Ibid. XVII, 1î
maire de la Loi consiste dans le précepte de se conduire envers les autres précisément de la manière -qu’on désire qu’ils se conduisent à notre" égard, ne rompt pas moins avec la morale juridique qui régnait dans les autres écoles. Une certaine tendance à runivcrsalisiùe ou, du moins, une opposition manifeste au particularisme juif, éclate daHs sa décision sur les conditions auxquelles les prosélytes devaient être soumis. Eu leur demandant seulement de prendre pour règle de conduite le précepte (ju’il donne pour le sommaire de la loi, il les renvoyait à l’observation de la loi naturelle. Euün, ce qui est raconté des longues luttes des écoles de Schammaï et d’Hillel , nous prouve que la tendance spiritualiste, souvenir toujours vivant de renseignement des prophètes, fut soutenue dans la Judée par une minorité imposante encore par le caractère et la science de ceux qui la composaient. Elle ne disparut décidémeiU que quand elle aurait été un danger pour la conservation de la famille d’Israël, désormais sans patrie. Si les Israélites n’avaient eu pour règle de conduite que des maximes générales, très-peu différentes de la loi naturelle, ils n’auraient pas tardé d’être
absorbés par les nations au milieu desquelles ils
étaient dispersés. Il fallait qu’un mur infranchissable s’élevât entre eux et les hommes d’une autre origine. Les mille règlements auxquels leur vie tout entière se trouva soumise par la loi orale (ut ce mur. Ce ne fut pas là certes le résultat d’un calcul.' Mais l’instinct national a ses prévisions. On sait que celles-ci ne furent pas trompées.
Le caractère des idées morales des judéo-alexandrins est bien autrement prononcé. Et d’abord,
sans méconnaître la nécessité de l’acte, les Juifs
hellénistes attachent la principale importance au sentiment qui l’inspire. Le mérite moral n’est pas simplement, pour eux, la conséquence de l’accomplissement de prescriptions positives; il naît de la valeur spirituelle de l’homme, de la sagesse qu’il doit s’efforcer avant tout d’acquérir, comme s’exprime la Sapience. Sans doute Jésus, fils de Sirac, se/approche plus d’une fois de l’auteur de ce dernier écrit. Mais le travail moral que l’homme doit opérer en lui-même pour se rendre meilleur est bien mieux compris par les écrivains alexandrins que pur les docteurs de la Palestine. L’auteur" de
la Sapience veut qu’on désire la sagesse avec énergie, qu’on la cherche avec ardeur, qu’on veille pour l’acquérir, qu’on l’aime ’• Quand on la possédera, on marchera dans la voie de la sainteté, on y fera sans cesse de nouveaux progrès. Cette sagesse, source des quatre vertus platoniciennés, la tempérance, l’intelligence, la justice et le courage moral n’est pas peut-être encore ce principe de vie spirituelle que saint Paul désignera plus tard du npm de foi (rtcTi^) ; mais elle en diffère plus en degré qu’en essence ; elle est un mobile moral de même nature. Comme la foi de saint Paul, elle a ses racines dans le sentiment religieux. « Te connaître, dit la Sapience, en parlant (le Dieu, c’est la parfaite justice ; savoir que tu es le maître tout-puissani de l’univers, c’est le fondement de l’immortalité »
Philon est encore plus explicite sur ce point. Toute vertu dérive, selon lui, de la piété *, et la loi pariaite est d’aimer le bien pour lui-même.