‹ Des doctrines religieuses des JuifsChapitre 130 sur 225 · Jérémie, xxiii · texte numérisé non relu

Jérémie, xxiii

dans la Genèse cette parole est personnifiée; elle vient trouver Abraham et s'entretenir avec lui*.

Il n’en fallait pas tant pour autoriser les théologiens juifs à admettre que c’est aussi cetle parole qui apparut aux anciens patriarches et qui servit constamment d’intermédiaire à Dieu pour traiter avec les hommes. C’était là, il est vrai, transformer une figure poétique de langage en un être réel et concret ; mais on ne saurait s’en étonner, quand on sait combien ce procédé a été familier aux Juifs. La Kabbale consiste tout entière dans la personnification des attributs de Dieu.

Pour ce qui est du nom de Verbe sous lequel

cet être intermédiaire est désigné dans les paraphrases chaldaïques et dans les écrits de Philon, il a son origine dans les passages bibliques que nous venons de citer ; le fait semble incontestable. Si cet être est dépeint par Jésus, fils de Sirach, sous la dénomination de la Sagesse, c’est que cet auteur a voulu imiter le livre des Proverbes jusque dans ses expressions. Le mot Verbe ne lui est

i. Genèse^ xv, I, 4; ooinp. Jérémie, i, 4; li, 1.

d’ailleurs pas inconnu*. Ce dernier terme prévalut, non pas tant peut-être parce qu’il était employé plus souvent dans les livres sacrés, que parce qu’il était consacré par la Genèse, le plus ancien des livres saints, et qu’il rappelait le récit même de la création.

Nous pouvons conclure de la discussion à laquelle nous venons de soumettre la question de l'origine de la doctrine du Verbe, qu’elle n’est pas le résultat d’une influence étrangère ; qu’olle a sa source dans les livres canoniques de l’ Ancien-Testament; enfin, qu’elle est le produit, non d’un travail métaphysique sur la notion de Dieu, travail pour lequel les Juifs du ii® siècle avant l’ère chrétienne avaient peu d’aptitude et dont ils ne sentaient ni l’importance ni la nécessité, mais d’une interprétation à la fois littéralisle et arbitraire, appliquée principalement à faire disparaître les difficultés que présentaient les textes des livres saints et* à tirer de leur enseignement un ensemble de doctrines plus ou moins systémalique.

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