Néhémic', xiii, 28; Esdraa, x, 18 cl siiiv
âO DES DOCTRINES RELIGIEUSES DES JUIFS
étrangère, avaient fait un retour sur eux-mémes. Ils avaient compris que le désastre immense qui venait de les frapper était la conséquence de leur infidélité à la loi de rÉternel, aussi bien que des transgressions de leurs pères, dont ils avaient suivi les funestes exemples. La repentance avait incliné leurs cœurs abattus devant Jéhovah, et ils s’étaient promis d’éviter les longues erreurs dont ils portaient maintenant la peine. Ces sentiments les disposaient à se plier au joug de la Loi. Mais ce n’était encore que des dispositions ; rien de plus. Cette Loi qui devait les régir et qu’ils étaient prêts à accepter, elle leur était encore inconnue. .
Nous n’avons pas tracé ici un tableau de fantaisie. Esdras et Néhémie nous apprennent que ce qui manquait aux Juifs , leurs contemporains, c’était moins la bonne volonté que la connaissance des prescriptions de la Loi. En effet, les infractions qui avaient été commises étaient l’effet de l’ignorance et non de l’endurcissement. On en a la preuve dans la promptitude, du repentir avec lequel on accueillit les instructions et les reproches d’Esdras et de Néhémie, et dans la facilité
avec laquelle on brisa des liens de famille consacrés par le temps et par raffection K
Tel était l’état des esprits des Israélites au moment que l’édit de Cyrus mit lin à la captivité de Babylone. Gomme toutes les grandes calamités publiques qui, quand elles n’écrasent pas pour toujours les peuples sur lesquels elles tombent, ont pour effet ordinaire de les régénérer, la ruine du royaume de Juda, par les armes de Nebucadné^ zar, la destruction de la cité sainte et de son sanctuaire, la déport||ion en masse sur les bords de l’Euphrate de presque tous les habitants du midi de la Palestine, produisirent une profonde impression sur les enfants d’Israël et les amenèrent décidément aux pieds de Jéhovah. Désormais le monothéisme est inscrit en traits ineffaçables dans leurs consciences ; rien n’ébranlera plus leur confiance en la protection de l’Éternel. C’est sur cette base solide que vont s’élever toutes leurs autres croyances.
Quand Cyrus eut permis aux Israélites de ren-
1. EsdraSy ix, 1-4, 42-15; x, et siiiv.; Neh^'mie, xin, 4-3, 23-28.
trer (ians leur patrie, il n’y eut que les familles les plus dévouées à la cause nationale et au culte mosaïque qui profitèrent de celte autorisation. Elles appartenaient, pour la plupart, à la classe pauvre *. Les familles riches ne voulurent pas courir les hasards d’une restauration incertaine et pleine de périls ; elles restèrent danslaBabylonie, qui leur offrait, sous la protection des Perses, une nouvelle patrie plus heureuse que Taficienne. Et si quelques-unes d’entre elles se décidèrent à suivre Zorobabel, ce ne fut que^r rentraînement d’un zèle religieux qui, remportant chez elles sur le soin de leurs intérêts matériels, les rendaient prêtes k tous les sacrifices.
Il faut ajouter qu’après l’immense désastre qui, depuis bientôt près d’un siècle, avait anéanti les derniers débris de l’empire de David , après un exil pendant lequel s’était éteinte la ' génération
qui avait connu l’ancien ordre de choses, il ne restait plus ni antécédents, ni habitudes qui pussent "contrarier l’établissement d’une constitution con-
I. Othonii Lexicon r«66«»., éd: de 175, p. 174, à Tarticie Esdras,
DES DOCTRINES HEUGIEUSES DES lUlFS ^
forme aux iusdlulions mosaïques. Il fallait tout refaire à neuf.
Quel autre modèle pouvait-on adopter que celui de l'antique législation nationale ? Les émigrants ne pouvaient pas en connaître d'autre ; ils étaient persuadés de son origine divine, et par conséquent disposés à la prendre pour la règle de leur vie tout entière. On n'avait pas à craindre d'opposition du côté des souverains de la Perse, qui ne s’immis-^ raient jamais dans les détails de rorganisation intérieure des peuples soumis. Enfin l'exiguïté, du territoire occupé par les nouveau-venus, leur petit nombre et leur homogénéité, facilitaient singulièrement l'établissement d'une restauration
mosaïque.
D'où vient donc qu'avec tant d’éléments favo- « \
râbles . la colonie de Jérusalem . languit pendant près d'un siècle dans un état précaire, sans organisation, toujours au moment d'ètre absorbée par les peuplades voisines? Il n'est pas difficile d'en découvrir la cause. Elle manqua d'un chef, qui sût lui imprimer.unev forte direction et tirer, parti des excellentes dispositions dont elle était animée»
Cet homme éminent se présenta enfin : ce fut Esdras. Réduit à ses seules forces, il n’aurait pu peut-être mener à bonne fin l’œuvre immense qu’il entreprit vaillamment ; mais, par un heureux concours de circonstances, quatorze ans environ après son arrivée à Jérusalem, un Juif plein d’ardeur et de foi, distingué par sa position à la cour du Grand Roi, Néhémie,* se fit nommer gouverneur de la colonie juive et vint appuyer de son autorité et de ses talents d’administrateur les projets de réforme religieuse d’Esdras. C’est à ces deux hommes qu’appartient l’honneur d’avoir créé le judaïsme et de lui avoir imprimé le caractère qui est resté celui de la nation juive tout entière. Dans cette œuvre
commune, l’un fut la tète et l’autre le bras. La tradition juive, écho de l’opinion générale de ces temps reculés, ne s’y est pas trompée ; elle a sacrifié partout Néhémie à Esdras, et elle a rapporté à celui-ci l’origine de toutes les institutions importantes qui ont fait du peuple d’Israël ce que nous le voyons devenir peu à peu depuis cette époque jusqu’à la rédaction définitive du Talmud. Il s’en faut de beaucoup qu’elles lui appartiennent toutes. On peut même assurer qu’il était loin de
prévoir la plupart d’entre elles. Elles sont toutes cependant des conséquences logiques de l’esprit ' dont il anima la nation juive et delà direction qu’il imprima à sa vie morale et religieuse. Sous ce rapport, on peut dire que ce n’est pas sans raison que la légende a fait de lui un second Moïse \ dans ce sens du moins qu’il fut le père du judaïsme, comme Moïse l’avait été de l’hébraïsme.
On sait avec quel soin il travailla à écarter du peuple juif tous les éléments qui auraient troublé son homogénéité et n’auraient pas pu se plier à l’ordre religieux qui était en môme temps l’ordre légal. Il commença par exclure tousceuxdes anciens habitants restés dans le pays, dont le monothéisme était suspect ou le sang mêlé à celui de quelque peuplade étrangère Les mariages mixtes» chose des plus indifférentes chez les autres nations de l’Orient, mais de grande conséquence dans Israël,
1. Dignus eral Esra, ul data fuisset lex per manus ejus Israeli, si non præcessisscl ipsum Moses. Bab..Sanhed. cap. 2, fol. 21,
■ cil6 par Ollio, Lexic. rabbinico-philo. p. 175.
2. Nchémie, ix, 2; x> 30; xiii, 1-3, 6-9. On avait déjà repoussé les offres des Samaritains qui avaient demandé de se joindre aux colonies venues de Babylonc pour relever en commun le temple. Esdras, iv 1-3.
«6 nrs DOCTRINES RELIGIEUSES DES JUIFS
auquel les lois mosaïques les interdisaient, furent prohibés ou rompus de diverses manières *. Les mesures aussi sévères que minutieuses prises par * Néhémie firent passer dans les habitudes Tobservation des pratiques légales, et en particuler celle des fêtes et des sabbats D’autres dispositions destinées à rédemenler la fortune des individus d’après les anciennes prescriptions mosaïques , n’eurent pas le même succès; mais elles importaient moins à la stabilité de l’organisation religieuse de la nation, et en somme, la législation mosaïque, dans ce qu’elle avait d’essentiel, devint l’autorité suprême de la nouvelle société juive. Pour assurer à jamais son empire, Esdras et Néhémie, après avoir exigé des sacrificateurs, des lévites et des chefs de famille le serment solennel de l’observer religieusement », leur firent signer un acte formel par lequel ils promettaient de n’avoir jamais d’autre loi <jue celle que Dieu avait donnée aux enfants d’Israël par le ministère de Moïse »,