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la morale judéo-alexandrine de celle des écoles de la Palestine, la première a une tendance universaliste, entièrement étrangère à la seconde. La Sapience reconnaît encore aux enfants d’Israël un avantage décidé sur le reste des nations. Mais cet avantage, ils le doivent moins au fait même de leur origine qu’au bonheur qui leur a été accordé de posséder la connaissance du vrai Dieu 1 . Les païens sont pécheurs, non pas parce qu’ils ne sont pas de la race d’Abraham, mais parce qu’ils sont nés dans des lieux où le vrai Dieu n’est pas connu 2 . C’est dans ce sens que l’auteur de ce livre voit dans l’idolâtrie la source du mal et de la corruption des hommes 3 .
Dans la Sapience, le particularisme juif est. considérablement adouci; il est bien plus effacé encore dans Philon , et ce qui en reste prend un caractère fort différent de celui des croyances palestiniennes. Le philosophe alexandrin ne saurait voir aucune différence native entre les hommes 4 ; leur organisa-
1 Sapience, xu, 10: xiii, 1 ; xv, 3.
1 Ibid,., xiii, 3-9.
* Ibid., xiv, 12,
* Omnes nos homines cognati sumus fr&tresque. Quœst. in Genes., II, §60.
DBS DUCTR1NKS RBLlGiBUSBS DBS JUIFS. 395 tiou est la même pour tous ; ils possèdent tous les mêmes facultés; ils sont tous appelés à la même œuvre, qui est l’affranchissement de l’âme de la prison du corps. Cette égalité d'essence et de nature est un fait si évident à ses yeux qu’il repousse avec indignation l’esclavage comme une suprême injustice 1 et le plus grand de tous les maux 2 * * . Tous les hommes sont soumis à la même loi, loi sainte qae Dieu a gravée dans nos cœurs, qui nous parle à tous par la voix de la conscience et que la raison nous fait connaître. La vertu consiste à l’observer, et non à s’attacher à une loi écrite 5 . Antérieure aux institutions politiques et aux législations diverses, qui n’ont été établies que sous son inspiration, elle a précédé également la loi mosaïque. C’est à elle qu’obéissaient les patriarches ; il n’avaient qu’elle pour docteur ; ils avaient trouvé en eux-mêmes leur propre législateur*.
i AvSfwîro; ^ùp tx yvatut SoùXo; oiSetç, De septenario, % 7 ; De spécial, legibus , S 25.
5 JltyioTov slvxt xantov Sovlî iav, Quod omnis prubus, § 8 ;
De exectalione, § 4.
* De npificio mundi, § 50.
* De Abrah § 1.
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La famille de Jacob n’a-t-elle donc aucun privilège sur les autres peuples? Philon est bien éloigné de le nier. Moïse est, it ses yeux, le père et le maître des philosophes qui se sont formés en général à son école et qui ont marché sur ses traces, et la révélation hébraïque, quand elle sera comprise dans son véritable sens, produira sur l’ensemble des hommes le même effet salutaire que la philosophie a exercé, parmi les païens, sur les esprits d’élite, auxquels elle a enseigné à connaître Dieu et à le servir, en les rendant attentifs à la voix de la conscience et aux prescriptions de la raison 1 . Les enfants d’Israël sont destinés è être les prêtres et les prophètes de la race humaine tout entière 2 . La propagation et le triomphe de la vérité leur ont été confiés. Mais ils ne pourront accomplir cette œuvre immense qu’autant qu’ils auront d’abord saisi eux-mêmes le sens spirituel de leur loi. Ils seront alors de véritables philosophes, et ils deviendront les instituteurs du monde, ré-
1 De congressu qucer. érudit., % 14 ; Deopif. mundi, $$ 17; De posteritate Caini, § 30.
1 E&voî o pot Joxst Tijv îiitip «jrstvTOf àvbpùi rwu yivovc l:pua\ivnv xai jrpoyijTstav De Abrah., § 19.
DES DOCTRINES RELIGIEUSES DES JUIFS. 397 pandant autour d’eux la science et la sainteté, inspirant au reste des hommes les sentiments de piété qui les animeront et les conduisant par leur exemple et leur enseignement à la perfection suprême
Sous quelle influence s’est formée cette morale spiritualiste qui contraste si fortement avec la morale juridique du pharisaïsme? Deux circonstances ont surtout contribué à sa naissance. C’est d’abord la philosophie grecque qui, ouvrant aux Juifs d’Alexandrie le domaine de la raison pure, les conduisit à chercher sous la lettre de la loi des idées morales analogues à celles des Platon, des Aristote et des stoïciens. C’est ensuite leur éloignement de la mère-patrie. Non-seulement les- Juifs, dispersés parmi les Grecs, vivaient en dehors du mouvement des écoles palestiniennes, dont le bruit arrivait rarement jusqu’à eux; mais encore, par la force des choses, ils échappaient à une foule de prescriptions légales, par exemple, à toutes celles qui concernaient le culte lévitique et à la plupart de celles qui réglaient les rapports so-
i Deprœm. et pan., § 18.
398 DES DOCTRINES RELIGIEUSES DES JUIFS, ciaux tels qu’ils étaient établis dans la Palestine. Par suite de ces deux faits, la religion nationale se dépouillait à leurs yeux de ses formes concrètes et leur apparaissait comme une image idéale, poétique, abstraite, qui ne pouvait se présenter aux habitants de la Judée, sans cesse préoccupés du côté cérémoniel et légal de leurs traditions sacrées. De là la tendance spiritualiste qui domine dans leurs conceptions morales, tendance qui d’ailleurs est empreinte, ainsi qu’on l’a vu, dans l’ensemble de leurs doctrines religieuses et qui constitue le véritable caractère du judaïsme alexandrin.