‹ Des doctrines religieuses des JuifsChapitre 157 sur 225 · Ch. VI, 3 et suiv · texte numérisé non relu

Ch. VI, 3 et suiv

2. Par les enfants de Dieu, les Juifs entendaient les anges. Cette interprétation, qui est généralement reçue, n’est pas celle cependant qui a été suivie dans la Bible de Cahen.

de départ ; mais il y a loin de là à la légende. U n’y a pas un seul mol dans la tradition hébraïque qui fasse allusion à une chute des anges et qui puisse faire juger l’amour des enfants de Dieu pour les filles des hommes comme une chose mauvaise. Cette tradition est tout à fait analogue, ainsi que Philon l’avait remarqué, à celle des mythologies païennes sur les relations des dieux avec des mortelles, et l’on comprend très-bien qu’elle ait pu se former à une époque où Ton ne trouvait rien d’extraordinaire dans les rapports directs et même familiers de Dieu avec les hommes.

Il serait curieux de suivre les phases diverses par lesquelles le récit de la Genèse s’est transformé peu à peu en la légende du Livre d'Énoch. Malheureusement presque toutes les traces s’en sont effacées, ou, pour mieux dire, il n’en reste qu’une seule ; mais elle est importante, car elle marque le point auquel l’imion des enfants de Dieu avec les filles des hommes commence à être prise en mauvaise part. D’après le texte hébreu de la Genèse (vi, 4), les géants ne sont pas issus des anges et des filles des hommes, ainsi que le pré-

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tend la légende du Livre d’Êiioch. Bien loin de là ; l’écrivain sacré lait remarquer expressément que, quand les entants de Dieu prirent pour femmes dos tilles des hommes, il y avait des géanls sur la terre et (pi’il continua d'y en avoir après ces unions. La chose change dans la version des Septante. Les géants deviennent ici les enfants des anges et des filles des hommes. Celte traduction erronée fut-elle inspirée par un souvenir de la fable grecque des Titans, fils du ciel et de la terre? Le traducteur crut-il que la tradition hébraïque était la source ou l’analogue de ce mythe païen? C’est possible; mais ce qui est certain, c’est que cette traduction jette un jour équivoque sur les mariages des enfants de Dieu et des filles des hommes. Un pas de plus, et on croira que les anges se sont souillés par ces relations indignes de leur sainteté.

A quelle époque et dans quelle secte ce pas futil franchi? Il est difficile de le déterminer nettement. On peut cependant entrevoir quelques traits importants. Et d’abord cette légende n’a pu se former que dans le sein d’une secte ascétique. L’origine du mal y est rapportée aux désirs charnels

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qui s’élèvent dans des êtres créés purs et qui les souillent, ou encore au mépris de la virginité qui est confondue avec la pureté morale. Ceci suppose que le bien moral absolu consiste dans l’abstinence complète de tout contact avec les choses sensibles. De semblables principes ne peuvent être professés que par des ascètes.

Un second fait nous fait connaître la patrie de celte légende. Nous avons déjà dit qu’elle repose en partie sur un contre-sens commis par la version des Septante. On peut conclure de là qu’elh' est née au milieu d’une secte qui se servait, non de la Bible hébraïque, mais de la version grecque. Ce n’est donc que parmi les Juifs d’Égypte qu’il faut chercher celle secte. Ceci suppose, il est vrai, que le Livre d’Énoch a été primitivement écrit en grec, et telle n’est pas l’opinion la plus généralement reçue parmi les critiques. M. Éwald, en particulier, prétend qu’il a été composé en hébreu cl que le texte grec, dont il reste encore quelques fragments, n’est qu’une traduction *.

1. Ewald, Abhandl. über d^s œthiop. Huches Henokh Entstehung, p. 7 cl 8.

IH:S DOCTHINKS HKUÜIKUSKS DI-S JUÏFS as.?

D*où vient alors que son auteur a pris les Septante pour guide , et non Toriginal hébreu ? Comment se fait-il que le prétendu texte hébreu de ce livre n’ait été vu d’aucun des écrivains de l’antiquité chrétienne ? que cet écrit ne soit cité que dans des ouvrages écrits en grec, tels quel’Épîtrede Jude le Testament des douze Patriarches, les écrits de Justin martyr et d’un grand nombre de Pères de l’Église? qu’il soit inconnu a la tradition juive palestinienne tout entière? On se demande encore pourquoi son angélologie n’est pas celle qui est universellement admise dans la Judée? pourquoi la démonologie y a-t-elle un autre caractère que dans les écrits palestiniens ? pourquoi les mauvais esprits y sont désignés par d’autres noms ? Une foule d’autres questions tendant toutes à la même conclusion se presseraient sous notre plume , si celles que nous venons de poser ne suffisaient pas, et au delà, pour mettre hors de doute que le Livre d’Énoch n’est' pas une composition palestinienne et qu’il a été écrit en grec et non en hébreu.

On ne peut cependant l’attribuer à la fraction

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