gale de l’autre; en sorte que le premier resterait dans le genre mite [acarus) de Lamark , et le second dans celui du sarcoptes de M. Latreille, avec les caractères sui- |vans :
Mite [acarus). — Corpus ovatum lœve , thorace i distincto, Pedes primo sex dein octo sub thorace et circatuberculum ovatüm inserti; ambulacris orbati. Species ; acarus siro , mite de la farine ou du bornage , fig. 4 , pl. 2.
Insecte de la gale ( sarcoptes ). — Corpus subro-
tundum utrinque quasi compressum , testudiniforme, albidum, striatum, supra dorsum papillis rigidishirtum. Pedes octo, quatuor anteriores circa caput dispositi, et quasi palmati , quatuor postici distantes, et saltem quatuor anteriores ambulacris præditi.
species. — Sarcoptes hominis (fi g. 1 — 7, pl. 1), sarcopte de l’homme.
Pedibus posticis ventri adfixis , multo brevioribus, et ambulacrorum expertibus, ambulacro simplici.
Sarcoptes equi, sarcopte ducbeval. (fig. 3, pl. 2). — Pedibus posticis lateribus adfixis , longioribus , cylindricis, ambulacrorum non expertibus, ambulacro biarticulato.
N. B. On trouvera sans doute plus tard que chaque espèce d’animal galeux est dévoré par une espèce différente de ces insectes.
Rapport des figures publiées par les auteurs entre elles , et explication des planches 1 et 2 .
Les considérations précédentes suffiront amplement pour mettre les auteurs à même déjuger que, malgré leur incorrection , les figures des premiers observateurs rappellent l’aspect général de l’insecte, et même le nombre de ses organes principaux; on avouera qu’elles n’ont pu être dessinées que l’insecte sous les yeux.
Fig. 1 et suivantes. Insecte de la gale de l’homme vu à un grdssissement de 100 fois. — Fig. 1. L’insecte vu par le dos.
Fig. 2. Vu de profil, pour montrer le$ papilles rigides dont les bosses du dos sont hérissées .
Fig. S. Stries qui présentent, sur toute la sur face de son corps , une si grande résistance.
Fig. -4. Extrémité desséchée de l’insecte, pour en montrer l’anus.
Fig. b. Insecte vu par le ventre. Comparez cette figure avec la fig. 2 de Degeer : l’identité est complète.
Fig. 6. Carapace de l’insecte, vu plongé dans l’acide acétique.
Fig. 7. Tète de l’insecte plongé dans l’acide acétique ; les deux transparens latéraux semblent en être les yeux.