Menaehoth, fol. 99. Voyez ci-dessus, p
Si la doctrine du Verbe ne doit son origine ni au mazdéisme ni au platonisme, il ne reste qu’à la considérer comme un des produits de la culture juive. Et c’est bien là ce qu’elle est en effet. Elle est née dans les écoles de la Palestine, sous l’action générale des lois de la pensée humaine et par suite de la marche régulière des croyances de là famille d’Israël.
La doctrine d’un être intermédiaire entre Dieu et le monde était une conséquence forcée des idées qui tendaient à dominer de plus en plus, dans les écoles de la Judée, sur la nature du principe premier; nous l’avons indiqué à la fin du chapitre précédent. Après avoir, par réaction contre les anthropomorphismes et les théophanies dés antiques traditions nationales, rendu impossible tout contact direct et immédiat de Dieu avec les choses créées, on ne pouvait maintenir la croyance du gouvernement du monde . par une providence .
qu’en supposant que l’Éternel a confié ce soin à une puissance divine, ministre de sa volonté. Cette idée était imposée aux docteurs d’Israël. Il ne fal^ lait, pour l’admettre, que trouver dans les livres de l’Ancienne Alliance des indications auxquelles il fût possible de la rattacher. Ces indications se présentèrent d’elles-mêmes. Dans tout état de cause, elles ne pouvaient manquer à des commentateurs qui en avaient besoin et qui, dénués d’esprit critique, ne voyaient dans les livres saints que leurs propres opinions. Ajoutez que si les enfants d’Israël n’étaient pas doués du génie philosophique qui distingua à un si haut degré le peuple grec, ils possédaient, par une sorte de compensation, cette souplesse et celle subtilité d’esprit* si utiles au théologien qui a pour unique affaire d’expliquer une révélation écrite.
Il ne manquait pas dans les livres de l’Ancien- Teslament d’expressions et de manières de parler auxquelles la doctrine d’un être intermédiaire venait se^raltacher assez naturellement , et qui
I. La preuve en esl écrite chaque ligne du Talmud, véritable chef-d'œuvre de subtilité.
auraient même suffi pour la suggérer à un commentateur littéralisle. L’imagination brillante d’un des auteurs du livre des Proverbes avait décrit, sous le nom de la Sagesse, un être divin produit avant la création du monde, et assistant l’Éternel au moment où il appelait à l’existence les différentes parties de l’univers * . Ce n’était là sans doute qu’une image poétique , destinée à rendre plus sensible la sagesse du Créateur. Mais un interprète littéraliste devait être entraîné à aller au delà de l’image et à voir sous l’expression figurée une réalité divine. L’entraînement était bien autrement puissant pour celui qui, regardant Dieu comme trop pur pour être en rapport immédiat avec les choses créées, avait besoin, sans peutêtre s’en rendre compte à lui-même, de supposer un être intermédiaire entre le monde et le principe premier.
La description poétique du livre des Proverbes était corroborée par quelques autres expressions bibliques qui devaient conduire à la même conclu-
1. ProveràeSf viii, 21-31. Jésus, fils de Sirach, imita ce passage, et donna, pour ainsi dire, un peu plus do réalité à la Sagesse. Ecclesiastique, i, 1-8; xxiv, 1-21.
sion. Les poètes hébreux avaient emprunté au premier chapitre de la Génèse une énergique expression figurée*, par laquelle ils se plaisaient à peindre la grandeur de la puissance divine. Ils représentaient Tarmée des cieux créée par la parole de Dieu®. Cette parole , ils la célébraient comme son ministre et son agent. Semblable à la pluie et à la neige, qui descendent du ciel pour fertiliser la terre, elle sort de la bouche de rÉternel, et elle ne revient à lui qu’après avoir produit ses heureux effets parmi les hommes*. CTest par elle que Dieu agit sur la nature comme sur le cœur des êtres intelligents* . Elle est éternelle comme lui ; elle descend du ciel * ; elle est comme un flambeau qui éclaire et qui dirige® , comme un feu qui purifie, comme uir marteau qui brise la pierre’. 11 y a plus; déjà môme