‹ Des doctrines religieuses des JuifsChapitre 23 sur 225 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Formation d’ane théologie pwmi les Juifs de la Palestine.

conception, à la fois si simple et si élevée, d’une alliance de Jéhovah avec la famille d’Israël, d’une théocratie qui était au fond, quoique sous une forme imparfaite, ce qu’on a depuis appelé la ~ cilé^de Dieu, était restée, pendant des siècles, au milieu des enfants d’Israël, un idéal généralement méconnu, au-dessus de l’intelligence d’un peuple dont elle n’avait pu vaincre les habitudes invétérées, enracinées probablement dans des souvenirs et des instincts de race. Si elle n’était pas tombée dans un complet oubli, elle le devaif à une succession non interrompue d’hommes qui, depuis l’époque des Juges jusqu’au moment du retour de la captivité de Babylone, avaient con-

U DES DOCTiUNES RELIGIEUSES DES JUIFS

stamment plaidé pour son triomphe. Ces ardents continuateurs de l’œuvre dont la tradition rapporte ridée première à Moïse, n’avaient pas amené les enfants d’Israël à prendre la conception mosaïque pour la base et pour la règle de leur vie sociale et religieuse, lis l’avaient du moins conservée comme un précieux dépôt; ils l’avaient transmise, agrandie, et, sous plusieurs rapports , spiritualisée, à la postérité qui devait enfin, ils en avaient rinlime conviction, en sentir la grandeur » et la vérité

Les espérances des prophètes ne turent pas trompées. Quatre siècles environ avant l’ère clirétienne, un changement radical se produit dans la famille d’Israël. On croirait se trouver en présence d’un peuple nouveau. Le nom sous lequel il est désigné désormais n’est pas celui que portaient ses aïeux. Avant la captivité de Babylone, les enfants de Jacob s’appelaient les Hébreux ; après, ils s’appellent les Juifs. Mais c’est surtout l’esprit, les croyances, les tendances religieuses

I. Rpuss. Histoire de la th4loîO(jic chrétienne au siècle apostotique, t. I, i>. 41 (*l 42.

et morales qui ont subi une profonde modification. Le mosaïsme qui, dans la période hébraïque, n’avait jamais été accepté franchement par la nation, s’est maintenant incarné en elle ; et la Loi, continuellement violée par l’Hébreu, est devenue pour le Juif la seule règle à laquelle il veut conformer sa vie tout entière.

Le nouveau nom sous lequel le peuple d’Israël sera désormais désigné est d’une explication facile : rorigine en est connue. Les colonies qui, après l’édit de Cyrus, rentrèrent dans leur patrie et relevèrent les murs de Jérusalem et du Temple, se composaient uniquement de familles qui appartenaient à l’ancien royaume de Juda, et pour la plupart, à la tribu de ce nom. Il arriva de là que les noms de Juda, de Judaïsme, de Juif, se lièrent intimement au nouvel ordre de choses. Une fois consacrés par l’usage, ils s’étendirent dans la même proportion que la sphère d’action du premier noyau établi à Jérusalem, et ils finirent par devenir communs à la nation tout entière *.

Rcuss, Ilisloircde la thdoloyie chrétienne au siècle apof^ tolique, t. I, J), bl et 52.

Pour expliquer la transformation religieuse de la famille d’Israël, il est nécessaire d’entrer dans des considérations plus étendues. Cette transformation ne s’accomplit pas en un moment. Elle passa par diverses phases successives avant d’atteindre toute sa perfection.

C’était naguère encore une opinion généralement reçue, qu’Israël était devenu un peuple nouveau pendant la captivité de Babylone, et que la première colonie qui retourna à Jérusalem, sous la conduite de Zorobabel, apporta déjà avec elle les sentiments et les croyances qui ont depuis régné parmi les Juifs. Rien de plus faux que cette hypothèse. Elle repose d’abord sur une impossibilité. Ce n’est pas dans l’espace d’une ou de deux générations qu’un peuple se refait tout entier, si l’on peut ainsi dire. On admet d’ailleurs ici des influences qui n’ont pu ou produire l’effet qu’on leur attribue, ou s’exercer en ce moment. Voudrait-on parler des Cbaldécns? Mais leur polythéisme, qui paraît avoir été un culte des astres, ne pouvait aider les Israélites à comprendre le mosaïsme. Les déportés du royaume de Juda n’avaient rien d’ailleurs à accepter d’un vainqueur

odieux i, dont ]e nom est resté dans la langue du Talmud comme un terme injurieux ? Voudrait-on parler des Perses ? Il est certain que les croyances persanes exercèrent une action sur les conceptions religieuses d’Israël, mais à une époque de beaucoup postérieure à celle .de Zorobabel. Deux ,ou trois ans après la prise de Babylone par Cyrus, les Israélites commencèrent à reprendre le chemin de leur patrie ; comment auraient-ils . pu, dans un si court espace de temps, s’imprégner des doctrines mazdéennes? Voudrait-on attribuer à un travail intérieur le changement qui s’accomplit dans leurs sentiments religieux? On serait ici sur un terrain plus solide. Sans doute, il y eut un travail intérieur au milieu des Israélites déportés sur les bords de l’Euphrate; mais i( n’eut pas les proportions qu’il faudrait lui donner dans l’hypothèse que nous combattons. Il commença le mouvement qui se continua pendant longtemps ensuite dans les écoles de la Palestine, et probablement aussi dans celles de la Babylonie ; il commença, disons-nous; il l’aurait poussé

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