‹ Des doctrines religieuses des JuifsChapitre 8 sur 225 · PRÉ F AC K · texte numérisé non relu

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les compléter. Il se rattachait donc à l’Ancienne Alliance, et par conséquent aussi à la synagogue qui, de son temps, en était le représentant officiel et légitime. Jésus pouvait trouver que la synagogue se trompait en plusieurs points, il pouvait la combattre et essayer de la redresser sur ces articles, travailler même à la transformer ; mais on ne voit pas qu’il s’en soit séparé, même après qu’il eut, ce semble, acquis la conviction qu’il ne pouvait l’arracher à la fausse direction des pharisiens, et qu’il ne restait plus d’espoir de la sauver.

2" Toutes les doctrines qu’il annonce sont celles qui formaient ce qu’on pourrait appeler le Credo de la synagogue, autant celles qui appartenaient en propre à l’antique hébraïsme, c’est-à-dire a la Loi et aux prophètes, que celles qui avaient pris naissanci* depuis la restauration de Jérusalem, après la captivité de Babylone, ei dont quelques-unes étaient, de son temps, de date fort récente. Ces doctrines, il les modifia sans doute en partie ; il leur imprima un caractère plus spiritualiste ; mais, même ainsi transformées, elles n’ont rien de commun ni avec

PRÉFACE

les spéculations des esséniens, ni avec celles de la tliéosophie judéo-alexandrine. Elles viennent primitivement de la synagogue; c’est d’elle que le christianisme les tient,

3® Enfin l’enseignement de Jésus est, comme celui de la synagogue, essentiellement pratique, et par là il se sépare aussi bien de l’essénisme que du philonisme. J’ai déjà signalé ce trait; il suffit ici de le rappeler.

Si nous demandons maintenant à la synagogue en quoi elle a contribué à la préparation et à l’avénemenldii christianisme, elle pourra nous répondre qu’elle y a travaillé autant par les erreurs qui dominaient dans son sein, que par les quelques vues élevées et pures que cherchèrent à y faire prévaloir un petit nombre de docteurs delà Loi. Les premières provoquèrent une réaction morale et spiritualiste dont on trouve une expression énergique dans l’enseignement de Jésus ; les secondes ouvrirent en quelque sorte la voie dans laquelle marcha le fondateur de la religion chrétienne.

Il suffit d’une lecture meme superficielle des

PUÉ FACE

Évangiles, pour savoir qu’une partie considérable des discours de Jésus- Christ est dirigée contre les pliarisiens. Que leur reprochait-il?

Au fond, ils ne se proposaient pas un but différent de celui auquel il tendait lui-même. Ils voulaient aussi que, par l’observation des commandements de Dieu, les enfants d'Israël restassent dans les conditions de l’alliance que Jéhovah avait traitée avec leurs pères par l’intermédiaire de Moïse. Mais pourmainlenirplus sûrement l’Israélite dans la pratique du bien, ils avaient réglementé sa vie tout entière avec tant de soin, qu’il semblait impossible qu’enfermé entre une double haie de préceptes, il pût dévier soit à droite soit à gauche du sentier de la Loi. L’intention était bonne, le moyen détestable. Par cette réglementation minutieuse, ils enlevaient à l’homme toute libre détermination, ils îe réduisaient à n’ètre qu’un automate mis en mouvement par une sorte de mécanisme moral; ils supprimaient la voix de la conscience désormais inutile, et, en définitive, ils remplaçaient la moralité, qui n’existe qu’au tant qu’on se détermine librement

PRÉFACE

soi-môme, par la légalité qui n’est qu’une observation machinale et inconsciente de la loi morale. Tout en voulant, comme eux, assurer la pratique du bien, Jésus condamne absolument le moyen par lequel ils s’imaginaient y parvenir, et qui ne pouvait avoir pour effet que la mort spirituelle. Il revendique contre la réglementation extérieure de la vie la direction intime du cœur et des sentiments, et il en appelle de la prescription imposée, à l’inspiration d’une conscience pure et de la droite raison.

Les pharisiens furent pour lui ce que les sophistes avaient été pour Socrate. En entendant des discoureurs brillants et frivoles répéter sans cesse qu’il n’y a rien'de vrai ni rien de faux, rien de bon ni rien de mauvais, que le plus sage parti est de renoncer à l’inutile fatigue de chercher la vérité, et d’acquérir l’habileté nécessaire pour faire illusion aux autres, le sentiment intime de Socrate se révolta, etlui montrant l’abîme auquel conduisaient ces doctrines perverses et insensées, lui fil comprendre par une sorte d’inspiration, qui devint le point de départ de ses méditations sur ce grave

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sujet, (iirau-clessiis de toutes les incertitudes, humaines, il y a en nous un tait, parlai teiiieiit certain, le précepte moral. C’est alors qu’abandonnant ses pi’écédents travaux, qui n’avaient différé à peu près en rien de ceux des philosophes antérieurs, il se consacra principalement à l’étude de l’homme, et se donna désormais pour mission de rappeler ses concitoyens au sentiment de la destination morale de l’ètre humain, sentiment sans lequel on ne peut

posséder la fixité d’esprit nécessaire à la conduite do la vie.

Jésus-Christ n’eut jamais à changer de voie, comme le sage Athénien. Dès le premier moment,

par une inspiration divine qu’il avait le droit de s’attribuer à bi(;n plus juste titre que Socrate, il eut une claire conscience de la fausseté et des dangers du système de direction rnoraleque pratiquaient les pharisiens, et il sentit la nécessité de rendre l’homme à lui-même, en l’affranchissant de toute réglementation extérieure et en le ramenant à la voix de Dieu qui se fait entendre dans toute âme droite et pure. Kn conséquence, H ne cessa, pendant

XVIII PRI^FACF.

tout son ministère, de combattre ces conducteurs aveugles s qui donnaient au peuple d’Israël des prescriptions humaines pour le commandement de Dieu -, qui raccoutumaient à nettoyer le dehors de la coupe et du plat, sans s’inquiéter des souillures intérieures qui, en un mot, lui faisaient prendre l’accomplissement de cérémonies purement extérieures pour le comble de la perfection morale. En même temps il enseigna, en opposition à ces doctrines trompeuses, que, s’il est bon d’observer les

lois humaines, il est encore mcillci’r de ne pas négliger l’amour de Dieu *, et ce qu’il y a de plus important dans la Loi, c’est-à-dire la justice, la miséricorde et la bonne foi ou en d’autres termes, le sentiment moral et religieux, régulateur unique de la vie.

Il ne fut pas cependant le premier à s’élever contre ce système de réglementation de tous les

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