Rois, VIII
2. La version des Septante arrange dans le mdtnc sens le passage parallèle, 2 Chron., vi, 2.
ms DES DOCTBINES KELIGIEU^^ES DES JUIFS
pie ; c’est pour qu’on puisse l’y invoquer d’une manière convenable, et non pour venir y habiter lui-même. Celte explication est destinée, dans la pensée du traducteur, à corriger le préjugé populaire qui croit que Jéhovah a établi sa demeure dans le lieu très-saint. Elle est une protestation contre toute représentation anthropomorphique de la divinité.
Si l’on considère que les livres de l’Ancien-ïestament n’ont été traduits en grec que successivement, dans un espace de temps assez long, par des auteurs différents, et que tous trahissent presque également le dessein bien arrêté de faire disparaître les expressions anthropomorphiques du texte original, on ne pourra s’empêcher de reconnaître dans ce système de traduction le résultat des idées spiritualistes que les Juifs alexandrins, ou du moins les plus éclairés d’entre eux, se faisaient de la nature de Dieu
La répulsion des Juifs alexandrins pour tout ce
i. Gfrœrcr, Krit. Geschichte des Urchristenthums, 2* édit., f. -I!, p. IS; sur le caractère de la version des lxx, voyez Franck, la Kabbale, 3** partie, ch. 3.
DES ÜOCTRiNES RELIGIEUSES DES JUIFS 169
qui tendait à représenter la divinité sous des formes humaines ne saurait nous surprendre. Nous savons à quelle école ils ont pris ce sentiment. On reconnaît en eux les disciples de la philosophie grecque , principalement de Platon , qui avait reproché si souvent aux poètes, surtout au premier d’entre eux, à Homère, d’égarer les jeunes intelligences en leur présentant les dieux revêtus de corps sensibles et animés de toutes les passions humaines'. Pour prévenir ce danger, il avait essayé d’expliquer leurs fables d’une manière allégorique et de leur donner ainsi un sens philosophique. Ce procédé avait été adopté par les stoïciens ; il était devenu général dans les écoles philosophiques de la Grèce. Âristobule et Philon l’appliquèrent constamment aux antiques traditions de leurs livres saints. Cette méthode d’interprétation, d’un usage facile et commode aux commentateurs, ne pouvait pas convenir à de simples traducteurs. On ne peut d’ailleurs supposer aux auteurs de la version des Septante les vues systématiques qui caractérisent Aristobule et