Ibid., XV
étendre la main. La vie et la mort sont offertes à rhomme ; il recevra ce qu’il aura choisi ^ »
/ La doctrine de la prédestination avait-elle donc trouvé des partisans dans les écoles de la Judée? On ne peut s’empêcher de le croire. Jésus, fils de Sirac, n’aurait pas certainement attaqué une opinion inconnue. On a déjà vu que Josèphe place cette doctrine dans le cercle des croyances des pharisiens. Rapprochant du passage de l’Ecclésiastique que nous venons de citer les paroles de rhislorien juif, faudrait-il les prendre à la lettre et non , ainsi que nous les avons expliquées , comme une expression approximative, destinée à faire comprendre aux Grecs , au moyen d’un terme qui leur était connu, la doctrine de la Pro-
vidence qui leur était étrangère? Nous sommes, pour notre part, d’autant moins disposé à abandonner l’explication que nous en avons donnée précédemment, qu’il n’est aucun autre document de cette époque, ni aucun fait historique qui nous montrent dans les pharisiens des partisans du dogme de la prédestination. Il ne servirait de rien d’invoquer ici ce changement dans les enseigne-
l. Ecclésiastiq.^ xv, U-i7.
Hienls de la synagogue . au commencement du II* siècle de l’ère chrétienne, qu’un savant Israélite s’efforce de mettre hors de contestation dans un ouvrage récent ^ Il nous paraît impossible que cette doctrine, si elle avait été réellement soutenue dans les écoles pharisaiques , n’eût pas laissé quelque empreinte dans quelques-dns des nombreux passages dans lesquels les Évangiles mettent les pharisiens en scène.
La doctrine de la Providence touche cependant de si près à celle de la prédestination, qu’on ne saurait s’étonner que quelque école juive, plus sensible à la rigueur d’une logique inflexible qu’au cri de la conscience, eût regardé celle-ci comme une conséquence extrême de celle-là. Dans tous les cas, le passage, de l’Ecclésiastique, xv, H-17, prouve que c’était par une exagération mal entendue de la doctrine de la Providence, et non par des considérations métaphysiques sur l’enchaînement des causes et des effets, comme on le fait dans les temps modernes, que les docteurs combattus par Jésus, fils de Sirac, niaient le libre
1. D' Ab. Goigor, Urschrift und Ueberselzungen der Bibel, p. 156 et suiv., 173, note 2, 201.
arbitre qu’ils regardaient comme incompatible avec l’action permanente de la Divinité sur ses créatures. Si Dieu gouverne tout, l’homme est incapable de se déterminer contre sa volonté souveraine ; il ne peut être qu’un agent passif entre ses mains ; telle était la forme que devait avoir revêtue le dogme de la prédestination, contre lequel s’élève l’auteur de l’Ecclésiastique.
Mais dans quelle école palestinienne cette doctrine fut-elle soutenue ? Il est absolument impossible de le décider. On remonterait ên vain de saint Paul, dans les écrits duquel on en trouve des traces bien marquées et d’Akiba, qui se déclara si énergiquement contre le livre de Jésus, fils de Sirac^, à l’école d’Hillel, à laquelle ils avaient appartenu l’un et l’autre. On ne sait par quels liens rattacher l’école d’Hillel au parti qui, au moins un siècle auparavant, enseignait l’opinion réfutée dans l’Ecclésiastique ; et d’ailleurs rien ne nous autorise à l’attribuer à l’adversaire de Schammaï ou à ses disciples. Mais si nous devons renoncer à nous faire une idée satisfaisante de