‹ Des doctrines religieuses des JuifsChapitre 51 sur 225 · Malth., wiii · texte numérisé non relu

Malth., wiii

étaient par conséquent peu disposés à faire de leur religion un mystère et à ne pas vouloir lui laisser franchir les limites de la famille d’Israël. Mais leur prosélytisme cédait lui-même devant leur aversion héréditaire pour une langue ennemie ; leur ardent désir d’amener les païens au judaïsme s’arrêtait devant la crainte de compromettre leur foi par quelque contact avec la culture grecque.

Les anciens documents juifs abondent en traits analogues à ceux que nous avons rapportés. Il serait superflu d’en citer un plus grand nombre 11 n’est pas inutile cependant de faire remarquer que, môme dans le i®’ siècle de l’ère chrétienne, la langue grecque, répandue alors dans tout le monde civilisé, était généralement ignorée dans la Palestine. On en a pour garant rhistorien Josèphe. Il nous apprend que de son temps l’étude des langues était peu considérée dans la Palestine. On la regardait, ajoute-t-il, comme une occupation profane, convenant bien mieux à des esclaves qu’à des hommes libres ' .

La répulsion des Juifs pour la culture grecque

i. Antiquités, x\, 12, 1.

est donc un fait incontestable. Depuis le milieu

du ni® siècle avant l’ère chrétienne, c’est-à-dire

depuis le moment que le peuple d’Israël eut des

rapports forcés avec les Grecs, maîtres de la

Syrie, de l’Asie Mineure et de l’Égypte , jusqu’au

moment où fut compilée la Mischna, les docteurs

de la loi furent toujours unanimes à voir dans la

civilisation grecque, dans sa philosophie, dans sa

religion, dans sa littérature, un grave danger pour

leur culte et même pour l’existence de la famille

de Jacob. Ils ne cessèrent jamais de la repousser

et de la maudire Ml faut par conséquent renoncer

à chercher dans la philosophie grecque une des causes du développement de la science juive. Par

I. On a prétendu que la liUéralure grenue fut d’abord bien accueillie dans la Judée, et que ce ne fui que plus lard, quand les Juifs s’aperçurent de l’usage que les chrétiens faisaient de la version des Septante, qu’ils condamnèrent celle version et avec elle toute élude de la langue grec({ue. Nous a\ons déjà prouvé que, bien avant l’ère chrétienne, les Juifs de la Palestine repoussèrent la littérature grec<(uo comme la source de riucrédulilé <*l frappèrent de réprobation ceux qui la cut^ivaient. Nous ajouterons ([ue l’on n’appuie l’opinion ((ue nous combattons <|ue sur un ou deux passîiges du Talmud mal entendus, ])rincipalemcnt sur Sotah, cap. 7. On peut voir ce paisage dans Buxlorf, LexicoH chal(L et Talmud, ( ol 1U+.

leur nature même autant que par reffct des événements,' la philosophie grecque et la science juive devaient nécessairement se repousser Tune

Tautre. ^

Le parti grec qui s’était formé à Jérusalem et qui, probablement antérieur au règne d’Antiochus Épiphane, joua, sous la domination de ce prince, un rôle si odieux et devint pour les Israélites pieux et pour la masse du peuple un objet d’exécration et d’iiorreur, se- composait d’hommes riches, préférant à l’honneur national et au culte de leurs pères la conservation de leurs biens et le triste avantage d’être les premiers dans un troupeau d’esclaves. Après laffranchissement.de la Judée par les Maccaèées, ce parti ne disparut pas, quoiqu’il n’eût plus de raison d’être ; mais il se transforma. Il ne pouvait plus être question pour lui de faire triompher les mœurs et la culture de la Grèce ; mais par habitude, paj* position, il resta l’ennemi de tout ce qui avait pour effet de séparer plus fortement encore les enfants d’Israël des autres nations. Il fut l’adversaire décidé de la théologie des pharisiens, qui était celle du peuple

l)i:S DÜCTKINES RICLl-Gl KCSfiS DES JUIFS

tout entier, et des prescriptions nouvelles que l’on déduisait da la Ijoi comme des conséquences nécessaii-es, A ces interprétations qui, en traçant une haie autour de la Loi, en traçaient une encope plus infranchissable entre les enfants d’Israël et les Grecs, il opposait la simplicité des croyances antiques et en appelait de l’école à Moïse. En abjurant ses antécédents fâcheux, il n’avait pas cependant renoncé à son anmur pour le pouvoir.

On le voit assidu auprès des Hérodes, comme il l’avait été, quand les circonstances l’avaient [>erinis, auprès des faibles successeurs des héroïques veugeops de la nationalité juive

Ouiconque a quelques notions de Thistoire des

Juifs aura compris, sans aucun- doute, (juc t'es •

traits ne peuvent convenir qu’aux sadducéens. Le

sadducéisme, en effet, n’est pas autre chose que

la continuation, sous une forme plus modérée et

avec un caractère plus résér\'é, de l’ancien parti

grec. Celte origine se trahit déjà à ses lendanct^

qui sont les mêmes et æses doctrines négatives • » • ^

î. Josôpiic, Aniiq., xui, 10, (n Goiger, Cr&t.lnifl , p. lüjJ, 10b, 136 et l:U.

ÜliS ÜÜCIRINKS MKLIGIEL'SKS DKS J L ITS R3

(jui* ne [)eaveiit pas avoir une autre souice. Les iraditious juives viennent d’un autre côté con- (iriner ces inductions et leur donner un haut degré de vraiseuiblauce.

C’est une opinion généralement reçue parmi.les anciens docteurs de la Mischiia, que le àadducéisme dérivait de Tsadoe.'. Or .ce Tsadoc fut le disciple d’Antigone de Soccho, de ce. docteur de la Loi qui, lo premier parmi les Juifs ël le seul paruû les docteurs de la Mischiia, est connu spus un nom grec, le premier qui ail incliné vers la culture grecque et pi*épai’é ies voies au p^ti grec, si fujieste à Israël. ILest peu prol>able cepeudaut que Tsadoc ait été. le père du sadducéisme. La tradition juive n’a tait ([u’obéir à une des lois les plus générales de la formation de la légende, en rattachant à unhomme une manifestation historique qui seforma

1. Othonis, Leælcot} rabb., p. 57 et 580; Barloloeci, Dibliolh. mmjna rabbin., t. i, p, 376 ot suiv, M. Geigor los fait bien aussi tlcscciulro <le Tsadoe, mais de ce Tsadoc qui vivait du temps de. David (2 Sam. ^v, 24, 20, 35; t Riyis i. 39; il, 35) cl dans la ramillc duquel h souveraine sacriticalurc parait s'Olre coiiliiuiée, presque sans interruption, jus- ()u'à Kl ruine de Jérusalem, Urschrifty p, 20 ot suiv., 102 et suiv.

naturellement sous Tactiori de circonstances particulières. Mais on peut croire que le choix qu’elle fit deTsadoc fut moins provoqué par l’analogie lointaine du nom de ce docteur avec celui de sadducéen, que par le souvenir de l’origine grecque de ce parti.

Tout nous ramène ainsi à voir dans le sadducéisme la continuation de l’ancien parti grec. Opposé, comme lui, à tous lesmom ements de l’esprit national, soit en religion, soit en politique, il se composait aussi d’hommes riches S distingués par l’éducation et par la probité qui vont d’oixiinaire avec la fortune, mais durs et sévères pour les fai - . blesses humaines et formant encore sous ce rapport un contraste marqué avec les pharisiens, qui recommandent partout la circonspection et l’indulgence envers les accusés. Peut-être, si Ton avai t quelque bonne raison de faire dériver le nom sous

1. Ttov (i£v ooôoouxatiüv Tol»; eùj;6oouî {xovov ;»ciObvtaiV, JosèphC, Antiq. xxiii, 10, 6; xviii, 1, 4. Les sadduc^ens formaient une sorte d’aristocratie dans la famille d’IsraCl. Ils y élqionl, fait remarquer M. Gciger, ce que sont les épiscopaux en Anj^leterre, et les pharisiens, d’un autre côté, pourraient être comparés aux dissidents et aux puiilains. Vrschrift^ p. 104.

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