De Momrehia, ii § I
3. Oïl sait que, tliins le système de Philon, Thomme véritable est le Nouç, l’esprit, la raison.
et les sacrifices dans noire patrie (à Jérusalem) n’en est qu’une image sensible)-*»
Rien n’est plus propre que cette déclaration de Philon à nous apprendre dans quelle mesure le judaïsme alexandrin s’était affranchi du formalisme palestinien, et jusqu’à quel degré de spiritualisme religieux il s’était élevé.
Les Juifs d’Alexandrie furent frappés de bonne heure des analogies qui rapprochaient de leur religion ainsi comprise la plupart des grands systèmes philosophiques de la Grèce. Platon, Aristote, les stoïciens proclamaient l’unité de Dieu aussi hautement que Moïse. Gomme lui, ils prêchaient la vertu et en faisaient la condition indispensable du
1. Auo yàp, Mi eoiwv, tepd 0£ou, fv {x£v 8oe ô x6(j[ioç, Iv o> X3t\ ip'/i£p£Ù( 6 7rpo)‘c(5'('®^®Ç aùtou 0£roç X6 yoç • ?x£pov ol XoyixT] t£p£Û; 6 rpbç (JXt^0£i«v àvOptoroç, ou (jL(jjLr^|Aa aîo0r,T6v 6 tdt; Tca- Tp(ou<; E'jyiç xai Oua(aç ?;:i'5TEXGiv 2ariv. De Somniis 1 § 37. Pfeiffer met en note : hominem- esse lemplmn divinum passini docelur in novo fendere; vid. Ma(lh. xxvi, 61; Marc, xiv, 58; Jean ii, 21; 1 Corinth. iii, 16. Pliilonis Judeei opéra omma, T. V, P 98. Ailleurs Pliilon dit dans le môme sens que, parmi toutes les choses créées, il n’y a pas d’habitation plus digne de Dieu que l’âme purifiée d’un homme de bien. De sobrietate § 13.
bonheur des individus et des peuples. Dans leur ignorance de Thistoire et dans la naïveté de leurs conceptions religieuses, ils regardèrent ces ressemblances comme des preuves d’une filiation historique, et ils ne doutèrent pas que les philosophes grecs ne fussent en un certain sens des échos de Moïse et n’eussent emprunté à ses écrits des principes si contraires au polythéisme des peuples auxquels ils appartenaient par leur naissance. Ce sentiment ne s’effaça jamais de leur esprit. D’Aristobule à Philon et de celui-ci à Numénius d’Apamée, qui était probablement aussi un Juif helléniste, tous ceux qui se sont familiarisés avec la philosophie -grecque répètent sans cesse que Platon est un Moïse parlant grec L’orgueil national ne fut pas sans doute étranger à cette idée ; les Juifs hellénistes étaient heureux de se venger du mépris trop peu dissimulé des Grecs, en leur montrant que leurs plus célèbres philosophes avaient puisé à la source pure de la révélation hébraïque ; et l’on sait à quelles fraudes
1. Eusèbe, /*ro?/)ar. cvan(j,\i^ 10;xiii, 12. Clémcnl d’Alex., Strom.y lib. i. cap. lîi et 22.
pieuses * ils furent poussés pour en fournir des preuves capables de faire impression. Mais, dans
le principe, cette opinion eut pour unique cause l’admiration qu’excita en eux une philosophie si voisine, dans ses traits les plus prononcés, de leurs propres croyances religieuses.
Ce sentiment explique suffisamment l’ardeur avec laquelle les Juifs hellénistes se livrèrent à l’étude de la philosophie grecque, et la naïve erreur qui les poussa à lui demander des secours pour le développement scientifique de leur religion. Celte fusion du platonisme, de l’aristotélisme et du stoïcisme avec les doctrines juives conduisit, on ne peut le nier, à des résultats fort opposés à l’enseignement de Moïse et des prophètes. Les systèmes mystiques qui en sortirent forment le plus étonnant contraste avec la simplicité primitive des traditions hébraïques, en même temps qu’avec le rationalisme sévère de la philosophie grecque. Mais il serait injuste d’accuser leurs auteurs de ne
1. Par exemple, les interpolations des poiVies orphiques altribuées Arislobule à tort ou à raison, mais certainement l’œuvre (l’une main juive. Valkenacr, Diatribe de Aristobulojuda ‘0 p. 8-18,
se rattacher à la croyance nationale par aucun lien solide, par aucune conviction intime Ils étaient certainement sincères, et croyaient expliquer fidèlement les idées de Moïse en les pliant à celles de Platon. S’ils manquaient complètement de sens critique et historique, c’était la faute de leur temps : on ne peut leur en faire un reproche. Quand on voit la tendance, dont Philon est la plus complète expression, se développer peu à peu pendant près de deux siècles, on ne peut l’accuser d’être un artifice habilement combiné par quelques Juifs pour cacher leur apostasie sous le voile d’une interprétation allégorique des écrits de Moïse et des prophètes. Elle ne peut nous apparaître que comme le résultat général de la position des Juifs a Alexandrie.
La version des Septante * offre déjà des traces incontestables de spéculations philosophiques dont plusieurs semblent se rattacher assez directement au platonisme. Dès les premiers mots de la Genèse, on reconnaît dans son auteur un homme