‹ Des doctrines religieuses des juifs pendant les deux siècles antérieures à l'ère chrétienneChapitre 39 sur 56 · UES DOCTRINES RELIGIEUSES UES JUIFS · texte numérisé non relu

UES DOCTRINES RELIGIEUSES UES JUIFS

croyance hébraïque au moyen du platonisme, comme l’angélologiedes Palestiniens avait été une détermination de la même croyance au moyen du mazdéisme.

D’après Philon, les anges, êtres incorporels, habitent les espaces éthérés, c’est-à-dire le lieu intermédiaire qui s’étend entre la terre et le ciel. Il ne pouvait se faire que Dieu, qui a peuplé d’êtres vivants la terre, l’eau et même le feu, eût laissé l’air vide et inhabité. Cette considération lui semble avoir d’autant plus de poids que c’est précisément l’air qui anime tout. Qu’on n’objecte pas contre l’existence de ces esprits dans les plaines éthérées, qu’on ne les aperçoit pas. Ce qui est spirituel ne tombe pas sous les sens , et on ne peut douter de la réalité de l’âme, quoiqu’elle échappe à nos organes.

Ces habitants de l’air, dont le nombre égale celui des étoiles, se divisent en deux grandes classes.

Les uns, placés le plus près de la terre, rpco-yete-

niis, i, § 22 et 23, où il explique de la même manière Genhe, xxviii, 12 et suiv.

DES DOCrRI.NES RELIGIEUSES DES JUIFS. 237 -txzci, touchent aux limites de l’humanité et peuvent s’unir à elle. Ces anges inférieurs se laissent parfois séduire par les attraits trompeurs des choses sensibles et entrent dans des corps. Ceux qui, après cette chute, réussissent à se purifier des taches que leur a imprimées le contact impur de la matière , finissent par se délivrer des chaînes de la chair et retournent dans les airs, leur patrie primitive. Ceux, au contraire, qui ne peuvent effacer les souillures du monde sensible dans lequel ils sont tombés, ne quittent plus la terre, et chacun d’eux, à la dissolution de son enveloppe matérielle, entre aussitôt dans un nouveau corps mortel '.

Les autres, habitant les régions supérieures de l’air, plus purs et meilleurs que les premiers, participent, dans une plus large mesure, des sentiments divins et sont, sous le commandement général du chef suprême de toutes choses, les directeurs, vr.apyci, de ce monde et de ses diverses vicissitudes. Les anges de cette classe sont les intelligences divines, ci zoû ôsoü Icy; i. Ils rem-

1 Qui* rerum divin. hœres,$ 13 et 14

238 DES DOCTRINES RBLIOIEU8K8 DES JUIFS, plissent nuprès des hommes l’office même de la divinité, dont ils sont comme les yeux et les oreilles. Ces messagers de Dieu, comme Moïse les appelle avec raison, transmettent les ordres du père aux enfants et font connaître les besoins des enfants ou père. Ce n’est pas qu’il soit nécessaire que Dieu, qui a tout prévu, soit averti de ce qui se passe ici-bas ; mais les mortels, qui ne peuvent s’approcher directement du terrible dominateur des choses, ont besoin de médiateurs '. Protéger les hommes vertueux, diriger les âmes dans les sentiers difficiles de la vie, telle est leur plus douce occupation. Mais ils sont aussi les exécuteurs des sentences du Très-Haut, qui réserve pour lui seul le privilège de bénir et de faire grâce *. Il est à peine nécessaire d’ajouter que, même dans les punitions qu’ils infligent aux pervers par l’ordre de Dieu, leur action est, selon Philon, toujours purement spirituelle.

Le pliftonisme est empreint dans tous les détails de cette théorie. La description de la classe infé-

> peatral xai iiaiTnxax.

* De Profugis, g 13; De cnnfuxione lingnarum, § 36.

DES DOCTRINES RELIGIEUSES DES JUIFS. 239 rieure des anges n’est qu’une reproduction des poétiques allégories de Platon sur la chute des âmes, sur la délivrance de celles qui parviennent à se purifier et sur le sort de. celles qui, toujours éprises de la matière, sont condamnées à passer par différentes formes humaines et animales La classe supérieure, celle des' médiateurs célestes, rappelle les dieux mortels du Timée. Philon s’est inspiré, dans tout ce qu’il en dit, de la théorie platonicienne des dieux contingents que le Dieu suprême a chargés de l’arrangement et du gouvernement du monde 1 * 3 .

1 Phuedrus, 72 c, 84 a, 113 a, 243 J; Mena, 81 ; Polit.

271 c; De Leyib., x,903 c.

* Timews, 39 e, 41 l>, 92 c.

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