‹ Des donations entre-vifs et des testaments, ou, Commentaire du titre II du livre III du Code Napoléon (volume 2)Chapitre 13 sur 247 · Quid dans le cas du suicide du testateur · texte numérisé non relu

Quid dans le cas du suicide du testateur

508. Le testament olographe n'est point à l'abri des attaques

pour démence, captation, suggestion, etc.; — seulement il laisse supposer, à raison de sa forme, une plus grande capacité dans le testateur qui l'a écrit, et il rend ainsi la preuve contraire plus difficile.

445. L'art. 901 embrasse dans sa disposiiion les donations entre-vits et les testaments. Il est d'une extrême importance ; il joue un grand rôle devant les tribunaux. c .

. ou A^iTAB II (aet. 90 1). 25

Remarquons d'abofd que ces mots 9a%n é^esprity ont Hne grande étendue : latè patent^ comme dit Cujas. Us ne signifient pas seulement celte intégrité de jugement que les Romains appelaient sinceriUis mentir et qui est exclusive de la démence, de la ftixaur, de Timbécillité ; ils veulent dire» de plus, que Tesprit du testateur doit être libre, indépendant, et dégagé de pernicieuses influences. C'est sous ces dif^ férents rapports que nous examinerons, dans le cours de cet article, les vices de la volonté du donateur ou du testateur.

446. L'intelligence do Thomme est comme un miroir sur lequel la raison fait apparaître la notion du bien et du mal. L'intelligence aperçoit; la raison conseille; la volonté décide (1). La volonté, pour être parfaite, devrait toujours obéir à la raison ; c*est rentière concordance de la volonté avec la raison qui fait la sagesse. Hais la volonté se laisse trop souvent dominer par la passion plutôt que par la raison. Elle commet alors des fautes et devient répréhen* sible. Cependant elle n'en est pas moins la volonté. C'est pourquoi elle engage la responsabilité de Thomme ; car pour que la volonté soit irresponsable, il ne suffit pas qu'elle se mette en lutte avec la raison ; il faut encore qu'elle ne soit pas éclairée par Tintelligence. Toutes les fois qu'on peut dire d'elle avec Horace .

Meliora video proboque , détériora sequor, '

{!) Mantica, Deeùtgeet.f 1» 3, 1 et suiv., a traité ce point' d'une manière assez remarquable.

i6 iKNfATiom ^ar TEmuamê.

kl eMseieiiee du nat ^*elle cmmmc, fait peser sur elle nmptttabilitd de la loi on de la murales Elle ft agi en connatsauiee de eaiise; die a agi i^eneat L^actioii doit être )ogée comme un^t «umre delà lî* berté.

Les stoiciens n'appelaientToloDtâ ifoelaveleiité raisonnable ; ils appelaîent pasrsîon lavolenté effrénée (i). Cette opinion se ressent de rexagératieo de )mm principes, diaprés lesquels tout vice élait une folie. La Tenté est que la volonté mauvaise est une yolonté dont rhomme répond, quand il n'a pas perd» la- no^ tion du bien et du mal. Saint Augustia » trè»-Men dit que le péché ne serait paa pécbé s'ti' n'était pas volontatre.

Mais si la volonté vient à manquer du mentor que Dieu a placé à côté d'elle , si l'infirmité qui s'^étend sur rame aussi bien que sur le eo^ps', éteint le flam*bleau de la raison ; l'homme cesse d'Mre responsa^ ble. 11 n'a pas agi en homme. La eréatureinteUigtsttlé h disparu ; il n'eet resté qw'un corps prWé de sa dc^ vine moitié.

447. On sait que la volonté peut être fervertie par deux espèce» bien di^einctes de causes vvcieiises. La première consiste dans les passions qui agisseirt sur la volonté, sansalWrer l'éasenee d'if» dieeerueiDenI raisonnable. La «eoemde consiste dansr l'aHénatioa mei^tale qui ne trouble la volonté que* parce qu'eKe désorganise d'une nianière foodamantale tes facultés intellectuelles. Les passions sont, si l'on peut parler

(1) Cicéron, Tuscul., 4,.fiL

afndT , irire mahdSe dit eœur (i) » qui » n elle epptiau la raîsoQ^ ne la supprime pas. L'aNénatien m^Male est une maladie de la raraon nâme, irae destrnetîeii yiscérale de ce don de IMeu , qni disparait dans «ne éclipse centrale et ira s^éteindre an Bulien dee té^ nibres.

LaRocbefoucanlt a dit : i La passion hii souwiit > nn fou du plus habile homme (2). » Haia l'ilitistre moraliste n'a pas parlé ieî du triste et do»te«reQx état de l'homme privé de sa rafson. La passientroi^ ble , transporte , excite ; c*est un oraçe passager cp^ gonfle les flots. Maïs elle n*aholft pas la raiseti r elle ne rend pas fou dans le sens propre de ce met* La Rechefbucault le sait à merveille; car il touehe quelque part les fautes que font faire tes passion» (3). Un fou ne commet paade hntes.

Dans le langage des moralistes, les passions violettes sont regardées comme une atteinte à la sa«ité de rame (4}. Car rhomme, emporté par h colère» la vengeance» Tambition eflVénée, semMe ore pas s*ap** partenir (5) ; il souffire ; il ne jouit pas de celte tranquillité que donna la sagesse ; il »*a pas^ h santé morale. Mais ces sortes de dérangements seul parfe»tement distingués par les moralistes judicfeux de cette maladie bien autrement déplorable qui s'em^ pare de la raison métoe» qui en éteint le flam-^

(1) Ce sont elles en effet qui agitent le cœur.

(2) Réflex.mor.y6.

(4^ €îe«ron» Ti»$cut., 3, 5^ La RacMbucaolt» § liS. ^^

(5) Eanisse expotestaie dicimus eos. CiGéroa,jBR«eiil^ l^cU.

j|B DO» AtlOm £T TESTAMENTS.

beau et est la cécité de rintelligence : mentù ad omnia cœcitatem (1), Celui qui n'est que passionné «eut en lui les deux hommes dont parle admirablement Racine, et que Louis XIY reconnaissait dans son cœur. Dans cette lutte de la passion et de la raison dont il est à la fois le théâtre et le juge, il voit les combattants aux prises , il distingue leurs armes , et la victoire dépend de lui. Et comme il n'est pas abandonné de la raison, lors même qu'il l'abandonne; comme, malgré sa faute , il a toujours la conscience de ce qu'il aurait dû faire au lieu de ce qu'il a fait^ il s'ensuit qu'il n'est pas délié de Taccomplissement de ces devoirs communs qui sont la loi de tous les hommes (2). 11 reste dans la vie civile ; il en a tous les droits avec toutes les obligations.

Mais le fou , dont l'intelligence est un sépulcre fermé à la lumière, ignore le bien et le mal moral ; lé soufiQe spirituel s'est évanoui en lui et Ta laissé neutre entre la raison et les passions, n'obéissant qu'à des impulsions machinales et incapable de la lutte du bon et du mauvais principe. C'est une mer qui gronde sans connaître ce qui agite ses ondes; c'est un volcan qui lance la lave sans savoir pourquoi. Que fera*t-il, l'infortuné, dans la vie civile, qui n'est qu'un échange de droits et de devoirs dont la nature lui échappe (3)? Dans son intérêt même, il faut qu'il en soit retranché.

(1) Idem.

(2) ; « Passe tamen tueri medîocritatem offimrum^ et viUBÇom» m munem cultum^ atque usiiatum. » Cioéron, TuscuL» 3, 5.

(3) Cicéron, toc. cil.

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