‹ Des donations entre-vifs et des testaments, ou, Commentaire du titre II du livre III du Code Napoléon (volume 3)Chapitre 105 sur 166 · CHAPITRE I (art · texte numérisé non relu

CHAPITRE I (art

sensé, la question de la suppression de la condition reste entière» et alors Tobservation de Grotius ne porte pas. G*est pourquoi le même Hodeslin n'étant plus arrêté par la démence caractérisée du testateur, se prononce pour le retranchement de la condition.

216. Voilà donc une première distinction ; elle est fort grave; elle jette un grand jour sur Fart. 900. Cet article ne s'oppose pas le moins du monde à ce que Ton recherche Tétat d'esprit du testateur : il se concilie à merveille avec Tart. 901 qui exige que le testateur soit en possession de toute sa raison, pour faire un testament valable. Mais Tart. 900 ne veut pas plus que Modeslin, qu'un testament soit déclaré nul parce que le testateur aura mis à sa libéralité des conditions extraordinaires et forcées. C'est bien connaître le cœur humain que de savoir qu'on rencontre des hommes très«singuliers , très -bizarres, très-inconséquents, qui pour cela ne sont pas fous.

Eli géaéral la pensée de la mort inspire les idées les plus graves; il y a cependant des personnes qui se font une gloire de s'en moquer. Quand on ne veut pas se singulariser, on recueille, en faisant son testament, ses réflexions les plus religieuses et les plus méditées. Mais quand on vise à l'originalité, on se fait un jeu de ce rôle solennel de législateur domestique. La mort rend tous les hommes égaux; mais son approche ne fait pas que le sage meure comme le fanfaron. Théraméne, condamné par les trente tyrans, montre sa constance; par un bon mot en face de

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80D heure suprême (1); c'était ia grandeur d'àoN du sage, plein de l'espoir d'une antre vie. Mais quan^ le laquais donl parle LaRochefoucaultaemità daosQ sur récha£ittd où il allait être roué (S), ce s'était qi^ la caricatore du courage et la bravade d'un honuK^^ de rien. L'humanité est pleine de ces exagéraliot^ qui visent à l'effet et offrent la ridicule grimace d'us bon scnlimenL A part de rares et mémorables erceptions, je suis de l'avis de La Bruyère : « Toato » plaisanterie dans un homme mourant, est bon ia • sa place (3). » Pourtant, beaueoup d'hommes ost voulu être plaisants dans ce moment suprême, stlai païens surtout aspiraient à ce genre de mérite. Ni disons pas qu'ils étaient insensés. lia ont été ridiculu ou vains, quand ils n'ont pas été sublimes. ChMa a sa manière de traduire ses impressions. Gelii-tt fera à son héritier une mauvaise plaisanterie, conuas on joue avec un enfant à qui l'en donne une friandise. Celui-là fera la plaisanterie sur lui*mème« I/hb se livrera à des combinaisons bizarres; l'autre a te conceptions cjniques. Tous ont eu lapitétention d'être esprits forts et de montrer qu'ils méprisaient la mort, ne sachant pas qu'il faut se borner à ne pas la craindre. Voilé ce qui explique beaucoup de condi* tiens testamentaires empreintes d'une singularil^

(1) Gicéron dit de luii • Lusil vir egregius extrême spirttu,» 7Wcii/,,1, 49.

(2) Pensées, 504, fit fine, ou 528; suivant d'autres éditions.

(5) Chap. 16.

cffânTi» T (art. 900). 291

extrême, dont les lois romaines ont donné des exemplesy et qui sont beaucoup plus rares dans nos mœurs. En pareil ca», qu*a fait la sagesse des jurisconsultes? Eih a rejeté ces conditions, parce que bien qu'in* eacécutabtes, elles n'excluent pas en général la volonté de donner qoi soutient la disposition.

Pomponius a cité un exemple célèbre : J'institue Titius pour mon héritier, s'il touche le ciel aTec la main (1) . Je ne sais si cette hypothèse est imagi* naire , ou si Pomponius l'avait rencontrée dans ses études. Quoi qu'il en soit, il faut dire que si le testatemr n'était pas atteint de folie, sa disposition estcelle d'an homme qoi a voulu faire une plaisanterie à son héritier » ou donner ï sa pensée une forme bizarre. Regardez'Y de près; c'est comme s'il avait dit : J'institue Titius pour mon héritier pur et simple. Car toucher le ciel avec la main est chose impossible; et comme on n'entreprend pse l'impossible, et qu'à l'impossible nul n'est tenu, Titius n'aura rien a faire pour être mon héritier.

'217. A cela on ne saurait opposer avec solidité Texemple des contrats. Quand on contracte, et que Ton met à son engagement une condition absurde et impossible , il est clair qu'on n'a pris cette tournure, que parce qu'on ne voulait pas s'engager. Tous me demandez de m'acheter ma terre; je vous réponds par un refus. Vous insistez ; alors, pour en finir , je vous écris : < Vous aurez ma terre quand » vous aurez bu toute l'eau de la mer. t (Test répondre

(1) \j. 16, D., De injusto et rupio tndmentù.

par une plaisanterie à une proposition qui n^a pas paru sérieuse.

Mais si faisant un acte spontané, comme TestuD testament , je dis : « J'institue Titius s*il boit toute

• Teau de la mer, > le résultat sera tout autre. Je ne suis pas provoqué à faire une libéralité; je n*ai pas eu de motif d'aversion. Si j'avais été sous le coup delà contrainte, la même puissance qui m'était ma liberté, m'aurait empêché d'ajouter à mon bienfait ooe condition impossible; j'ai agi librement; j'ai voula donner. Seulement, • la singularilé m'a plu dans

• une matière si sérieuse et si profonde (1). » J'ai voulu rire dans un acte que d'autres n'abordeot qu'avec effroi. Mais cette condition, appelée dérisoire par Marcianus , ne compte pas (2); c'est une formule étrange qui exclut tout. acte à faire de la part de l'héritier , puisque tout acte tenté par loi se heurterait contre l'impossible.

218. Prenons un autre, cas, où la suppression de la condition se légitime par des considérations d*ua autre ordre. Je fais Titius mon héritier, s'il jette mes restes dans la mer : si reliquias mea$ in tnare abjicias (3). On pourra très-sérieusement examiner, avant tout, si le testateur a été sain d'esprit: • Sd hoc pritis inspiciendum estj ne komo^ qui talem cjwàtionem posuit^ neque compos mentis esset. » (4) Car la

(1) La Bruyère, loc, clU

(2) L. 14, D., De cond. instit,

(3) Modestinus, 1. 27, D., De cond. insliL

(4) Ibid. ; tn/rd, n« 475.

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