Jean, iii, 1 ; Actefi, v, 34; xv, .'i
ÎW DK6 DOCTRINRS REUGIKISES DES Jl^IFS
ceux des chrétiens (jui combattaient le plus vivement leurs tendances religieuses ».
Il est également difficile de préciser l’époque à laquelle ce nom commença à être usité. Mais il est incontestable que le- pharisaïsme remonte trèshaut. La tendance qui le caractérise est celle qui présida à la restauration du peuple juif et qui distingue le judaïsme de l’antique hébraïsme A quelque moment et pour quelque motif qu’on les ait désignés du nom sous lequel nous les connaissons, les pharisiens furent les continuateurs de l’œuvre d’Esdras et do Néhémio. En commentant la Loi pour l’appliquer aux formes nouvelles de la vie sociale, ils créèrent cette tradition orale qui s’étendit peu à peu et qui fut plus tard recueillie dans le Talmud. Par la marche môme des choses, la religion mosaïque, qui était en môme temps une législation, devint entre leurs mains un amas de préceptes qui, enchaînant chaque acte de la vie, ne laissèrent plus de place à la spontanéité humaine. La lettre tua l’esprit; et la vie du pieux israélile
l. Actes^ xxiiijO; Philip, iii, S.
2; Biblinhes Real worterb. l. ii, p. 2%.
DES nOCTRINRS RRUGIBUSB» DES JUIFS 91
se trouva enfin métamorphosée en une s^n'led’automatisme moral.
Mais ils ne furent, dans celle œuvre déplorable, que les fidèles successeurs des chefs de la restauration d’Israël. Ceux-ci n’avaient pas fondé la nouvelle nationalité juive sur des principes généraux ; ils ne lui av aient donné pour base que la stricte observation d’un code de lois. La jurisprudence devait donc prendre la place de la morale , et l’obéissance extérieure et passive rendre superflue l’inspiralion du sentiment intime. C’est ce ((ni ne manqua pas d’arriver, et c>sl ce qui se produira chaque fois qu’une religion révélée, au lieu d’être dévelo[>pée dans un sens spiritualiste conforme à ce qu’elle présente de plus idéal, comme les prophètes essayèrent de le faire pour le mosaïsmo, tombera entre les mains de casuistes littéralistes et minutieux qui la transformeront en uni; réglementation rigide des» consciences.
Une transformation était cependant inévitable. Par sa forme môme, la révélation mosaïque n'était propre qu’à un peuple enfermé dans de certaines limites du développement intellectuel. Une fois • que ces limites étaient dépassées, cette révélation
n’avait plus de raison d’être et son autorité était ruinée. Une révélation nouvelle, ou, si l’on aime mieux, une nouvelle forme religieuse devenait nécessaii e. Mais on ne se dépouille pas facilement des croyances de ses pères. Les Juifs, par un sentiment respectable, quoique erroné, s’obstinèrent à garder une Loi qui ne répondait plus à leur état social, et cette Loi, dont le souffle de la vie avait disparu, se changea forcément en une lettre morte, en une réglementation morale qui se chargea chaque jour de prescriptions nouvelles et de plus en plus minutieuses.
L’erreur des pharisiens, quelque énorme qu’elle puisse être, ne saurait cependant obscurcir les services réels qu’ils rendirent à la nation juive. S’ils s’égarèrent dans ime théologie abstruse et souvent puérile et dans une casuistique fatale à la liberté morale et au véritable déploiement de l’esprit, ils restèrent toujours les amis dévoués de l’indépendance nationale. Sans autre prestige que celui de leur connaissance de la Loi, ils eurent assez d’influence sur leurs compatriotes pour entretenir parmi eux l’amour de la liberté, pour les entraîner même à des luttes monstrueusement
DHS DOCTRINKS RELIGIEUSES DES JUIFS 93
inégales. Ils furent avec les Maceabées contre le puissant empire des Séleueides. Us ne craignirent pas d’appeler le peuple à la résistance contre l’empire bien autrement puissant de Rome, et quand le Temple fut détruit et Jérusalem en cendres, ils continuèrent, pendant près d*un siècle encore , à rassembler les débris épars d’Iraël et à courir, sur les pas de quelque nouveau Messie, à une mort certaine.
Ils rendirent à leur nation un service bien au-
trement signalé, en la mettant en étal de pouvoir traverser, sans y périr tout entière, les terribles vicissitudes qui l’ont assaillie jusqu’aux temps modernes. Les maîtres des écoles pharisaiques ne prévoyaient pas sans doute la portée de leur œuvre ; ce n’est pas moins à elle qu’est dû un des plus étonnants phénomènes de riiisloirc, un peuple dispersé sur la face de la terre et maintenant son individualité au milieu des circonstances les plus propres à l’anéantir. M. Philippson, dans unlivre qui renferme les aperçus les plus ingénieux à côté des assertions les plus hasardées, fait remarquer avec raison que le Talmud créa pour le judaïsme, à la place de la Palestine perdue.
Oi ÜES bOCTIUNES KtLlGIELSKfe »ES JUIFS
une nouvelle Palestine spirituelle qui offrait ces Lcrands avantages, qif on n’y pouvait être troublé par les peuples voisins, qu’il était impossible d’y rien perdre, et qu’on la portait partout avec soi Celle patrie spirituelle qui devait consoler de la perte de la patrie réelle, les Juifs la durent aux docteurs de la Loi, qui en posèrent les bases et qui lui donnèrent ses premiers développements. Celte haie (|ue depuis la restauration d’Israël on travailla à élever autour de la Loi et par suite autour (le la vie morale de Tlsraélite, cette haie fut si solidement établie, que le Juif, perdu au milieu des peuples les plus divers, seul contre tous, dépouillé, persécuté, torturé, ne s’est jamais laissé entamer parles milieux différents dans lesquels il a vécu, i^e Franc, le Gaulois, le Germain, le Grec, ont fini par se fondre ensemble ; le Juif n’a jamais été absorbé. C’est qu’entre lui et le reste du monde s’élevait celle minutieuse réglementation morale qui pi'éservait 5on for intérieur de tout contact étranger,
î. /.f (Uh'clopptfucnt de rider rcUfiicus^e dana le judn'iftmc, lc<hrinlitnnsme et l’islamiemei par le docteur L.’Philippson, irad. par L. Lévy Bin^. p. 266 el 267.
Di:*S l^OCTRINKS RELIGIKUSKS i)KS JflFS 9.*i
cl celle réglemeiitalioii est sortie tout entière des obscurs travaux des écoles pharisaïques.
A côté des î^adducéens et des pharisiens, Joséphe place les esseniens; Tous les historiens , le l>renant ici pour guide, présentent ces trois fractions du judaïsme palestinien comme remontant à la même époipie. Ce qui est eerlain, c’est que l’essénisme forme bien une véritable secte, la seule en réalité que Ton rencontre parmi les Juifs avant rère chrétienne. Les esséniens, en effet, s’étaient retirés de ce ({ui faisait le centre de la vie juive, du culte célébré dans le Temple, auquel ils ne prenaient pas de part directe. Ils avaient une organisation religieuse propre, des cérémonies particulières, des règlements qui n’appartenaient qu’à eux; eniin des doctrines qu’il était interdit de divulguer au dehors. D’est bien ici une seete dans lésons le plus rigoureux du mol.
L’essénisme est un problème bistorique encore non résolu. On ne sait ni quelle fut son origine, ni à (pielle époque il naquit, ni quand et comment il cessa d’exister. Ses doctrines ne soulèvent pas (les difficultés moins considérables. De toutes les
hypothèses sur son origine, la plus faible, la moins probable, est celle qui le fait dériver de la philosophie grecque, de, celle de Pylhagore euti*e autres, ainsi que le prétend M. Lutlerbeck '• Par quelle voie la philosophie pythagoricienne aurait-elle pénétré dans la Palestine? On. ne saurait l’expliquer. Rien n’est moins certain que la ressemblance qu’on prétend trouver entre l’association pythagoricienne et la secte juive. Il s’agit ici de deux faits également obscurs et encore mal connus," et il pourrait bien eu être des analogies qu’on signale entre eux comme de celles (|ue Pœil du voyageur croit reconnaître entre deux édiOces lointains et plongés dans le brouillard du matin. Que d’impossibilités dont cette hypothèse ne tient pas compte ! Cent ou cent cinquante ans avant l’ère chrétienne, époque à laquelle on peut avec., quelque vraisemblance placer la naissance de l’essénisme, on ne voit nulle part d’école pythagoricienne. Ce n’est que vei*s le temps do Philon que reparaît cette philosophie mais la nouvelle doc-