‹ Des doctrines religieuses des juifs pendant les deux siècles antérieures à l'ère chrétienneChapitre 38 sur 56 · DES DOCTRINES RELIGIEUSES DES J U I ES · texte numérisé non relu

DES DOCTRINES RELIGIEUSES DES J U I ES

les anciens docteurs du Talmud, que les Juifs, à l’imitation de ce qu’ils virent dans la religion de Zoroastre, déterminèrent leur angélologie un peu mieux qu’elle n’était auparavant, principalement en deux points, en donnant aux légions célestes sept chefs, comme le faisaient Jes Perses et, comme eux encore, en désignant par des noms propres les anges, ceux du moins qui étaient regardés comme les intermédiaires les plus actifs et les plus importants entre le monde suprascnsible et les créatures humaines.

Quelque imparfaite que fût encore cette angélologie, elle suffisait pleinement aux Juifs de la Babylonie et de la Palestine. Ce que, dans leur tendance essentiellement pratique, ils demandaient à une théorie des êtres intermédiaires, c’était de leur laisser la conviction que tous les liens n’étaient pas rompus entre eux et la divinité,

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et qu’il y avaitdansleciel des êtres puissants qui, représentants de Jéhovah, veillaient avec sollicitude sur leurs destinées. Les Juifs d’Alexandrie et les esséniens avaient des besoins spirituels d’une autre nature. Les réalités de l’existence terrestre ne leur offraient pas le moindre intérêt; ce n’est pas à les protéger qu’ils auraient voulu rabaisser le ministère des esprits célestes. L’angélologie prit donc entre leurs mains une autre direction ; elle suivit leurs tendances spéculatives et se transforma en une théorie des puissances cosmiques. C’est surtout parmi les esséniens qu’elle paraît s’être développée avec le plus de vigueur dans ce sens.

Dans un système spéculatif sur ^production des choses, tel que celui que les expressions de Philon et de Josèphe nous autorisent à attribuer à la secte essénienne, les anges ne sont les messagers et les agents de la divinité que dans un sens figuré. En réalité, ils sont les degrés descendants de l’être, depuis sa forme la plus abstraite jusqu’à sa manifestation la plus concrète, ou, en d’autres termes, des émanations du principe premier, décroissantes en pureté, en dignité et en puissance, à mesure

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qu’elles en sont séparées par une plus grande distance. C’est ici surtout qu’il peut être question d’une véritable hiérarchie et d’êtres, par leur nature, subordonnés les uns aux autres. On sait que chaque degré de cette échelle descendante avait son nom, nom qui désignait sans le moindre doute sa place dans la série, ses rapports avec le degré précédent et avec le degré suivant, et ses fonctions dans l’ensemble du monde suprasensible. Communiquer ces noms aux initiés, c’était leur dévoiler la théorie tout entière, et l’on comprend l’ijnportance que l’on devait attacher à cette communication

Cette doctrine métaphysique, germe fécond de celle des séphiroths de la Kabbale et de celle des æons de la Gnose\ était née probablement de l’interprétation allégorique et mystique de la croyance populaire des anges. Et c’est ce qui explique pourquoi on avait conservé, pour désigner les émanations du principe premier, le nom d’ange qui leur convenait assez peu. Les esséniens, on peut le conjecturer avec la plus grande vrai-

1 Josèphe, Guerre des Juifs, n, 7, 8.

« Ewald, Geschichte des Votks Israël, t. îv, p. 208.

DUS DOCTRINES RELIGIEUSES DES JUIFS. 235 semblance, regardaient la doctrine pharisienne des anges comme la forme exotérique de leur propre théorie; ils s’estimaient sans doute les heureux possesseurs du sens spirituel et véritable d’une croyance que le vulgaire ne savait pas dépouiller de son expression métaphorique et dont il ne saisissait que la lettre.

La doctrine de Philon sur les anges est empreinte du même esprit; mais elle a une autre forme et une autre origine que celle de la secte essénienne. i.e philosophe alexandrin ne semble pas connaître l’angélologie populaire de ses coreligionnaires de la Judée ; du moins il ne parle jamais des princes des anges, Gabriel, Michaël, Raphaël, Uriel, quoique son sytème pût très-bien s’accorder avec la division palestinienne de la milice céleste en archanges et anges. On a quelque raison de croire qu’il n’avait pas d’autres données sur ce sujet que celles qu’il trouvait dans les anciens livres hébreux. Il est incontestable, dans tous les cas, que sa théorie 1 n’est qu’une détermination de l’antique

i Philon l'expose clans De Gigantibus, § 2 et suiv., où il explique allégoriquement Genèse, vi, 1-4, et dans De Som-

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