‹ Des doctrines religieuses des JuifsChapitre 56 sur 225 · RiUor, ibid., ir iv, p. 401 el suiv · texte numérisé non relu

RiUor, ibid., ir iv, p. 401 el suiv

trine pythagoricienne n’a probablement de commun avec l’ancienne que quelques formules et quelques symboles que la tradition avait conservés, et qui reçurent alors un autre sens. C’est cependant avec ce pythagoréisme nouveau, si différent de l’ancien, que l’on compare l’essénisme, pour en conclure qu’il s’est formé sous l’action de l’antique école pythagoricienne. Il est inutile de s’arrêter plus longtemps sur une hypothèse aussi dénuée de fondement.

On est tout aussi peu fondé à faire sortir la secte essénienne de la philosophie judéo-alexandrine. II n’est pas un seul fait par lequel on puisse établir la réalité d’une action quelconque du judaïsme alexandrin sur le judaïsme palestinien. Jl est incontestable que la théosophie de Philon n’est pas sans analogie avec la théosophie essénienne. Mais que peut-on conclure de cette ressemblance ? Ce n’est pas certainement le philonisme qui a produit l’essénisme, plus ancien que lui ; et si l’on veut lui donner pour origine la philosophie alexandrine antérieure à Philon , on ne trouve plus de proportion entre la cause et l’effet; il y a dans la secte essénienne une foule d’élé-

ments absolument inconnus à la Sapience et à Aristobule.

On en appelle, il est vrai, aux thérapeutes, et l’on prétend , avec Philon , que l’essénisme n’est qu’une forme particulière de la théosophie de ces solitaires d’Égypte. Rien de moins vraisemblable que cette filiation. Aucun fait ne peut faire croire que les thérapeutes aient cherché à faire des prosélytes autour d’eux, encore moins dans la Palestine. Mais il y a plus : il est facile de remarquer entre les solitaires égyptiens et les esséniens, des différences tellement prononcées, qu’il est impossible que les uns aient jamais tenu aux autres par quelque lien réel. Les thérapeutes sont de vrais solitaires contemplatifs ; les esséniens vivent en communauté et se livrent au travail manuel. Il n’y a point de hiérarchie parmi les premiers; quand ils se réunissent, ils se rangent d’après l’ancienneté d’entrée dans la vie contemplative ; chez les seconds, au contraire, la hiérarchie est des plus sévères ; l’initié d’un degré supérieur se souille au contact d’un initié d’un degré inférieur. Parmi les thérapeutes la perfection est accessible aux deux . sexes ; des femmes se livrent aussi à la vie con-

templalive ; elles se joignent à leurs frères les solitaires, pour célébrer en commun les mystères sacrés; les esséniens, au contraire, ne forment qu’une société (rhoinmes ; ils excluent sévèrement les femmes de leurs réunions. Ils ont, il est vrai, des affiliés qui vivent dans le monde et qui peuvent se marier ; mais leurs femmes ne participent à aucune des prérogatives qui leur appar-

tiénnent. Enfin, rien ne prouve que les thérapeutes

fussent des Juifs. Philon ne le dit pas expressément; il semble bien vouloir le faire supposer; mais de ses expressions embarrassées on peut assez naturellement tirer une conclusion contraire *.

Ira-t-on chercher dans les religions de l’Orient l’origine de l’essénisme * ? C’est se lancer dans le champ infini des conjectures. Aucun fait historique connu ne peut servir ici de point d’appui, et les analogies qu’on peut signaler entre le mysticisme ascétique des esséniens et quelques doctrines mystiques orientales, principalement avec le boudhisme, ne sont pas de telle nature qu’elles- ne

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