‹ Des doctrines religieuses des JuifsChapitre 155 sur 225 · iiaruch, iv · texte numérisé non relu

iiaruch, iv

DES DOCTHINES REIMGIEIISES DES JUIFS

Une idée plus élevée et entrant dans le rliain|) de la métaphysique religieuse, sur le rôle des mauvais esprits, est indiquée par rauteur do la Sapience. « Dieu, dit le Juif alexandrin qui a coin- B posé cet ouvrage. Dieu avait créé Phomme |)our )) l’immortalité ; il l'avait fait à son image. L’envie » du diable introduisit dans le mondé la mort, qui » est devenue l’héritage de tous. Ceux qui se dé- )) clarenl de son parti éprouvent ses cruels effets ‘ . » C’est ici la première fois qu’il est fait une allusion d’ailleurs fort indirecte au récit de la tentation

d’Adam et d’Ève par le serpent, et aux suites désastreuses que la Genèse attribue à ce fait. Mais cet essai de théodicée n’est pas poussé plus loin. L’idée sur laquelle il se fonde est abandonnée aussitôt et reste stérile. 11 n’est plus môme question du diable dans la suite de ce livre. Cette première forme un peu précise du dogme du péché originel ne fut qu’un éclair passager. L’auteur de la Sapience n’en tire pas parti ; elle ne reparaît plus après lui dans les écrits des Juifs alexandrins. FJle est inconnue à Philon, qui explique d’une tout

l. Saplnirr^ 11, •>:{ cl

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autre façon la chute de nos premiers parents, et Josèphe, de son côté, donne un autre sens au récit de la Genèse. On ne peut croire cependant qu’elle n’ait pas eu quelques partisans, quand on la voit reparaître dans l’Apocalypse, (xii, 9), et quand on trouve des déclarations assez analogues dans le Talmud et dans des éc*rits rabbiniques.

L’explication du mal et de la mort par l’action d’un principe mauvais était étrangère à la philosophie grecque, du moins dans le sens que l’entendenU’auleur de la Sapience, celui de l’Apocalypse et tous les théologiens chrétiens qui l’ont adoptée. Aussi n’est-on pas surpris de ne pas la rencontrer dans les écrits de Philon. Ce n’est pas qu’il n’y ait dans l’ensemble de son système un certain dualisme; mais c’est le dualisme grec, ' l’opposition de l’esprit et de la matière, de l’activité et de la passivité, de l’être et du non-être. Et ce dualisme, quoiqu’il se rattache en réalité par des liens logiques au dualisme du bien et du mal, de Dieu et de Satan, d’Qpmuzd et d’Ahriman, en est cependant une expression adoucie et forme comme la transition du dualisme véritable à la doctrine de l’unité de principe.

Aussi Philon ne donne aucune importance métaphysique à la théorie des démons. Il ne parle qu’une seule fois des mauvais esprits et encore ridée qu’ü s’en fait ne s’élève pas au-dessus de§ superstitions répandues dans la Palestine sur les anges du mal. 11 s’imagine que leur principale occupation est d’exciter dans l’homme des désirs impurs.

A côte des livres des Chroniques et de Daniel, des apocryphes de l’Ancien Testament, soit palestiniens, soit alexandrins, contenus dans la version des Septante et dans la Vulgate, et des ouvrages d’Aristobule, de Philon et de Josèphe, il est un certain nombre d’écrits d’un caractère fort équivoque, connus sous le nom de Pseudépigraphes de l’Ancien Testament. Regardés par quelques critiques comme des documents juifs, par d’autres comme des documents chrétiens, la plupart sont

l. De fji{)antibuSy § 4.

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en réalité l’un et l’autre à la fois» en ce sens du moins qu’on ne peut voir en eux que des œuvres retouchées et retravaillées à plusieurs reprises, par des mains différentes, tableaux confus auxquels juifs et chrétiens de toutes les sectes et de toutes les dénominations ont ajouté tour à tour quelques traits et quelques couleurs. La plus grande utilité de ces livres est sans aucun doute de nous représenter d’une manière saisissante le désordre extrême au sein duquel s’agitait, dans le temps qui a précédé -inimédiatement l’avénemeiit du christianisme et dans celui cpii l’a suivi, ce mélange incohérent d’idées qui, se classant et s’épurant, ont fini par donner naissance au fond (les croyances modernes. Mais ici ils peuvent nous servir à reconnaître quelques-uns des traits qui remontent au delà de l’ère chrétienne et qui peuvent servir à compléter le tableau des croyances, peut-être conviendrait-il mieux de dire, des siiperstitions juives sur les mauvais esprits. Mais il est indispensable, pour s’assurer de leur origine juive, de pouvoir leur trouver des analogies réelles, propres à les contrôler, dans des documents d'une nature moins équivoque. Et encore

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laul-il voir dans ces conceplions moins des croyances généralement répandues parmi les enfants d’Israël que des opinions particulières à , quelqu’une de ces mille associations religieuses qui, dans le siècle qui vit naître le christianisme, s’étaient formées dans le sein du judaïsme, et dont l’obscure existence se trahit dans la masse d’idées contradictoires, ou pour le moins incohérentes, qui remplissent les pseudepigraphes juifs et qui se continuent dans les pseudepigraphes chrétiens.

Jusqu’ici nous ne connaissons qu’un seul démon désigné par un nom propre : c’est l’Asmodéc du livre de Tobit. Les pseudépigraphes juifs, dont la démonolûgie est de la plus surprenante richesse, nous en font connaître plusieurs autres. C’est d’abord Béliar, évidemment le môme démon que saint Paul appelle Bélial *• Dans les oracles sibyllins, Béliar est l’antéchrist et par conséquent le prince des démons -. C’est ensuite les vingt chefs

1. 2. Corinth. vi, 15. .M. Alexandre regarde Bélial comme une forme postérieure de Béliar. D’après Schleusner (Lexicon in Noo, Testant., 4* édit., t. I, p, 4G4), Béliar serait la forme syriaque et Bélial la forme hébraïque du même mol.

2. Oracula sibyllina, édit. Alexandre, t. ic, p. 469; t. iii, p. 63-64.

2«() ÜKS ÜOCTKINKS HELIGIKUSES DES JUIFS

des démons, dont les noms sont enregistrés avec soin par le Livre d’Énoch qui semble avoir enrichi sa démonologie des superstitions de toutes les sectes de cette époque. On est quelque peu étonné de ne pas rencontrer, dans cette riche nomenclature, ni TAsmodée du livre de Tobit, ni 1 es démons qui appartiennent en propre à la littérature talmudique et rabbinique, entre autres Armilos etSamaël, ce dernier surtout, qui a une certaine célébrité D’après le Targum du Pseudo-Jonathan sur le Pentateuque , il est le prince de la mort C’est lui qui séduisit nos premiers parents. Il a conservé, dans plusieurs écrits rabbiniques , le titre de prince des démons. Au reste, le Livre d’Énoch a deux démonologies différentes, l’iiiie dans la première partie (ch. Yi-xvi) et l’autre dans la troisième (ch. lvi- Lxviii). Le chef des démons est ici Azazel et là Sainazia

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