Nous lie parlons ici (lue des laits que les anciens pou
vaienl counaitre. L’étude du corps jiumain a depuis ajouté Won d’autres diflicullés à la doctrine de la résurrection «les corps.
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mortalité de Tâme, et non à celle de la résurrection des corps, qu’il aurait dù aboutir.
Ne pourrait-on pas cependant voir dans cette dernière doctrine comme une manière juive de concevoir la première ? Plus capable d’idées concrètes et figurées que d’abstractions, le génie sémitique n’aurait-il pas eu besoin de matérialiser, pour ainsi dire, la théorie philosophique de l’immortalité de l’âme? Accoutumés à. ne pas séparer le principe de la vie, et le .sang dans lequel il réside, d’après leurs livres saints, les docteurs juifs n’auraient-ils pas été conduits à n’admettre la persistance de l’âme qu’ir la condition du rétablissement de son véhicule, le sang, tel qu’il est pendant cette vie, et, avec lui, de tout le reste du corps? La doctrine de la résurrection des corps ne serait ainsi que celle de l’immortalité de l’âme, conçue et présentée sous une forme sémitique.
Nous ne voulons pas méconnaître l’influence que le génie d’une race exerce sur ses croyances, et nous sommes fort disposé, d’un autre côté, à chercher plutôt dans le travail intérieur de la pensée au sein d’une nation, que dans des emprunts faits à des peuples étrangers, l’origine des croyances
DKS DOCTKliNES RELIGIKLSES ÜES Jl IFS i.V.»
(|ui deviennent ensuite populaires. Nous ne pouvons cependant adinellre Thypothèse que nous venons, d’exposer. Le génie sémitique n’est pas aussi i[icapable d’abstraction qu’on le suppose d’ordinaire ; nous en avons la preuve dans la Kabbale. La doctrine de Timmortalilé de Tàmc n’offre pas de plus grandes difficultés que celle de la spiritualité de Dieu, reçue û cette époque pai' tous les Juifs. Enfin, on ne comprend pas pourquoi les Juifs de la Palestine auraient eu besoin de donner à celte idée une forme concrète, dont les Juifs d’Alexandrie n’éprouvèrent pas la nécessité. Il ne servirait de rien d’en appeler à quelque désir ([u'auraient eu les docteurs juifs palestiniens de mettre cette doctrine en harmonie avec les expressions et les déclarations de leurs livres saints. Les docteurs juifs alexandrins trouvèrent inç moyen, bon ou mauvais, peu importe, de faire accorder les théories platoniciennes avec les paroles de Moïse. On aurait bien su, dans les écoles de la Judée, en faire autant pour l’idée de l’immortalité de l’ame, si elle avait été entrevue.
. II est à peine nécessaire d’ajouter que la spécu-
laliori philosophique ne s’est jamais -développée spontanément au milieu du peuple juif ; elle ne s’est produite dans son sein qu’à la suite d’une impulsion venue du dehors ; et il dut s’écouler de longues années avant que les docteurs juifs, surmontant la haine que la persécution d’Antiochus avait excitée eu eux contre tout ce qui était grec, pussent subir quelque influence de la philosophie platonicienne.
On regarde généralement la doctrine de la résurrection des corps comme une importation étrangère dans la théologie juive. Cette croyance est attribuée à deux des peuples avec lesquels les enfants d’Israël eurent des relations : aux Égyptiens et aux Perses. De laquelle de ces deux nations passa-t-elle dans la Palestine ?
Il nous semble impossible de la faire venir d’Égypte, où nous doutons fort qu’elle ait jamais régné. Les égyptologues modernes admettent, il est vrai, qu’elle faisait partie de la théologie égyptienne et qu’elle présidait, depuis les temps les plus, reculés, à tous les rites qui accompagnaient l’embaumement et la sépulture, ainsi qu’à tous les emblèmes qui couvrent les cercueils et les sculp-
turcs des tombeaux Si la doctrine de Tiinmortalité de Tâme et celle de la résurrection des corps, doctrines que, pour le dire en passant, on confond ensemble assez mal a propos, avaient régné, comme on rafïirme, depuis les âges les plus reculés, parmi les Égyptiens, il serait étrange que le législateur des Hébreux, qui avait été élevé dans
la science égyptienne, n’en eût pas fait son profit,
quand il adoptait, en les perfectionnant, tant d’institutions de ce peuple dans la législation qu’il donnait aux enfants d’Israël Il serait plus étrange encore que les prophètes, dans les nombreux passages où ils parlent de l’Égypte, n’eussent pas fait une seule allusion à l’une ou à l’autre de ces deux doctrines. Que dire d’Hérodote, qui n’attribue pas aux Égyptiens, comme on l’assure d’ordinaire, la doctrine de la résurrection des corps, mais une espèce de métensomatose? U faut remarquer expres-
1. Éyypte ancienne^ par Gliampollion-Figeac, p. 123-134, Notice sommaire des monuments égyptiens exposés dans les galeries du musée du Louvre^ par le vicomte Emin. de Rougé, Paris 1855, p. 81.
2. Hérodote^ liv. ii, ch. 104, note 49 de la Irad. de A. -F. Miol, l. 1, 388 Cl 389, iOl-406, 411.
m DES DOCTRINES RELIGIEUSES DES JUIFS
sèment qu’après la dissolution du corps , Tâme , d’après les croyances égyptiennes, entre dans un autre animal prêt à naître justement au moment favorable pour la recevoir, et que, après avoir parcouru ainsi toute la série des animaux, elle revient dans le corps d’un homme naissant — ce sont ses expressions — c’est-à-dire dans un nouveau
corps \ Platon, qui s’était laissé séduire par la
forme ultra-conservatrice de l’organisation sociale de ce peuple, ne parle pas de ces croyances ; il n’a même qu’une très-petite idée de la capacité de son génie pour la science, et il ne lui reconnaît qu’un esprit mercantile et une certaine habileté pour les arts mécaniques Même absence de témoignage dans des temps plus rapprochés. Ni les philoso- [)hes grecs qui enseignent à Alexandrie, ni les Juifs qui y ont fixé leur demeure, ne semblent se douter
1. Hérodote^ liv. ii; cli. 123; trad. de Miot, t. I, p. 321 oi noie 54, p. 417-422.
2. Répuhliq., liv. iv; RiUer, Histoire de lu philosophie ancienne, t. II, p. 127. Dans le Timee, riutelligence des Égyptiens est hautement ciMébréc; le plus gi-and mérite que leur reconnaît ici Platon, ne consiste cependant qu’ù faire tourner les connaissances scientifiques à l’usage des hommes. Ce n’est encore que du génie pratique de ce peuple dont il est question. Études sur le Timéc, par II. Martin, l. I, p. 75.
Di:S DOCTRINES RKLIGIKUSES DES JUIl'S 3ti3
que le .peuple au milieu duquel ils vivent, croie
que les corps, embaumés avec tant de soin, doivent un jour reprendre vie. U y a plus : les Égyj)tiens eux-mémes n’en savent rien. Plotin, né dans la haute Égypte, admirateur enthousiaste de la science consommée des sages de son pays * , ne dit pas un seul mot de la résurrection des corps -, et quand les néoplatoniciens , ses successeurs, imaginent d’exposer la science égyptienne dans des écrits qu’ils donnent à Hermès , son révélateur, ils ne mettent dans sa bouche aucune expression qui SC rapporte de près ou de loin à cette doctrine