DES DOCTRINBS RELIGIEUSES DES JUIFS
la farhille d’Israël. On croirait se trouver en présence d’un peuple nouveau. Le nom sous lequel il est désigné désormais n’est pas celui que portaient ses aïeux. Avant la captivité de Babylone, les enfants de Jacob s’appelaient les Hébreux ; après; ils s’appellent les Juifs. Mais c’est surtout l’esprit, les croyances, les tendances religieuses et morales qui ont subi une profonde modification. Le mosaïsme qui, dans la période hébraïque, n’avait jamais été accepté franchement par In nation, s'est maintenant incarné en elle; et cette loi, continuellement violée par l’IIébreu, est devenue pour le Juif la seule règle à laquelle il veut conformer sa vie tout entière.
Le nouveau nom sous lequel le peuple d’Israël sera désormais désigné est d’une explication facile : son origine est connue. Les colonies qui , après l’édit de Çyrus, rentrèrent dans leur patrie et relevèrent les murs de Jérusalem et du Temple, se composaient uniquement de familles qui appartenaient à l’ancien royaume de Juda, et, pour la plupart, à la tribu de ce nom. Il arriva de là que les noms de Juda, de Judaïsme, de Juif, se lièrent intimement au nouvel ordre de choses. Une fois consacrés par l’usage, ils s’étendirent dans la même
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proportion que la sphère d’action du premier noyau établi à Jérusalem, et ils finirent par devenir communs à la nation tout entière
Pour expliquer la transformation religieuse de la famille d’Israël, il est nécessaire d’entrer dans des considérations plus étendues. Cette transformation ne s’accomplit pas en un moment. Elle passa par diverses phases successives avant d’atteindre toute sa perfection.
C’était naguère encore une opinion généralement reçue qu’Israël était devenu un peuple nouveau pendant la captivité de Babylone, et que la première colonie qui retourna à Jérusalem, sous la conduite de Zorobabel, apporta déjà avec elle les sentiments et les croyances qui ont depuis régné parmi les Juifs. Rien de plus faux que cette hypothèse. Elle repose d’abord sur une impossibilité. Ce n’est pas dans l’espace d’une ou de deux générations qu’un peuple se refait tout entier, si l’on peut ainsi dire. On admet d’ailleurs ici des influences qui n’ont pu ou produire l’effet qu’on leur
1 Reuss, Histoire de la théologie chrétienne au siècle apostolique, 1 . 1 , p. 62 et 66.
DES DOCTRINES RELIGIEUSES DES JUIFS. 5 attribue, ou s’exercer en ce moment. Voudrait-on parler des Chaldéens? Mais leur polythéisme, qui paraît avoir été un culte des astres, ne pouvait aider les Israélites à comprendre le mosaïsme. Que pouvaient d’ailleurs les déportés du royaume de Juda accepter d’un vainqueur odieux', dont le nom est resté dans la langue du Talmud comme un terme injurieux? Voudrait-on parler dcs*Perses? Il est certain que les croyances persanes exercèrent une action sur les conceptions religieuses d’Israël, mais à une époque de beaucoup postérieure à celle de Zorobabel. Deux ou trois ans après la prise de Babylone par Cyrus, les Israélites commencèrent à reprendre le chemin de leur patrie; comment auraient-ils pu, dans un si court espace de temps, s’imprégner des doctrines mazdéennes? Voudrait-on attribuer le changement de sentiments à un travail intérieur? On serait ici sur un terrain plus solide. Sans doute, il y eut un travail intérieur au milieu des Israélites déportés sur les bords de l’Euphrate ; mais il n’eut pas les proportions qu’il faudrait lui donner dans l’hypothèse
Jérémie, xxv, 12; Psaume r.xxxvn, 8 et 9.
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que nous combattons. 11 commença le mouvement qui se continua pendant longtemps ensuite dans les écoles de la Palestine, et probablement aussi dans celles de la Babylonie; il le commença, disons-nous; il l’aurait poussé jusqu’à sa dernière limite, s’il fallait admettre que les Juifs rapportèrent avec eux, en revenant de l’exil, toute la théologie qui appartient à la synagogue et qui fut J’œuvre des siècles suivants.
Mais qu’est-il nécessaire de s’arrêter à prouver l’impossibilité de cette hypothèse? 11 suffit de montrer qu’elle est en complète opposition avec les faits les plus certains. Le tableau que les livres d’Esdras et de Néhémie nous tracent de l’état moral et religieux des Juifs dans la Palestine, un siècle environ après leur retour de l’exil, nous les montre fort différents de ce qu’ils furent deux siècles plus tard, Ils ont entendu parler de la loi mosaïque; ils sauvent qu’elle doit, être leur règle ; mais ils n’en connaissent pas le contenu. Ses prescriptions les plus positives sont constamment violées, sans qu’on se doute qu’on transgresse la législation nationale. L’usure, interdite par Moïse, s’exerce avec ce caractère d'odieuse cruauté qu’elle prend plus parti-