‹ Des doctrines religieuses des JuifsChapitre 127 sur 225 · De Is, et 0$ir · texte numérisé non relu

De Is, et 0$ir

DES DOCTRINES RELIGIEUSES DES JUIFS 2lî)

aussi de celle expression. Les qualificatifs qu’ils lui joignent ne laissent aucun doute sur le sens qu’ils lui donnent : c’est ainsi qu’ils désignent la droite raison par 6p8oç >oyo; le sens commun par >toivo; Xoyo;, les lois qui régissent le monde par Vjyoi (TTrepjiaTtxoL II ii’y a rien dans tout cela qui rappelle le Logos de Philon.

Les partisans de l’origine platonicienne de la doctrine juive du Verbe ont coutume d’en appeler à un passage de l’Épinomis* et à la phrase qui termine la sixième des lettres attribuées à Platon Ces deux citations ne sont pas sérieuses. En détachant du contexte le passage de l’Épinomis, on lui donne un sens qu’il n’a pas. Dès qu’on le rapproche de ce qui le précédé et de ce qui le suit, on s’aperçoit que le mot logos y est pris dans l’acception qu’il a dans toute l’école platonicienne et qu’il . signifie la raison en général. Quant au passage de la sixième lettre, comment peut-on le faire inter-

1. Platonis opéra, Comm. M. Ficini ^ Lugdiini , 1590, p. 702, c,, cl OEuvres de Platon, trad. par V. Cousin, l. xiii,

2. Platonis opéra, m(>me (Mit., p. 711. (M Irad. de M. Cousin, t. XIII, p. 74. •

venir dans la discussion qui nous occupe, quand il est démontré que cette sixième lettre est postérieure à Tère chrétienne * ?

S’il n’y a aucune analogie entre le Logos de Platon et celui du philosophe juif, il est cependant incontestable que le philosophe grec admet, aussi bien que les Alexandrins et que les paraphrastes chaldaïques, un être intermédiaire entre Dieu et le monde; mais cet être intermédiaire est fort différent de celui des Juifs. C’est dans le Timée que cette théorie est exposée. En voici les traits essentiels. Avant la production des êtres contingents et périssables qui devaient peupler notre terre. Dieu commença par former le monde, qu’il anima en plaçant en lui une âme faite de trois essences, l’une indivisible, appartenant au divin, une autre divisible, provenant de la matière désordonnée, et une troisième tirée d’un mélange des deux précédentes®. Le monde, vivant et animé, constitue l’ensemble des corps célestes, des astres qui sui-

\. Voyez sur cette lettre la remarque de M. Cousin dans sa traduction do Platon, t. xiii, p. 229.

2. Éludes sur le Timce de Platon, par M. Martin, t. p. 96, et la note xxii.

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vent une mnrche régulière, famille céleste de dieux visibles et contingents b de dieux fils de dieux*, auxquels la volonté du Dieu suprême assure l’immortalité*. C’est ce monde, un et régi par une âme unique, quoique formant diverses parties (les astres), qui fut chargé par Dieu, son auteur et son père, du soin de produire les êtres périssables et la partie mortelle de l’homme ^ en imitant l’action par laquelle la puissance divine souveraine l’avait produit lui-même’^.

Tel est l’être intermédiaire de Platon.

Avant de rechercher s’il a été le modèle sur lequel a été formé celui des Juifs, il faut reconnaître que la doctrine juive du Verbe dut en grande partie sa naissance à un besoin assez analogue à celui qui conduisit Platon à cette théorie. Il s’agissait, pour le philosophe grec , d’expliquer comment des êtres périssables dérivaient de l’Être éternel; des créatures faibles . sujettes au mal

Szol 6pazo( xa( yEvvrjTot. t. l'', p. ttO.

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