‹ Des doctrines religieuses des juifs pendant les deux siècles antérieures à l'ère chrétienneChapitre 9 sur 56 · AO DES DOCTRINES RELIGIEUSES DES JUIFS · texte numérisé non relu

AO DES DOCTRINES RELIGIEUSES DES JUIFS

mine encore, on trouve des traces d’idées nouvelles et de croyances étrangères aux temps antérieurs à la restauration du peuple d’Israël, à Jérusalem, par Esdras et Néhémie. Dieu est toujours ce Dieu fort et jaloux ', qui fait des fléaux les instruments de sa vengeance *. La récompense du fidèle Israélite est encore une longue vie et une prospérité terrestre *. L’ancienne rudesse des mœurs n’est pas entièrement effacée : le spectacle de la ruine de son ennemi est mis au nombre des bonheurs que l’homme peut goûter sur cette terre*. L’empire des morts est toujours un lieu où régnent le repos et l’insensibilité 1 * * * 5 * ; l’homme n’est pas de la nature des immortels * ; il ne revient point du sépulcre 7 . Et cependant on voit déjà percer comme un pressentiment de la doctrine d’une autre vie, mais sous des formes tellement confuses, qu’il est bien difficile de donner un sens précis aux paroles

1 Exode, xx, 5 et 6.

1 Ecclésiastique, xxxix, 28-31.

' Ibid, xi, 14, 15; xxm, 11.

» Ibid., xxv, 7.

» Ibid., xvii, 24 et 26.

« Ibid., xvii 26.

'Ibid., xxxviii, 21.

DES DOCTRINES RELIGIEUSES DES JUIFS. 41 qui se rapportent à ce sujet Ce qui est plus digne d’attention, c’est que Jésus, fils de Sirac, cherche à faire disparaître les images anthropomorphiques employées par les anciens en parlant de Dieu. Ce n’est pas Dieu que Moïse vit face à face 1 2 ; il ne fut admis à contempler que sa gloire 3 ; et quand le livre de l’Exode (xx, 21) nous dit qu’il s’approcha de la nuée où Dieu était présent, l’Ecclésiastique se contente de faire mention de la nuée, sans ajouter que Dieu y était caché '. A voir le soin avec lequel l’auteur de ce livre cherche à bien établir que l’homme livré à ses pensées diverses se détermine librement pour le bien ou pour le mal, qu’il choisit lui-même entre la vie et la mort qui lui sont offertes, et que ce n’est pas Dieu qui le jette dans l’égarement s , on est tenté de croire que déjà l’on avait agité dans

1 Ecclésiastique, xliv, 16; comparez xux, 14, qui enlève presque toute la force probante du passage précédent; xlvi, 20; XLVIH, 9 et 11; Bruch, Weisheits-Lehre der Ilebræer, p. 309 et 310.

* Exode, xxxiii, 11.

* Ecclésiastique, xtv, 3.

» Ibid., xlv, 5.

* Ibid., xv, 11-20.

les écoles de la Judée les difficiles questions du libre arbitre et de l’origine du mal. Le nom de Satan est connu de Jésus, fils de Sirac', et quoiqu’il ne soit fait mention de lui qu’une seule fois et presque incidemment, on comprend qu’il est regardé comme le père du péché et de la malédiction.

Le point le plus remarquable de l’Ecclésiastique est le développement qu’a pris l’idée de la sagesse. Le tableau qui en est tracé 1 2 est évidemment une imitation de celui qu’en donne le livre des Proverbes 3 * . 11 y a cependant une différence essentielle entre le modèle et la copie. Dans l’un et dans l’autre , la sagesse est antérieure à la création * ; mais dans les Proverbes, elle assiste en spectatrice, ou tout au plus en conseillère, à la production de l’univers 5 , tandis que dans l’Ecclésiastique, elle crée elle-même toutes les choses 6 . Faut-il voir dans les

1 Ecclésiastique, xxi, 27.

* Ibid., xxiv, 3 et suiv.

* Proverbes, viii, 22-31.

* Proverbes, vin, 22-26 ; Ecclésiastiq., xxiv, 9.

s Proverbes, vin, 17-30.

« Ecclésiastique, xxi, 5-7. On a voulu voir dans ce passage un souvenir de Psauvie, xxxm, 6. On ne peut mécon-

paroles de Jésus, fils de Sirac, une prosopopée poétique? ou bien regarde-t-il la sagesse comme une hypostase, comme une première émanation de la divinité, comme un Dieu second, ainsi que s’exprime Philon? Il est difficile de se prononcer; les critiques sont loin de s’entendre. Mais c’est un fait certain que la personnification de la sagesse est plus hardie, plus fortement dessinée dans l’Ecclésiastique que dans les Proverbes.

Enfin, il est un trait qui nous découvre la profondeur des modifications qui s’étaient déjà produites dans la manière de penser et de vivre de la nation juive. Tandis que dans la période hébraïque, une famille nombreuse était regardée comme le signe le plus certain de la bénédiction divine et était le vœu le plus ardent de l’Israélite', Jésus, fils de Sirac, a été conduit à d’autres désirs, peutêtre par les malheurs du temps. Il a vu que les générations nouvelles étaient faciles à se laisser entraîner au mal , et il est resté convaincu qu’il n’est pas toujours bon d’avoir beaucoup d’enfants.

naître cependant une profonde différence entre l’idée du psaluiiste et celle de Jésus, fils de Sirac.

1 Psaume, evu, 41; cxxvu, 3-5; cxxviii. 3, etc.

hlx DES DOCTRINES RELIGIEUSES DES JUIFS.

« Nedésire pas, dit-il, unefainille nombreuse. 11 est plus heureux de mourir sans enfants que d’en avoir d’impies'. »

La Mischna a conservé quelques maximes des docteurs de la loi antérieurs à l’époque des Maccabées 1 2 . Ces sentences ne suffisent pas sans doute pour nous faire connaître d’une manière satisfaisante l’enseignement qui se donnait alors dans les écoles de la Palestine. Mais elles nous en dévoilent du moins les tendances et la nature; elles nous apprennent l’importance extrême qu’on attachait à l’étude et à l’explication de la loi. L’esprit général de la science juive de ce temps est nettement empreint dans ces trois préceptes que la tradition attribue aux membres de la grande synagogue : « Soyez circonspects dans vos jugements; formez beaucoup de disciples ; et faites une haie à la loi. » La circonspection qui est ici recommandée aux docteurs de la loi se rapporte peutêtre autant à leur interprétation des écrits de Moïse qu’à leurs décisions dans les affaires litigieuses

1 Ecclésiastiq., xvi, 1-3.

* Pirke Abboth, ch. 1.

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