DBS DOCTRINES RELIGIEUSES DES JUIFS
soumises à leur arbitrage ; nous pouvons cependant laisser de côté cette maxime qui fait une loi de la prudence et de la bienveillance dans les jugements ; mais il n’est pas inutile de faire remarquer que cet esprit de réserve et de modération a toujours été recommandé dans les écoles juives. • Juge tout le monde favorablement, » disait dans le même sens Josué ben Perachia, qui vivait probablement vers le commencement du n' siècle avant l’ère chrétienne '.
Les deux autres préceptes se rapportent plus directement à notre sujet. Former beaucoup de disciples, c’était répandre la connaissance de la loi, affermir la nation dans ses traditions et continuer l’œuvre d’Esdras et de Néhémie. C’était encore s’attacher à la science, la cultiver, la développer sans cesse. La science juive était le rempart de la religion; elle devenait chaque jour davantage le fondement de la vie tout entière de l’Israélite. Cette maxime nous prouve que les plus an ciens docteurs de la loi l’avaient compris.
i Le chap. I er du Traité Pirke Abuth contient quelques autres déclarations analogues.
Faire une haie à la loi, c’était l’entourer d’explications, de tous les principes qu’elle suppose, de toutes les conséquences qu’on peut en déduire. C’était en préciser les prescriptions de telle manière que dans la pratique, et c’était là en dernier ressort l’affaire essentielle dans ce point de vue, l’Israélite ne pût être exposé à en faire des applications erronées. Mais aussi, faire une haie à la loi, c’était faire une haie à la conscience, enfermer la vie humaine dans une voie murée des deux côtés, et, pour prévenir les écarts, étouffer la spontanéité de l’âme. Tel fut, en effet, le résultat de la science juive. Ce qui constitue en propre sa nature est très-bien caractérisé dans le troisième précepte des docteurs de la grande synagogue, comme le sentiment qu’ils avaient de son importance, ou, pour mieux dire, de sa nécessité en Israël, est très-clairement exprimé dans le précédent.
L’autorité des docteurs de la loi était considérable. Le peuple les regardait comme ses conducteurs et ses chefs. Et cette influence, ils ne la devaient ni à leur position sociale, la plupart d’entre eux vivaient du travail de leurs mains,
DES DOCTRINES RELIGIEUSES DES JUIFS. kl
ni à leur position dans le gouvernement, ils n’occupaient pas de charges publiques. Leurs connaissances dans les Saintes Écritures et leur dévouement à la cause nationale étaient leurs seuls titres à l’affection et à la vénération de leurs coreligionnaires. Il faut rendre cette justice au peuple d’Israël, qu’il sut les apprécier. Ni le sceptre ni l’encensoir ne l’emportaient à ses yeux sur la science de la loi. Le respect qu’il avait pour ses docteurs, le haut prix qu’il attachait à leurs enseignements, éclatent dans ces paroles de Joseph ben Jœser : * Que ta maison soit le rendez-vous des sages'; couvre-toi de la poussière de leurs pieds et savoure avec avidité leurs paroles 1 2 . »
1 Les docteurs lie la loi étaient désignés dans la Palestine et la Uabylonie par le titre de Sages. L'historien Josèphe, pour s'accommoder au langage dns Grecs, leur donne parfois le nom de a-ojiffTj» { Guerre x des Juifs, i, 33, 2). Ailleurs il les appelle avec plus de raison nxzpiuv tfoyuTat vo^wv (Antiq. x\ il, 6, 2).
’ Pirke Aboth, ch. 1.