JÜES DOCTRINES RELIGIEUSES DES JUIFS
Pliilon ; la doctrine du Verbe est de beaucoup antérieure à ce philosophe. D’ailleurs, quand il emprunte une idée à la philosophie grecque, il la prend telle qu’elle est, sans se donner la moindre peine pour la fondre avec l’ensemble de ses théories, avec lesquelles elle est plus d’une fois dans une choquante contradiction. Rapportera-t-on ces modifications introduites dans la théorie platonicienne à Aristobule ou à quelque Juif inconnu du ii' siècle avant l’ère chrétienne? Mais il est impossible d’invoquer à l’appui de cette supposition un seul fait, une seule conjecture fondée sur une donnée historique. Admettons que, par impossible, on parvienne à lui donner quelque apparence de vérité ; il restera encore à expliquer comment cette doctrine, imitée de Platon, a pu passer d’une école d’Alexandrie aux Juifs de la Palestine.
Supposera -t-on que ce travail s’est fait dans les écoles de la Palestine? que les docteurs de Jérusalem, séduits par la philosophie de Platon, en ont
culture, philosophique dont on ne voit pas de traces dans leurs écrits, pas même dans la kabbale, dont les abstractions ne manquent cependant ni de subtilité, ni de profondeur.
DES DOCTRINES REUGIEUSBS DES JUIFS. 207 apporté les souvenirs dans l’interprétation des livres saints et y ont trouvé tant b en que mal, sous l’empire d’opinions préconçues, la doctrine du Verbe? Ou bien encore qu’agissant avec plus de hardiesse, ils ont profité de quelques expressions de l’Écriture pour donner une couleur bibliqjie à une théorie philosophique étrangère et pour l’introduire ainsi subrepticement dans l’enseignement de la synagogue?
De toutes les hypothèses par lesquelles on voudrait expliquer l’origine platoniciennedu Verbe, il n’en est pas de plus hasardée que celle-ci. Elle méconnaît complètement l’esprit qui a toujours présidé à l’interprétation des livres saints dans les écoles de la Palestine. Elle prête aux docteurs- de la loi des vues qui leur ont été de tout temps étrangères, des procédés qu’ils ont toujours ignorés, des desseins qu’ils n’ont jamais nourris. En partant de la supposition que la philosophie de Platon était,
non pas seulement connue, mais encore estimé^ dans la Judée, elle se met en opposition flagrante avec les faits les mieux constatés et les plus certains. Quelle part peut-on accorder dans la formation de la doctrine du Verbe, à une philosophie regardée