Tarffuw Pscudo-Joyiathan sur Genèse, i, 26; xix
auquel il serait peut-ôlre possible d’en joindre quelques autres analogues, Tineertitude qui règne dans plusieurs parties de Tangélologie, par exemple dans les noms des trois derniers archanges, le défaut de précision dans la détermination de la hiérarchie céleste, qui n’est qu’indiquée vaguement et dans ses traits les plus généraux, prouvent clairement que cette croyance devait sa naissance plutôt à rimagination populaire qu’au travail de la synagogue, et qu’elle n’occupait qu’une Irès-mince place dans l’enseignement des docteurs de la Loi. Nous verrons plus loin qu’il n’en était pas de môme chez les esséniens et parmi les Juifs alexandrins. ^
Quelle origine faut-il attribuer à l’angélologie telle que nous venons d’en esquisser les traits essentiels? On ne peut douter que le premier fond n’en ail été fourni par les livres antérieurs à la captivité de Bahylone. Nous avons déjà vu que c’était une antique croyance en Israël que les arrêts de Jéhovah étaient exécutés par des ministres de sa volonté. Mais cette croyance vague et générale prit des développements nouveaux au
contact de la doctrine mazdcenne des êtres purs qui environnent Ormuzd et qui sont ses serviteurs et ses messagers. La fusion s’opéra d’autant plus aisément que l’angélologie hébraïque, n’affirmant que l’existence d’êtres supérieurs à l’homme, sans presque rien [)réciser sur leur nature et leurs qualités, n’offrait aucune résistance à toute détermination ultérieure, parlant de principes religieux analogues à ceux de riiébraïsine. Or, nous l’avons établi, rien n’était plus en harmonie avec l’esprit général des révélations de rAncien-Teslament que le mazdéisme. Sa théorie des esprits purs avait en particulier un caractère religieux et moral qui devait la faire regarder par les Juifs comme un développement de leur propre croyance sur les anges, et comme la forme parfaite de la ' doctrine dont ils ne possédaient encore que les premiers linéaments.
Les docteurs juifs reconnaissent eux-mêmes que les noms des anges avaient été apportés de Babylone'- Mais ce témoignage nous ferait défaut, que
1. In Talmud liieros. Rosch, Haschana al» initio scrihiiur; nomina mciUium et anj^eloruin ascondisse cum .ludieisex Babylonia. Buxtorf, Lcxicon chald. talm., col. 11 lo.
la comparaison de l’aiigélologic des Juifs palestiniens avec la théorie des esprits purs du mazdéisme sufiirait pour nous révéler raclion que celle-ci a exercée sur la formation de celle-là.
On sait quel est le monde suprasensible de rAvcsta*- A la tête de Tarmée céleste sont placés sept amschaspands, princes de la lumière, au premier rang desquels se trouve Ormuzd. Audessous d’eux , vingt-huit jzeds sont chargés d’exécuter leurs ordres et de veiller, sous leur haute direction, sur toutes les parties de la création et principalement sur les adorateurs d’Ormuzd. Enfin, les ferwers, troisième classe d’esprits célestes, sont les génies et comme des types idéaux des mazdéens.
Il est impossible de ne pas voir une copie des sept amschaspands dans les sept princes des anges
I. CoUo division septénaire paraît commune à toute la famille (les Aryens. Les .Maronls qui accomi>agiienl Indra forment sept classes, composées chacune de sept individus. Hitjvcda^ irad. franç., t. i, p. oSo. Les Richis, les saints, sont aussi au nombre de sept. Riifreda, t. iv, p. 494. C(îs Richis sont éj^alemeiit le^ serviteurs d’Indra et ses auxiliaires dans la recherche d(*s vaches enhnées par les brigands ennemis du ciel. Nève, Essai sur 1rs
mythes des Ribluivas, p. 228.
des Juifs*. L’analogie parfaite voudrait sans doute que Jéhovah fût le premier des sept archanges, comme Ormnzd est le premier des amschaspands. Mais on peut s’expliquer facilement pourquoi les Juifs se sont écartés en ce point de la doctrine mazdéenne*. Jéhovah élait pour eux au-dessus de tout; rien ne pouvait lui être comparé ; .les anges et les chefs des anges étaient ses auxiliaires sans doute, mais ils étaient d’une autre nature que lui. 11 ne pouvait se faire que les Juifs comparassent Ormuzd à Jéhovah. Ils prirent en conséquence les sept amschaspands, en y comprenant leur chef, pour des êtres également subordonnés, et ils en lirent les sept princes de la milice céleste. Peut-être est-ce en souvenir d’Ormuzd, roi divin des Perses, qu’ils se donnèrent Michaël pour protecteur spécial.
Il est plus difficile d’établir un parallélisme satisfaisant entre les vingt-huit jzeds et quelque classe spéciale d’anges dans la doctrine juive. Audessous des sept archanges, on ne trouve plus de
1. Winer, Biblischrs, Reahcorierb. au mol Eiujel. Ewald, Gefichichtc des Volks Israël, l. iv, p. 208.
division déterminée dans le reste de la milice céleste. Peut-être est-ce à ces jzcds que correspondent les anges des nations dont parlent les Septante, Jésus, fils de Sirach, et l’auteur du livre de Daniel. Quant aux anges gardiens, ils représentent assez bien les ferwers. Nous n’avons pas d’ailleurs à nous mettre en peine des différences qui distinguent lescroyances des deux peuples. Nous ne sommes pas de ceux qui prétendent que le mazdéisme tout entier cnvaliit la théologie juive. Nous n’avons pas à revenir sur la manière dont son action a dù s’exercer sur l’esprit des enfants d’Israël ; nous nous sommes expliqué précédemment sur ce point, et, d’après nous, il faut chercher entre les croyances juives qui ont subi quelque influence du mazdéisme et les croyances ' persanes correspondantes, plutôt des analogies générales qu’une identité parfaite.
Pour ce qui regarde la croyance [)articulière dont il est ici ({uestion, il. suffit d’admettre, avec les anciens docteurs du Talmud, que les Juifs, à l’imilation de ce qu’ils virent dans la religion de Zoroastre, déterminèrent leur angélologie un peu mieux qu’elle ne l’était auparavant, principale-
ment en deux points, en donnant auK légions célestes sept chefs, coinnie le faisaient les Perses et, comme eux encore, en désignant par des noms propres les anges, ceux du moins qui étaient regardés comme les intermédiaires les plus actifs et les plus importants entre le monde suprasensible et les créatures humaines.
Quelque imparfaite que fût encore cette angélologie, elle suffisait pleinement aux Juifs de la Babylonie et de la Palestine. Ce que, dans leur tendance essentiellement pratique, ils demandaient à une théorie des êtres intermédiaires , c’était de leur laisser la conviction que tous les liens n’étaient pas rompus entre eux et la divinité, et qu’il y avait dans le ciel des êtres puissants qui, représentants de Jéhovah, veillaient avec sollicitude sur leurs destinées. Les Juifs d’Alexandrie et les esséniens avaient des besoins spirituels d’une autre nature. Les réalités de rexislence terrestre
f . ne leur offraient pas le moindre inlérôt; ce n’est pas à les protéger qu’ils auraient voulu rabaisser le ministère des esprits célestes. L’angélologie prit donc entre leurs mains une autre direction ; elle suivit leurs tendances spéculatives et se transforma en une théorie des puissances cosmiques. X’cst surtout parmi les esséniens qu’elle paraît , s’ètre développée avec le plus de vigueur dans ce sens. : ..
Dans un système spéculatif sur la production
des choses, tel que celui que les expressions de
;m :. rPhilon et de Josèphe nous autorisent à attribuer à ‘ la secte cssénienne, les anges ne sont les messagers et les agents de la divinité que dans un sens figuré. En réalité, ils sont les degrés descendants de l’élre, depuis sa forme la plus abstraite, jusqu’à sa manifestation la plus concrète, ou, en d’autres ■ ' lermes, des émanations du principe premier, dé-
croissantes en pureté, en dignité et en puissance.
f ' à mesure qu’elles en sont* séparées par une plus
grande distance. C’est ici surtout qu’il peut être
question d’une véritable hiérarchie et d’êtres, par leur nature, subordonnés les uns aux autres.
' -Chaque degré de cette échelle descendante avait
i56 DES DOCTI^iNES RELIGIEUSES DES JUIFS
son nom , nom qui désignait sans le moindre doute sa place dans la série, ses rapports avec le degré précédent et avec le degré suivant, et ses fonctions dans Tensemble du monde suprasensible. Communiquer ces noms aux initiés, c’était leur dévoiler la théorie tout entière, et l’on comprend l’importance que l’on devait attacher à cette communication ^
Cette doctrine métaphysique, germe fécond de celle des séphiroths de la Kabbale et de celle des æons de la Gnose ^ était née probablement de l’interprétation allégorique et mystique de la croyance' populaire des anges. Kt c’est ce qui explique pourquoi on avait conservé, pour désigner les émanations du principe premier, le nom d’ange qui leur convenait assez peu Les esséniens, on peut le conjecturer avec la plus grande vraisemblance , regardaient la doctrine phari- 'sienne des anges comme la forme exotérique de leur propre théorie; ils s’estimaient sans doute les