‹ Des doctrines religieuses des juifs pendant les deux siècles antérieures à l'ère chrétienneChapitre 18 sur 56 · HO DES DOCTRTNPS RELIGIEUSES DES JUIFS · texte numérisé non relu

HO DES DOCTRTNPS RELIGIEUSES DES JUIFS

lem, emmena à Alexandrie en 312 avant l’ère chrétienne. Gette colonie ne tarda pas à s’augmenter par des émigrations volontaires Les Juifs alexandrins obtinrent les mêmes droits que les Grecs, et leur nombre S'accroissant par la prospérité, ils s’étendirent plus tard jusqu’à Cyrène et peu à peu dans le nord de l’Afrique, ainsi que vers l’Éthiopie.

A peu près à la même époque, on vit s’établir un grand nombre de Juifs dans tous les grands centres de population, partout où s’était étendue la domination macédonienne. Ce qui contribua le plus à les y attirer et à les y acclimater, ce fut l’attrait du négoce. « L’esprit commercial, inné à tous les peuples de race sémitique, avait été longtemps comprimé, chez les Israélites, par leur position défavorable sur le plateau de Canaan, loin des grandes routes du commerce de l’antiquité, et tout à coup il rencontra pour son industrieuse activité un théâtre vaste et brillant sur les plus grands marchés du monde, qui paraissaient créés exprès pour lui, et loin desquels le particularisme ombrageux des pharisiens cherchait en vain à les retenir. La vie d’a-

i Josèphe, Antiq.y xn, 1.

DES DOCTRINES RELIGIEUSES DES JUIFS. 111 griculteur que ses prophètes lui avaient tant recommandée, qu’ils lui avaient imposée presque contre son gré, et à laquelle il avait dû s’assujettir dans une patrie séparée de l’Océan et murée par des déserts, il l’abandonna avec joie pour ne plus y revenir. Une fois armé du crayon du banquier, il ne se sentait plus de goût pour la charrue '. »

Ce changement d'existence aurait suffi pour modifier leurs idées. Une circonstance particulière hâta le mouvement. Dans leurs nouveaux établissements, les Juifs se rencontrèrent avec les Grecs qui, de leur côté, avaient été attirés par la politique des successeurs d’Alexandre. Les relations inévitables qu’ils eurent avec la civilisation hellénique exercèrent nécessairement sur eux une impression profonde. Dans ce nouveau milieu , ils changèrent de langue, comme ils avaient changé de manière de vivre, ou pour mieux dire, leur nouvelle manière de vivre les obligea d’adopter la langue usitée autour d’eux. Des négociants devaient entendre et parler l’idiome de ceux avec lesquels ils avaient à traiter. Us s’approprièrent donc

> Reuss, ibid., 1. 1 , p. 101 et 102.

la langue grecque pour l’usage de la vie commune ' d’abord et ils arrivèrent bientôt à ne plus pouvoir s’en passer dans les autres sphères de la pensée '.

Il devint alors nécessaire de traduire-en grec les livres de la loi. Ce besoin se fit sentir principalement à Alexandrie, où la masse des Juifs était plus considérable que dans aucune autre des villes grecques. La célèbre version des Septante n’a pas d’autre origine. Quoi qu’en disent les légendes inventées par les Juifs alexandrins pour en relever l’autorité, elle ne fut faite que pour mettre la loi à la portée des israélites qui avaient oublié la langue sacrée 2 . Ce ne fut que plus tard que les autres livres de l’ancienne alliance furent traduits en grec. La traduction du Pentateuque, la seule partie indispensable au culte public et à l’instruction du peuple, fit naître ensuite la pensée et le désir de traduire tout le reste de l’Ancien Testament.

L’existence de cette version est une preuve convaincante de l’attachement que les Juifs alexandrins conservèrent pour la foi de leurs pères. Partout où

1 Reuss, ibid., t. i, p. 104.

2 Munk, la Palestine, p. 187.

DES DOCTRINES RELIGIEUSES DES JUIFS. 113 les Israélites se trouvaient en nombre suffisant pour constituer une communauté religieuse, leur premier soin était de fonder une synagogue. Ni les préjugés et les préventions des masses, ni le mépris des classes éclairées ne purent les détourner de leurs croyances. Ils réussirent à convertir des païens au monothéisme 1 ; aucun d’eux ne se décida à faire fumer un encens sacrilège sur les autels des dieux de la Grèce.

Mais si le monothéisme ne courait aucun danger parmi les Juifs hellénistes, il ne pouvait se faire que leurs conceptions religieuses ne prissent une direction différente de celle qui régnait dans la Judée. Loin de leur patrie et des opinions séculaires qui s’y étaient formées, au milieu de nations accoutumées à un courant d’idées différent, dans des villes populeuses où les croyances, les langues, les mœurs les plus diverses venaient chaque jour se rencontrer, se heurter, se mêler, où la nature des choses amenait ou favorisait du moins un mouve-

i Le nombre des païens qui inclinaient plus ou moins vers le judaïsme était fort considérable à l'époque de la naissance du christianisme, et c’est parmi eux que la religion nouvelle obtint ses plus brillants succès. Reuss, ibid., t. i, p. 107-109.

114 DES DOCTRINES RELIGIEUSES DES JUIFS, ment de fusion et d’assimilation, où, pour ainsi dire, un courant d’air plus libre tendait à balayer les lourdes vapeurs des préjugés locaux, les Juifs hellénistes étaient amenés à ouvrir leur esprit à des idées nouvelles, généreuses, cosmopolites, tout à fait étrangères à leurs frères de la Palestine, que tout retenait dans le cercle étroit de leurs habitudes nationales'.

A Jérusalem, tout élément étranger se présentait en ennemi. Le sentiment général le repoussait comme une impiété et comme une menace à la religion établie par' Dieu- lui-méme. Au contraire, les Juifs répandus parmi les nations de l’Europe, de l’Égypte et de l’Asie mineure étaient forcés de reconnaître qu’ils étaient eux-mêmes les étrangers, qu’ils devaient s’accommoder de la présence des païens comme on s’accommodait de la leur et qu’ils n’avaient pas le droit de s’attribuer une suprématie qu’on n’était d’ailleurs nullement disposé à leur accorder. Le spectacle d’une civilisation supérieure dans les arts, dans les lettres, dans les sciences, dans toutes les sphères de la vie sociale,

1 Reuss, ibid., t. i, p. 109.

DES DOCTRINES RELIGIEUSES DES JUIFS. 115 devait finir par bannir de leur pensée l’étroit exclusisme qui régnait dans la Judée, et tout en restant plus fortement convaincus de la grandeur et de la vérité de leur religion, ils ne pouvaient s’empêcher d’avouer qu’ils avaient beaucoup à apprendre de ces hommes, que leurs frères de la Palestine, dans leur naïve ignorance, ne considéraient que comme des pécheurs 1

Dans la Terre Sainte, la routine, la répétition uniforme du culte, l’absence de toute opposition tendaient inévitablement à transformer la religion en un pur formalisme et à l’identifier avec les cérémonies qui n’en sont que la manifestation extérieure. La tendance, de plus en plus prononcée, de réglementer la vie tout entière, pour la retenir plus sûrement dans la stricte observation de la loi, allait encore plus directement à étouffer le sentiment religieux et h ne faire de la religion qu’une machine gouvernementale. Ce déplorable résultat était à peu près atteint au moment de la naissance du christianisme. D’après le tableau qu’en tracent les Évangiles, les Juifs se croyaient assurés de la

Reuss, ibid., t. i, p. 110 et 111.

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