CHAPITRE 1 (art
Celte forme de la famille est saisissante a elle seule; elle repousse les utopies et les imaginations des savants, trop dédaigneux des usages profonds de rbumanilé. Que si Ton m'opposait qu'aujourd'hui les familles sont loin de vivre dans cet état d'unité étroite et que mon argument se prévaut do faits sociaux maintenant épuisés, je répondrais qu*il reste toujours dans la famille, et surtout dans la ligne directe, des traits d'union assez intimes pour maintenir à mon point de vue toute sa justesse. Quand vous trouvez le même sang, les mêmes traits de ressemblance (1), le même nom, la même solidarité d'honneur, la même responsabilité morale, les mêmes souvenirs d'origine, les mêmes affections réciproques , c'en est assez pour établir cette éner* gique et puissante unité de la famille, cette vie commune, ce lien moral qui ne permettent pas que les biens du défunt aillent s'égarer dans des mains étrangères et dépourvues de droit.
48. Il est donc certain que le corps moral de la Emilie, et surtout que cette copossession des enfants, fait obstacle au prétendu retour dont parle Bynkershoeck dans ses rêves de droit naturel, qui ont le tort d'oublier le plus naturel de tous les droits.
(I) V. les exemples curieux rapportés par Pline, VII, 10, at qui prouvent combien la nature a voulu graver dans la famille le souvenir de ses auteurs. Pline dit que les marques qae les Dates se font au bras se retrouvent à la quatrième génération.
54 DONATIONS ET TEftTAWtlTFB.
le droit des enfants (1). La copotsession jointe à [^affection du père pour les surtirants, loin de se prêter a ce retour chimérique, ouvre au eoutraire la succession naturelle et légitime au profit de la famille, qui est première occupante, qui est asaoeiée à la propriété, qui est la première placée dans les affections des parents (^.
i9. Aussi, est-ce un droit naturel au premier chef que celui dont nous parierons plus bas et qui veut que les enfants aient une part certaine dans le patrimoine des pères. Le père qui les déshérite manque à un devoir de la nature : son testament est moffideuxj suivantla belle expression des Romains (3}« car le plus bel office des parents est foulé aux pieds par ce père dénaturé. Comment a-t-il pu croire qu'il avait tout feit pour ses enfants en leur donnant le jour? Qu*est-ce que la vie sans les moyens de la soutenir fc^est le présent des insectes et des vermisseaux : Muscarum ae nermium honum (4). Gelm-4i seul remplit son devoir paternel qui prodigue les soins a ses enfants, qui leur communique le bienfait de TéducatioB, qui éclaire leur esprit du flam-
(1) Paul, I. 7, D. De bonis damtMtorum.
Cum ratio naturalis , qtuisi lex quœdam tadia, liberis pa* reiUum hœreditalem aidicereU velut ad debitam succestùmem eos vocando, propter q%u>d et injure civili suorum hœrêdmn nemen eis iÊÊiietum est
(2) Mon petit Traité 4e la Propriité. V. aussi mou oomnentaire Do la PrmeripHm»
(5) Dig. Dêinoff. tot, t II,— Platon, Lois, XI. (4) Sénèque, De benef.^ 3. 31.
GBâMTM I (aBT. 803).
faaav de la religion et des mœurs» qui pourvoit à levr bien-dtre autant qu'il est en lui (1). Les soins dus aux enbnts eomprenneot nécessairement Je soia du bien-être (2). En communiquant la vie» le père est débiteur envers ses enfants, dans la me* nue de ses moyens, de ce qui la rend supportable et facile. Non ert banum vheref sed bens vivere (5) ; il eontracle, à cet égard, Tobligation la plus étroite et la plus sacrée.
SO. Bjnkershoeck s*est donc plongé dans les plus profondes ténèbres de Terreur, lorsque» oubliant cette présence de la famille, il fait apparaître TÉtat peur appréhender la propriété et la possession du dWfunt. Un jurisconsulte est inexcusable , lorsqu'on perlant au nom du droit naturel, il passe à côté à%8 Kens sacrés de la paternité et de la parenté sans les apercevoir.
Mais, lors même que la famille ne serait pas la peur évincer TËtat et les prétentions usurpatrices élevées en son nom^ il y a d'autres considérations non moins puissantes qui mettent la dernière volonté dn propriétaire au-dessus de toutes les objections.
La propriété est un droit transmisstbie, et Ton peut échanger et vendre la chose dont on est propriétaire. Nous disions tout à Theure qu*on peut même la consommer et ta détruire , lorsque lé
(1) Sénèqus, toc. ciL
(S) Diog. Laer., 5, § 19 ; il cite Aristote. — Sénéque, he. eiL
(3) Séaéq., f#f. cit.
^fifi^lfimi^it^ y a intérêt et que cette chose est coq- ^MAfUbte pour les usages de la vie. De même, la d^Wrli ilu propriétaire va jusqu'à Taliéner, lorsqu'il x Ir^ttve son profit. Aliéner la chose, c'est une manit^r^ d*on jouir. S'il en était autrement, le droit de |m>priélé ne serait pas un droit absolu, un droit dans lu force du terme. Partout où la liberté naturelle du propriétaire n'est pas subjuguée par des lois tyrauniques et déraisonnables, il a un droit souverain pour remplacer sa chose par une autre chose, pour.subalituer de Targent à un meuble ou à Fimmeuble dont il n'a plus besoin, pour en tirer, par l'échange ou la vente, des avantages ou des commodités aussi légitimes que les proûts résultant de la culture oa do la possession. Répétons-le donc, le droit de disposer est une des manifestations les plus essentielles , un des attributs les plus entiers du droit de propriété.
2L Or qu'est-ce que le testament, sinon une des formes de ce droit de disposer ? Je puis donner de la main à la main , en me dessaisissant actuellement. C*est là l'acte de liberté le plus absolu et le plus grave » et qui démontre le mieux la souveraineté et retendue du^'ia utentU du propriétaire. A plus forte raison je puis donner avec la condition que je garderai la chose pendant an certain temps et que je difiTirerti mon bienfait à une certaine époque ; rien ne m'empêche même de stipuler que celui que je gratine, n'entrera en jouissance «pi^après ma mort. Kst^ce que la critique la plus minutieuse a quelque dioio à i^prcttdne» soit a une vente avec réserve d'u-