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celle du peuple tout entier, et des prescriptions nouvelles que l’on déduisait de la loi comme des conséquences nécessaires. A ces interprétations qui, en traçant une haie autour de la loi, en traçaient une encore plus infranchissable entre les enfants d’Israël et les Grecs, il opposait la simplicité des croyances antiques et en appelait de l’école à Moïse. En abjurant ses antécédents fâcheux, il n’avait pas cependant renoncé à son amour pour le pouvoir. On le voit assidu auprèà des Hérodes, comme il l’avait été, quand les circonstances l’avaient permis, auprès des faibles successeurs des héroïques vengeurs de la nationalité juive '.
Quiconque a quelques notions de l’histoire des Juifs aura compris, sans aucun doute, que ces traits ne peuvent convenir qu’aux sadducéens. Le sadducéisme, en effet, n’est pas autre chose que la continuation, sous une forme plus modérée et avec un caractère plus réservé, de l’ancien parti grec. Cette origine se trahit déjà à ses tendances qui sont les mêmes et à ses doctrines négatives qui ne peuvent pas avoir une autre source. Les traditions
1 Josèphe, Antiq., xm, 18.
DES DOCTRINES RELIGIEUSES DES JUIFS. 69 juives viennent d’un autre côté confirmer ces inductions et leur donner l’appui de l’histoire.
C’est une opinion généralement reçue parmi les anciens docteurs de la Mischna, que le sadducéisme dérivait de Tsadoc*. Or, ce Tsadoc fut le disciple d’Antigone de Soccho, de ce docteur de la loi qui, le premier parmi les Juifs, et le seul parmi les docteurs de la Mischna, est connu scus un nom grec, le premier qui ait incliné vers la culture . grecque et préparé les voies au parti grec, si funeste à. Israël. 11 est peu probable que Tsadoc ait été le père du sadducéisme. La tradition juive n’a fait qu’obéir à une des lois les plus générales de la formation de la légende, en voulant rattacher à un homme une manifestation historique qui se forma naturellement sous l’action de circonstances particulières. Mais on peut croire que le choix qu’elle lit de Tsadoc fut moins provoqué par l’analogie lointaine du nom de ce docteur avec celui de sadducéen , que par le souvenir de l’origine grecque de ce parti.
1 Othonis Lexicon rabb., p. 57 et 580; Bartolocci., lli blioth. magna rabbin., 1. 1 , p. 376 et sui v.*
Tout nous ramène ainsi à voir dans le sadducéisme la continuation de l’ancien parti grec. Opposé, comme lui, à tous les mouvements de l’esprit national, soit en religion, soit en politique, il se , composait aussi d’hommes riches', distingués par l’éducation et par la probité qui vont d’ordinaire avec la fortune, mais durs et sévères pour les faiblesses humaines et formant encore sous ce rapport un contraste marqué avec les pharisiens qui recommandent partout la circonspection et l’indulgence envers les accusés. Peut-être, si l’on avait quelque bonne raison de faire dériver le nom sous lequel ils sont désignés du mot Tsadick (p'HSî Juste ) s , on pourrait supposer qu’ils avaient pris prétexte de leur sévérité même pour se décerner à eux-mêmes le titre de justes, cpmme en d’autres lieux et en d’autres temps il s’est trouvé des hommes qui, par opposition aux classes inférieures auxquelles la misère et l’ignorance donnent des mœurs souvent repoussantes, ont cru pouvoir se parer du nom d’honnêtes gens. Mais le mot Tsadik n’ offre
i Josèphe, Antiq,, xvm, 1, 4.
» Epiphane, Hœres, i, 14.
DES DOCTRINES RELIGIEUSES DES JUIFS. 71 pas une meilleure étymologie que Tsadoc, et l’origine du nom de Sadducéen n’est pas encore expliquée.
On sait quels étaient les principes religieux de ce parti. 11 n’admettait ni la doctrine de l’immortalité de l’âme ni celle de la résurrection des corps, ces doctrines n’étant pas enseignées par Moïse. Il repoussait également celles que les docteurs de la loi avaient greffées sur l’antique hébraïsme et celles qu’ils avaient tirées par des inductions plus ou moins légitimes des déclarations contenues dans les livres saints, entre autres l’angélologie et la démonologie des écoles pharisiennes. Les espérances messianiques trouvaient dans les sadducéens des adversaires d’autant plus décidés, que ces hommes, toujours disposés à soutenir quand même tout pouvoir établi, pourvu qu’il sût garantir la tranquillité publique, savaient par expérience que l’attente du Messie était le plus actif ferment d’émotions populaires en Israël. Leurs sentiments moraux les portaient à insister fortement sur la responsabilité humaine et par conséquent sur le libre arbitre. Par une suite naturelle de cette tendance, sieur foi en la Providence était très-faible, et san
prendre garde qu’ils se mettaient en opposition flagrante avec les antiques documents mosaïques dont ils reconnaissaient cependant l’autorité en matière religieuse, ils étaient portés à bannir de cc monde toute action directe et immédiate de Dieu
Les sadducéens ne formaient pas une secte dans le sens propre du mot. Ils ne se séparaient pas de la vie commune de la nation ; ils prenaient part au culte public; ils comptaient même des prêtres dans leurs rangs. Ils étaient un parti dans l’État et dans la synagogue et non une école dissidente. Mais on comprend que leur tendance religieuse négative ne pouvait contribuer en rien au développement théologique que nous étudions ici. Tout au plus leur opposition systématique put-elle être un nouvel aiguillon pour les docteurs de la loi qui durent plus d’une fois se trouver obligés de concentrer leurs forces pour les combattre.
Les pharisiens furent au contraire les représentants de la religion et des sentiments de l’immense
1 Josèphe, Antiq., xill, 5, 7; 10, 6; xvm, 1, 4; xx, 9, 1; Guerre des Juifs, il, 8, 14; Matth., ni, 7; xii, 38; xv, 3; xvi, 1, 5, 6; xix, 3; xxii, 23, 34; Luc., x, 25; xx, 27 ; Actes, IV, 1 ; v, 17; xxil, 6.
DES DOCTRINES RELIGIEUSES DES JUIFS. 73 majorité des Juifs de la Palestine. Ils ne formaient, comme on le dit communément, ni une secte', ni un parti dans la nation. Ils étaient en politique ce qu’on appellerait dans le langage moderne les patriotes, et en religion les orthodoxes. Ils régnaient sans contestation dans les écoles de la Palestine ; ils y continuaient l’œuvre nationale, en la consolidant et en en tirant toutes les conséquences légitimes 1 * 3 .
Quels sont et l’origine et le sens primitif du mot Pharisien? Problème difficile, qui n’a pas encore reçu de solution satisfaisante. L’opinion la plus ancienne et la plus répandue le fait dériver d’une ra-
1 On ne peut prendre à la lettre ni le nom de sectes que Josèphe donne aux pharisiens, aux sadducéens et aux esséniens, ni la comparaison qu’il fait de ces trois classes de Juifs avec les écoles grecques des stoïciens, des épicuriens et des pythagoriciens. Deux motifs portèrent 1 historien juif à adopter cette manière de parler. Il crut d’un côté quelle serait mieux comprise des Grecs pour lesquels il écrivait et auxquels cette classilication offrait une idée claire. Il fut bien aise d’un autre côté de leur donner à entendre que sa nation pouvait se glorifier aussi bien que celle des Grecs d’avoir cultivé la philosophie. Cette petite vanité nationale l'a trop souvent égaré.
* Reuss, Ilist. de la Théol. chrét. au siècle apostolique,
t. i, p. 72 et 73.
cine hébraïque (^B) qui signifie séparés; dans cette hypothèse, les pharisiens auraient été ainsi désignés, parce qu’ils étaient séparés, distingués des autres Juifs par leur piété. Cette étymologie est d’autant moins probable que, loin de se séparer du reste du peuple, les pharisiens prétendaient en être les véritables représentants, et il est incontestable qu’ils furent l’expression la plus fidèle de l’esprit du judaïsme tel qu’il se développa depuis la restauration de la nation juive. Elle reçoit, il est vrai, une espèce de sanction des Évangiles qui les représentent comme des hypocrites, cherchant à s’attirer le respect par l’étalage d’une piété apparente et de mauvais aloi. Mais ce n’est pas sous ces couleurs défavorables que l’histoire nous les montre dans les temps antérieurs. Les pharisiens, à l’époque de la naissance du christianisme, avaient, au milieu de la décadence générale des caractères et des esprits, dégénéré des vertus de leurs pères. 11 y avait cependant encore, parmi eux d’honorables exceptions ; les livres du Nouveau Testament en font foi* , et leur nom était encore respecté, non-seule-
1 Jean , m, 1; Actes! v, 24; xv, 5.
DES DOCTRINES RELIGIEUSES DES JUIFS. 75 ment parmi les Juifs, mais encore parmi ceux des chrétiens qui combattaient le plus vivement leurs tendances religieuses
11 est également difficile de préciser l’époque à laquelle ce nom commença à être usité. Mais il est incontestable que le phariséisme remonte trèshaut. La tendance qui le caractérise est celle qui présida à la restauration du peuple juif et qui distingue le judaïsme de l’antique hébraïsme 1 2 . A quelque moment et pour quelque motif qu’on les ait désignés du nom sous lequel nous les connaissons, les pharisiens furent les continuateurs de l’œuvre d’Esdras et de Néhémie. En commentant la loi pour l’appliquer aux formes nouvelles de la vie sociale, ils créèrent cette tradition orale qui s’étendit peu à peu et qui fut plus tard recueillie dans le Talmud. Par la marche même des choses, la religion mosaïque, qui était en même temps une législation, devint entre leurs mains un amas de préceptes qui, enchaînant chaque acte de la vie, ne laissèrent plus de place à la spontanéité humaine.
1 Actes, xxiii, 6; Philip., ni, 5.
1 Winer, Biblisches Real Lexicon, t. h, p. 290.
76 DES DOCTRINES RELIGIEUSES DES JUirS.
La lettre tua l’esprit et la vie du pieux israélite se trouva enfin métamorphosée en une sorte d’automatisme moral.
Mais ils ne furent, dans cette œuvre déplorable, que les fidèles successeurs des chefs de la restauration d’Israël. Ceux-ci n’avaient pas fondé la nouvelle nationalité juive sur des principes généraux ; ils ne lui avaient donné pour base que la stricte observation d’un code de lois. La jurisprudence devait donc prendre la place de la morale, et l’obéissance extérieure et passive rendre superflue l’inspiration du sentiment intime. C’est ce qui ne manqua pas d’arriver, et c’est ce qui se produira chaque fois qu’une religion révélée, au lieu d’être développée dans un sens spiritualiste, conforme à ce qu’elle présente de plus idéal, comme les prophètes essayèrent de le faire pour le mosaïsme, tombera entre les mains de casuistes littéralistes et minutieux qui la transformeront en une réglementation rigide des consciences.
Une transformation était cependant inévitable. Par sa forme même, la révélation mosaïque n’était propre qu’à un peuple enfermé dans de certaines limites du développement intellectuel. Une fois que
DES DOCTRINES RELIGIEUSES DES JUIFS. 77 ces limites étaient dépassées, cette révélation n’avait plus de raison d’être et son autorité était ruinée. Une révélation nouvelle, ou, si l’on aime mieux, une nouvelle forme religieuse devenait nécessaire. Mais on ne se dépouille pas facilement des croyances de ses pères. Les Juifs, par un sentiment respectable, quoique erroné, s’obstinèrent à garder une loi qui ne répondait plus à leur état social, et cette loi, dont le souffle de la vie avait disparu, se changea forcément en une lettre morte, en une réglementation morale qui se chargea chaque jour de prescriptions nouvelles et de plus en plus minutieuses.
L’erreur des pharisiens, quelque énorme qu’elle puisse être, ne saurait cependant obscurcir les services réels qu’ils rendirent à la nation juive. S’ils s’égarèrent dans une théologie abstruse et souvent puérile et dans une casuistique fatale à la liberté morale et au véritable déploiement de l’esprit, ils restèrent toujours les amis dévoués de l’indépendance nationale. Sans autre prestige que celui de leur connaissance de la loi, ils eurent assez d’influence sur leurs compatriotes pour entretenir parmi eux l’amour de la liberté, pour les entraîner
même à des luttes monstrueusement inégales. Ils furent avec les Maccabées contre le puissant empire des Séleucides. Ils ne craignirent pas d’appeler le peuple à la résistance contre l’empire bien autrement puissant de Rome, et quand le Temple fut détruit et Jérusalem en cendres, ils continuèrent, pendant près d’un siècle encore, à rassembler les débris épars d’Israël et à courir avec lui, sur les pas de quelque nouveau Messie, à une mort certaine.
Ils rendirent à leur nation un service bien autrement signalé, en la mettant en état de pouvoir traverser, sans y périr tout entière, les terribles vicissitudes qui l’ont assaillie jusqu’aux temps modernes. Les maîtres des écoles pharisaïques ne prévoyaient pas sans doute la portée de leur œuvre ; ce n’est pas moins à elle qu’est dû un des plus étonnants phénomènes de l’histoire , un peuple dispersé sur la face de la terre et maintenant son individualité au milieu des circonstances les plus propres à l’anéantir. M. Philippson, dans un livre qui renferme les aperçus les plus ingénieux à côté des assertions les plus hasardées, fait remarquer avec raison que le Talmud créa pour le judaïsme,
DES DOCTRINES RELIGIEUSES DES JUIFS. 79 à la place de la Palestine perdue, une nouvelle Palestine spirituelle qui offrait les grands avantages, qu’on n’y pouvait être troublé par les peuples voisins, qu’il était impossible d’y rien perdre, et qu’on la portait partout avec soi Cette patrie spirituelle qui devait consoler de la perte de la patrie réelle, les Juifs la durent aux docteurs de la loi, qui en posèrent les bases et qui lui donnèrent ses premiers développements. Cette haie que depuis la restauration d’Israël on travailla à élever autour de la loi et par suite autour de la vie morale de l’Israélite, cette haie fut si solidement établie, que le Juif, perdu au milieu des peuples les plus divers, seul contre tous, dépouillé, persécuté, torturé, ne s’est jamais laissé entamer par les milieux différents dans lesquels il a vécu. Le Franc, le Gaulois, le Germain, le Grec, ont fini par se fondre ensemble ; le Juif n’a jamais été absorbé. C’est qu’entre lui et le reste du monde s’élevait cette minutieuse réglementation morale qui préservait son for intérieur de tout contact étranger, et cette réglementation
* Le développement de l’idée religieuse dans le judaïsme, le christianisme et l'islamisme, parle docteur L. Philippson, trad. par L. Lévy Bing, p. 266 et 267.
80 DES DOCTRINES RELIGIEUSES DES JUIFS, est sortie tout entière des obscurs travaux des écoles pharisaïques.
A côté des sadducéens et des pharisiens, Josèphe place les esséniens. Tous les historiens, le prenant ici pour guide, présentent ces trois fractions du judaïsme palestinien comme remontant à la même époque. Ce qui est certain, c’est que l’essénisme forme bien une véritable secte, la seule en réalité que l’on rencontre parmi les Juifs avant l’ère chrétienne. Les esséniens, en effet, s’étaient retirés de ce qui faisait le centre de la vie juive, du culte célébré dans le Temple, auquel ils ne prenaient pas de part direefe. Ils avaient une organisation religieuse propre, des cérémonies particulières, des règlements qui n’appartenaient qu’à eux, enfin des doctrines qu’il était interdit de divulguer au dehors. C’est bien ici une secte dans le sens le plus rigoureux du mot.
L’essénisme est un problème historique encore non résolu. On ne sait ni quelle fut son origine, ni à quelle époque il naquit, ni quand et comment il cessa d’exister. Ses doctrines ne soulèvent pas de difficultés moins considérables. De toutes les hypothèses sur son origine, la plus faible, la moins
probable, est celle qui le fait dériver de la philosophie grecque, du pythagorisme, entre autres, ainsi que le prétend M. Lutterbeck Par quelle voie la philosophie pythagoricienne aurait-elle pénétré dans la Palestine? On ne saurait l’expliquer. Rien n’est moins certain que la ressemblance qu’on prétend trouver entre l’association pythagoricienne et la secte juive. 11 s’agit ici de deux faits également obscurs et encore mal connus, et il pourrait bien en être des analogies qu’on signale entre eux comme de celles que l’œil du voyageur croit reconnaître entre deux édifices lointains et plongés dans le brouillard du matin. Que d’impossibilités dont cette hypothèse ne tient pas compte ! Cent ou cent cinquante ans avant l’ère chrétienne, époque à laquelle on peut avec quelque vraisemblance placer la naissance de l’essénisme, on ne voit nulle part d’école pythagoricienne 1 2 . Ce n’est que vers le temps de Philon que reparaît cette philosophie 3 ; mais le nouveau pythagorisme n’a probablement de com-
1 Die neutestamentl. Lehrbegriffe, t. i, p. 275 etsuiv.
J Ritter, Histoire de la philos, anc., trad. franc., t. i. p. 308etsuiv.
s llilter, ibid., t. iv, p. 401 et suiv.
8‘2 DBS DOCTRINES RELIGIEUSES DES JUIFS, mun avec l’ancien que quelques formules et quelques symboles que la tradition avait conservés, et qui reçurent alors un autre sens. C’est cependant avec ce pythagorisme nouveau, si différent de l’ancien, que l’on compare l’essénisme, pour en conclure qu’il s’est formé sous l’action de l’antique école pythagoricienne. Il est inutile de s’arrêter plus longtemps sur une hypothèse aussi dénuée de fondement.
On est tout aussi peu fondé à- faire sortir la secte essénienne de la philosophie juive alexandrine. Il n’est pas un seul fait par lequel on puisse établir la réalité d’une action quelconque du judaïsme alexandrin sur le judaïsme palestinien. Il est incontestable que la théosophie de Philon n’est pas sans analogie avec la théosophie essénienne. Mais que peut- on conclure de cette ressemblance? Ce n’est pas certainement le philonisme qui a produit l’essénisme, plus ancien que lui ; et si l’on veut lui donner pour origine la philosophie alexandrine antérieure à Philon, on ne trouve plus de proportion entre la cause et l’effet ; il y a dans la secte essénienne une foule d’éléments absolument inconnus h la Sapience et à Aristobule.
DES DOCTRINES RELIGIEUSES DES JUIFS. 83 On en appelle, il est vrai, aux thérapeutes, et l’on prétend avec Philon que Pessénisme n’est qu’une forme particulière de la théosophie de ces solitaires d’Égypte. Rien de moins vraisemblable que cette filiation. Aucun fait ne peut faire croire que les thérapeutes aient cherché à faire des prosélytes autour d’eux, encore moins dans la Palestine. Mais il y a plus : il est facile de remarquer entre les solitaires égyptiens et les esséniens des différences tellement prononcées qu’il est impossible que les uns aient jamais tenu aux autres par quelque lien réel. Les thérapeutes sont de vrais solitaires contemplatifs; les esséniens vivent en communauté et se livrent au travail manuel. Il n’y a point de hiérarchie parmi les premiers; quand ils se réunissent, ils se rangent d’après l’ancienneté d’entrée dans la vie contemplative; chez les seconds, au contraire, la hiérarchie est des plus sévères; l’initié d’un degré supérieur se souille au contact d’un initié d’un degré inférieur. Parmi les thérapeutes la perfection est accessible aux âeux sexes; des femmes se livrent aussi à la vie contemplative; elles se joignent à leurs frères les solitaires pour célébrer en commun les mystères