‹ Des doctrines religieuses des juifs pendant les deux siècles antérieures à l'ère chrétienneChapitre 30 sur 56 · DES DOCTRINES RELIGIEUSES DES JLIES · texte numérisé non relu

DES DOCTRINES RELIGIEUSES DES JLIES

par les Juifs de la Palestine comme une source d’hérésie et d’incrédulité? Que quelques docteurs de la loi aient étudié cette philosophie, on ne saurait en douter. Mais, repoussés par la masse de leurs coreligionnaires, condamnés copime des impies par les chefs de la synagogue, ils n’eurent certainement aucune action sur les développements de la théologie juive dans les écoles palestiniennes. C’est parmi les docteurs qui leur étaient opposés et qui les combattaient, parmi ceux dont le principal titre à la confiance de leurs concitoyens était l’attachement exclusif à la tradition de leurs pères et qui ne trouvaient pas une heure à donner à une autre étude qu’à celle de la loi ', que se forma cette doctrine, comme la plupart de celles qui appartiennent à cette époque; et ces docteurs étaient des ennemis déclarés de la littérature grecque, dont ils n’avaient d’ailleurs, selon toutes les probabi-

1 Le fils de Douma demanda à son oncle Israël s’il ne lui était pas permis, après avoir appris toute la loi, d’étudier la sagesse des Grecs. Celui-ci, après lui avoir cité le passage Josué, i, 8, lui dit : Cherche, je te prie, quelle est l'heure qui n’appartient ni au jour ni à la nuit, et consacre-la à l’étude de la philosophie grecque. Menachoth, fol. 99.

DES DOCTRINES RELIGIEUSES DES JUIFS. 209 lités, qu’une idée fort confuse, pour ne pns dire tout à fait erronée.

Si la doctrine du Verbe ne doit son origine ni au mazdéisme ni au platonisme, il ne reste qu’à la considérer comme un des produits de la culture juive. Et c’est bien là ce qu’elle est en effet. Elle est née dans les écoles de la Palestine, sous l’action générale des lois de la pensée humaine et par suite de la marche régulière des croyances de la famille d’Israël.

La doctrine d’un être intermédiaireentreDieu et le monde était une conséquence forcée des idées qui tendaient à dominer de plus en plus, dans les écoles de la Judée, sur la nature du principe premier; nous l’avons indiqué à la fin du chapitre précédent. Après avoir, par réaction contre les anthropomorphismes et les théophanies des antiques traditions nationales, rendu impossible tout contact

210 DES DOCTRINES HELIGI8USES DES JllFS.

directetiinmédiatde Dieu avec les choses créées, on ne pouvait maintenir la croyance du gouvernement du monde par une providence, qu’en supposant que l’ Éternel a confié ce soin à une puissance divine, ministre de sa volohté. Cette idée était imposée aux docteurs d’Israël. II ne fallait, pour l’admettre, que trouver dans leslivres de l’ancienne alliance des indications auxquelles il fût possible de la rattacher. Ces indications se présentèrent d’elles-mêmes. Dans tout état de cause, elles ne pouvaient manquer à des commentateurs qui en avaient besoin et qui, dénués d’esprit critique, ne voyaient dans les livres saints que leurs propres opinions. Ajoutez que si les enfants d’Israël n’étaient pas doués du génie philosophique qui distingua à un si haut degré le peuple grec, ils possédaient, par une sorte de compensation, cette souplesse et cette subtilité d’esprit' si utiles au théologien qui a pour unique affaire d’expliquer une révélation écrite.

11 ne manquait pas dans les livres de l’Ancien Testament d’expressions et de manières de parler

i La preuve en est écrite à chaque ligne du Taltnud, véritable chef-d'œuvre de subtilité.

DES DOCTRINES RELIGIEUSES DES JUIFS. 211 auxquelles la doctrine d’un être intermédiaire venaitse rattacher assez naturellement, et qui auraient même suffi pour la suggérer à un commentateur littéraliste. L'imagination brillante d’un desauteurs du livre desProverbesavaitdécritsous le nom de la Sagesse, un être divin produit avant la création du monde, et assistant l’ Éternel au moment où il appela à l’existence les différentes parties de l’univers '. Ce n’était là sans doute qu’une image poétique, destinée à rendre plus sensible la sagesse du Créateur. Mais un interprète littéraliste devait être entraîné à aller au delà de l’image et à voir sous l’expression figurée une réalité divine. L’entraînement était bien autrement puissant pour celui qui, regardant Dieu comme trop pur pour être en rapport immédiat avec les choses créées, avait besoin, sans peut-être s’en rendre compte à lui-même, de supposer un être intermédiaire entre le monde et le principe premier.

La description poétique du livre des Proverbes était corroborée par quelques autres expressions

* Proverbes, vm, 21-31. Jésus, tils de Sirach, imita ce passage, et donna, pour ainsi dire, un peu plus de réalité à la sagesse. Ecclésiastique, i, 1-21.

212 nus DOCTRINES RELIGIEUSES DES JUIFS, bibliques qui devaient conduire à la même conclusion. Les poêles hébreux avaient emprunté au premier chapitre de la Genèse ' une énergique expression figurée, par laquelle ils se plaisaient à peindre la grandeur de la puissance divine. Il représentaient l’armée des cieux crééepar la parole de Dieu 2 . Cette parole, ils la célébraient comme son ministre et son agent. Semblable à la pluie et à la neige, qui descendent du ciel pour fertiliser la terre, elle sort de la bouche de l’ Éternel, et elle ne revient à lui qu’après avoir produit ses heureux effets parmi les hommes 5 . C’est par elle que Dieu agit sur la nature comme sur le cœur des êtres intelligents 4 . Elle est éternelle comme lui; elle descend du ciel 5 ; elle est comme un flambeau qui éclaire et qui dirige ®, comme un feu qui purifie, comme un marteau qui brise la pierre 7 . Il y a plus; déjà même dans la Genèse cette parole est personnifiée ; elle

' Genèse, i, 3, 6, 11, 14, 20, 24, 26 et 29.

1 Psaume xxxm, 6 et 9.

* Ésaïe, lv, 10 et 11.

> Psaume clvii, 15, 18, 19.

s Psaume cxix, 89; Ésaïe, xl, 8.

• Psaume cxix, 105.

’ Jérémie, xxm, 29

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