ylcte5, IX, 20; xiv, 1; xviii
sainte, en avaient fait l’objet de leurs méditations. On ne peut douter qu’il n’eût suffi à lui seul pour donner naissance à une science théologique , si cette science n’eût été réclamée plus impéHeusement encore par le nouvel ordre de choses établi dans la Judée depuis Esdras et Néhémié.
Le Pentateuque n’est pas seulement un recueil de traditions nationales et religieuses ; il est aussi un code de lois, mais un code de lois qui prétend régler aussi bien les rapports moraux des hommes entre eux que leurs rapports sociaux, aussi bien ce qui est du domaine de' la conscience que ce qui se produit dans la vie extérieure. Il est à la fois une
morale, une discipline ecclésiastique, une jurisprudence, une constitution politique. Rien d'humain ne peut et ne doit lui échapper : l’homme tout entier lui appartient. Telle est la législation à laquelle Esdras et Néhémie avaient fait promettre aux enfants d’Israël de rester fidèles. Les besoins de chaque jour en rendaient la connaissance indispensable. Il fut nécessaire que des hommes, théologiens et jurisconsultes tout ensemble ' se livrassent à son étude. • '
La prophétie avait cessé en Israël depuis que le mosaïsme, accepté par tout le peuple, n’avait plus besoin d’éloquents et hardis défenseurs. Aussi longtemps que le monothéisme n’était pas entré dans le cœur et l’intelligence des Hébreux, que la conception théocratique n’était pas devenue la loi suprême du gouvernement et des individus, il avait été nécessaire que des voix puissantes s’élevassent sans interruption pour protester contre les instincts grossiers de la nation, pour lui rappeler sans cesse qu’elle n’arriverait à la paix intérieure, au bonheur, à la prospérité, qu’en obéissant à la seule loi qui pût convenir à sa nature , pour lui reprocher d’être infidèle à son propre génie et à la vocation à laquelle Dieu l’avait appelée, à l’exclusion de toutes les autres familles humaines. Telle avait été la. mission des prophètes. Il leur avait suffi, pour accomplir leur œuvre, de ces mouvements spontanés de la conscience nationale et religieuse, que la postérité a regardés avec raison comme les effets d’une inspii'ation divine. Maintenant le but est atteint. Les traditions sacrées de la famille d’Israël, qui , dans l’âge précédent, auraient péri sous le choc désordonné des passions
turbulenles et brutales, si les écoles des prophètes n’en avaient conservé le précieux dépôt,- ces traditions ne trouvent plus d’opposition ; leur triomphe est assuré, et il s’agit, non plus de défendre la Loi, mais de l’expliquer et d’en faire Tapplication aux innombrables manifestations de la conscience morale dans les réalités de la vie. ' j L es interprètes de la Loi, à la fois théologiens et juristes, furent donc une nécessité de la phase nouvelle de l’existence sociale des enfants d’Israël. On peut les considérer comme les successeurs des prophètes, en ce sens du moins qu’ils consacrèrent leurs travaux à affermir l’empire de la conception mosaïque, dont tous les efforts de ceux-ci avaient eu pour unique but d’assurer le triomphe. Mais qu’ils nous paraissent petits à côté des grandes figures des Samuel, des Ésaïe, des Ézéchiel ! Que leur œuvre de casuistique est mesquine en présence de la lutte que les hommes de Dieu soutiennent contre les passions désordonnées des rois et les préjugés de la foule ignorante et grossière ! Que leurs idées sur la direction des consciences sont étroites, comparées aux grandes vues spiritualistes de ces poétiques défenseurs du sentiment
moral et religieux I Les prophètes sont des initiateurs à la vérité divine ; les premiers, ils ont entrevu ce spiritualisme religieux dont le christianisme a été l’expression la plus élevée. Les docteurs d’Israël, engagés dans la routine de la vie vulgaire, n’ont pas d’autre préoccupation que de lier les consciences, par de petits moyens, à la pratique aveugle de la Loi.
Ne soyons pas cependant trop sévères pour eux. Leur tendance sans élévation était celle de leur temps, et le formalisme étroit sous lequel ils finirent par étouffer la spontanéité du sens moral était inévitable au milieu d’un peuple auquel un livre était imposé comme autorité suprême. Cette com*munauté de sentiments avec leurs coreligionnaires fut précisément ce qui fit leur force. Et sous ce rapport, ils furent plus heureux que les prophètes, et leur action immédiate fut bien autrement puissante. Les prophètes, protestant sans cesse, avec une éloquence égale à leur courage, contre des entraînements qu’ils ne purent arrêter, ne furent que des témoins de la vérité parmi leurs contemporains : leurs exhortations ont produit plus d’effet sur les siècles suivants que sur les temps aux-
quels elles étaient directement adressées. Les docteurs d’Israël, avec 'moins de grandeur réelle et de puissance morale, furent véritablement les conducteurs de leur nation. S’ils eurent le tort d’enfermer les consciences dans le tissu serré d’une réglementation compliquée et minutieuse, il faut reconnaître d’un autre côté qu’ils ne flirent en général que les échos du sentiment public, auquel ils donnèrent seulement une forme précise et arrêtée. Il convient d’ailleurs d’ajouter qu’ils se montrèrent toujours dignes de la position à laquelle les circonstances les appelèrent. Ils purent se tromper dans la direction qu’ils donnèrent à leur nation : mais leurs sentiments patriotiques ne faiblirent jamais. Il y eut parfois dans la classe sacerdotale des traîtres disposés à livrer leurs frères à la -domination étrangères il n^y en eut jamais dans les I angs des docteurs de la Loi.
Un fait qui ne peut être passé sous silence et qui est significatif, c’est que ces conducteurs d’Israël n’appartenaient pas en général à la classe sacerdotale ; ils n’avaient môme rien de commun
i. 1 Maccab., vh, 5-9, i4-17, 21 et 22; 2 Maccab., iv,
avec elle. Il en avait été de môme des prophètes, dans la période hébraïque. La famille de Lé vi resta chargée du soin du culte ; ses fonctions ne dépassaient pas Tenceinte du sanctuaire '• Son influence morale sur le peuple, même sous les Maccabées, fut fort insignifiante. Elle se trouva vis-à visde la classe des docteurs de la Loi à peu près dans les mêmes rapports dans lesquels elle avait été autrefois à l’égard des prophètes. Elle leur fut en général plutôt hostile que favorable.
Il paraît que le titre sous lequel on désigna d’abord ceux des Israélites qui s’occupaient spécialement de l’étude de la Loi, fut le mot aopher ( -jfjQ
la scrïbens, de ")3D écnre). Du moins Esdras, dans
lettre par laquelle le roi Artakhschaschta l’autorise à emmener à Jérusalem une nouvelle colonie de Juifs, est qualifié de « sopher enseignant les paroles des préceptes de Jéhovah et des statuts pour Israël » et quoiqu’il fût sacrificateur, l’auteur
1. plus tard le sceptre et l’encensoir furent réunis dans la môme main; mais cette union des deux pouvoirs ne satisfit jamais le sentiment populaire. Prideaux. Histoire des JuifSfédii. de 1755, t. IV, p. 408 ; t. v, p. 47 et suiv.
2. Esdras J vu, 11, comp. avec les versets 6 et 10 de ce même chap.; NéhémiCf viii, 1; xii, 26 et 36.
du livre de Néhémie le désigne le plus souvent sous le titre de sopher. Ce mot n’était pas nouveau dans la langue hébraïque. Il se rencontre fréquemment dans l’ancienne littérature des Hébreux, avec le sens du secrétaire et même après le retour de la captivité de Babylone, il est employé dans la même acception, mais pour désigner un des agents du gouvernement persan dans la Palestine '•
On peut jusqu’à un certain point se rendre compte des causes qui firent tomber en désuétude la signification primitive de ce mot et qui lui donnèrent le sens de savant versé dans la connaissance de la Loi. La ruine de Jérusalem, en mettant fin au gouvernement national, supprima du même coup les emplois de secrétaires. Les hommes qui avaient occupé ces fonctions se distinguaient nécessairement du reste de leurs concitoyens par des connaissances supérieures. Elles les mirent en état, pendant l’exil, de donner à leurs malheureux frères des consolations et des
1. 2 Sam„ viii, 17; \x, 25; 2 /lois, iii, 10; xix,2; xxii, 3; 1 Chron. xxvii, 32.