‹ Des doctrines religieuses des JuifsChapitre 196 sur 225 · Matth., XXII, 32. — Lossinfj, fÀliication de l’humanilc · texte numérisé non relu

Matth., XXII, 32. — Lossinfj, fÀliication de l’humanilc

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une autre vie avec son corps *• Rattachant ensuite les inductions qu*on pouvait tirer de ces faits à des passages tels que ceux d’Ésaïe xwi, 18 et 19 et d'Ézéchiel xxxvii, 1-14, on eut une espèce de démonstration scriptuaire de la doctrine de la résurrection des corps, démonstration sans doute arbitraire, mais valable pour rintelligence juive, telle qu'elle était à ce moment, et nous pouvons ajouter, telle qu’elle est restée longtemps encore -•

Cette croyance juive ne doit pas cependant être considérée à part. Pour bien saisir sa formation et

1. L’auteur do la Sagesse de Salomon semble aussi tirer de ce fait une espèce de preuve en faveur de rinimorlalité de l’âme, IV, 10-14.

2. 11 ne faut pas être trop sévère pour I, 'exégèse rabbiniqiie, quand tant de théologiens chrétiens ne savent pas résister à l’inclination, du reste assez naturelle, de voir dans l’Écritufe sainte ce qu’ils désirent y trouver ou ce qui est devenu une opinion générale et inévitable. Ainsi, par exemple , après n’avoir vu, pendant des siècles, dans les premiers chapitres de la Genèse que ce qu’il y a réellement, le récit de la création opérée en six jours, on a voulu, dès que la science a eu prouvé que l’organisation actuelle de notre globe était le résultat d’un long travail cosmique, transformer Moïse en un savant géologue et retrouver dans ses paroles, trop précises cependant, ce nous semble, pour se prêter à des pareils jeux d’esprit, toutes les théories des (luvier el des Elie de Beaumoul.

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son développement, il i/e faul pas la séparei* de toutes les autres qui, à peu près à la même époque et par suite des mômes circonstances et des mômes besoins, naquirent ou prirent de nouvelles proportions. La persécution d’Anliochus Épiphanes provoqua dans la Palestine un grand mouvement religieux et politique. Il est difficile d’en bien saisir les traits de détail ; mais on en distingue assez nettement le caractère général, et on voit que presque tout ce qui a caractérisé depuis le peuple juif, date de ce moment. Les institutions, aussi bierrque les formes nouvelles que prirent les croyances populaires et les tendances Jntellecluelles et morales qui se sont maintenues pendant tant de siècles, ont leurs racines dans cette époque de rénovation.

La haine de la culture grecque, de celle cullui'c qui dominait dans tout le monde civilisé, fut la conséquence des efforts que fit le peuple juif pour secouer le joug de son persécuteur ; elle le sépara des autres peuples plus que n’aurait [)U le faire le particularisme de son culte cl de ses lois.

L’opposition à la domination étrangère eut en môme Irmps pour effet de donner une valejir

extrême à tout ce qui était juif. Les traditions acquirent alors l’importance exagérée qu’elles gardèrent depuis, môme quand la cause qui avait fait naître ce sentiment eut cessé d’agir.

Au milieu de cette fermentation générale, les idées religieuses, éparses peut-être .jusqu’alors, durent être rapprochées les unes des autres, et de ce rapprochement résulta, non pas sans doute une systématisation dans le sens propre du mot, mais une plus exacte détermination de chacune d’elles. Probablement aussi, certaines modifications desti- ‘ nées à les mieux accommoder les unes aux autres furent la suite de ce travail élémentaire. Il ne faudrait point s’exagérer l’importance de ce mouvement théologique. Quoiqu’il. existât sans doute des écoles dans lesquelles on discutait tant bien que mal sur le sens des prescriptions légales, la science rabbinique élait encoré dans l’enfance, et le -travail dont nous parlons fut principalement l’effet de la surexcitation que les événements publics donnèrent à la conscience religieuse. Les diverses croyances populaires vinrent se grouper autour de la doctrine qui, dans ce moment, dominait toutes les autres, doctrine qui était celle del ’allente du libé-

rateur promis, et, en lui prêtant en quelque sorte leur appui, elles en tirèrent une nouvelle vie.

La doctrine de la résurrection des corps devint, au poir^t de vue juif, comme un postulat des espérances messianiques. Le Messie devait reconstituer la famille d’Israël tout entière et recueillir dans son royaume les descendants de Joseph comme ceux de Juda. Ne serait-il le sauveur que des générations futures? Il ne pouvait se faire que ceux-là seulement que le hasard de la naissance aurait fait vivre à la fin des temps, fussent appelés à prendre part à sa victoire et à jouir de ses bienfaits, et que ceux qui avaient disparu depuis long-

temps, que ceux surtout qui combattaient et mouraient en ce moment pour préparer ravénement de son règne, fussent exclus de son royaOnie et ne fussent pas mis en possession de l’héritage des justes. Le Messie promis à tous les enfants d’Israël sans exception, c’était le libérateur des Juifs, autant de ceux qui avaient vécu autrefois que de ceux qui vivraient à l’époque de sa venue.

La résurrection des morts était ainsi une conséquence nécessaire des espérances messianiques. Elle fut présentée d’abord comme le premier acte

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du Messie triomphant. Sous cette première forme,

elle ne s’appliquait qu’aux Juifs, et c’est là la véritable doctrine juive de la résurrection des corps. A cette résurrection partielle, qui doit avoir lieu au commencement du règne du Messie, on ajouta plus tard une résurrection générale qui s’opérera

a la fin de ce règne; mais cette addition, à laquelle

il nous est difficile d’assigner une date précise, pourrait bien être pour le moins autant le résultat de la haine de l’étranger que le fruit des spéculations subtiles de l’esprit rabbinique. Quoi qu’il on soit, c’est au moment le plus violent de la lutte contre la domination grecque, quand les espérances messianiques se réveillent le plus vivement dans la conscience, qu’apparaît dans la Palestine la doctrine de la résurrection des corps. Ces deux croyances sont inséparables; la première appelle la seconde qui la complète. Elles furent sans le moindre doute le plus puissant encouragement de ceux qui prirent les armes pour leur culte et pour leur indépendance. 11 est digne de remarque qu’elles restent égalément étrangères aux Juifs alexandrins qui ont quelque peu oublié la mèrepatrie, et qui, dans leur point de vue cosrnopolile,

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se contentent des idées pins humaines de Timmortalité de Tâme et du triomphe définitif d’une morale philosophique. Elles forment, au contraire, une partie très-importante du système théologique des pharisiens, c’est-à-dire du parti qui fut toujours à la tête du mouvement populaire en faveur de l’affranchissement de la Judée.

Tout semble donc concourir à nous faire voir

dans cette croyance de la résurrection des corps, comme d’ailleurs dans celles qui la supposent ou qui se rattachent à elle par quelque lien logique, un produit du mouvement- politique et religieux que fit naître la persécution d’Antiochus Epiphanes. Qu’elle ait été auparavant en germe dans quelque école rabbinique ; que, dans sa conception primitive, elle ait été inspirée par quelque souvenir de la doctrine correspondante des raazdéens, il serait difficile de le méconnaître; mais elle dut son importance aux circonstances dans lesquelles se trouva le peuple juif vers le milieu du second siècle avant l’ère chrétienne, et qui entraînèrent ses docteurs dans im ordre d’idées dans lequel elle eut sa place marquée. La plus large part dans la formation réelle dejcelle croyance doit être laissée au déve-

loppemenl intérieur, sans lequel l’influence étrangère serait restée stérile. Le peuple juif, dans un de ces moments qui font époque dans son histoire, s’assimila sans doute quelques éléments étrangers qui complétaient ses opinions propres et répondaient à ses besoins spirituels ; mais, en se les assimilant, il les modifia et les accommoda à l’en- . semble de ses croyances. Encore faut-il ajouter qu’il ne put se les approprier qu’autant qu’il trouvait dans ses traditions, dans ses antécédents et dans scs livres saints, des |)oints auxquels ils pouvaient se rattacher, et dont ils n’étaient, du moins à ses yeux,' que des expressions nouvelles ou des conséqiffences naturelles.

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