CHAPITRE V (art
du gouvernement, à cause des sacrifices dont la conservation dans les gentes importait à la chose publique (1), à cause du pouvoir paternel et marital, qui par sa grande étendue était autant politique que • lomestique. Dans cet ordre d'idées, la transmission ile Thérédité était un événement d'ordre public qui, entre tous les autres, tenait en éveil au plus haut tlegré Tattention du législateur. La loi civile, préoccupée des intérêts de l'Etat, bien plus que des sentiments de la nature, Tavait réglée dans un esprit aristocratique. On peut consulter la loi des Douze Tables (2). Son système de succession ah intestat est inspiré tout entier par l'esprit de conservation, propre surtout à l'aristocratie; elle veut conserver dans la famille et dans les gentes, les noms, les souvenirs, les biens, les distinctions, les sacrifices et les rites paternels (3) ; les sacrifices, en particulier, que Cicéron reprochait à Clodius d'avoir laissé perdre en se faisant adopter par un plébéien (4). Ces sacrifices étaient attachés à l'hérédité (5), d'après le droit pontifical (6) ; ils en formaient une charge nécessaire,
(1) Cicéron, Pro domo, 13. De legibus, 2, 9. Loi des Douze Tables : « Sacra privata, perpétua manento, »
(2) Justinien, Instit., De hœred. quœ ah inlest. defer. Mon livre de l'Influence du christianisme, p. 1, cb. m, note 1 de la page 27, et p. 2, ch. XI. ^ .vi;>.
(3) Cicéron, De legibus, 2, 9, Ex patriis rilibus optuma coluntn. Festus, V Sine sacris hœreditas,
(4) Cicéron, Pro domo, 13.
(5) Voy. mon article sur les Genres (i?ev. de /e'^ts^., 1847, 1,5), et Beaufort, t. L, p. 107.
(6) Cicéron, De legibus, 2, 20, et 21.
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quelquefois onéreuse (1), mais toujours chère aux familles illustres, cl qui entretenait dans leur sein les signes caractéristiques de leur origine, les distinctions dont elles étaient fières, le culte des ancêtres, la piété envers les dieux (2).
Il im[)orlîiit donc que la pensée de la loi successorale ne lût pas altérée par les caprices ou l'imprévoyance du |)ère de famille, et que le testament ne servît pas de moyen pour affaiblir les précautions de la politique, pour confondre les ordres, mêler les familles, profaner ou mettre en oubli les sacrifices dôme liipjes. De là cette rè^le, qu'un testament étant une dérogation à la loi des successions ab intetilal, ne pouvait avoir d» ifet que s'il elnit lui-même en foi me de loi (7)). C'est pourquoi, le père de famille venait devant le peuple assemblé dans les comices par curies, il prononç'iit à haute voix le nom île celui qu'il voulait faire son héritier, et le peuple ratifiait sa volonté par ses suiTrages (4). C'est de la même
(1) P'aute, Captiv.» 4, i, 8. Festiis, \* Sine sacris.
(2) Voy. l'aiié^cdoie rapportée p^r Tile-Live, 5, 46.
La gens PHt)ia avaii un sacrifice anniversaire sur le mont (^nirin.»l. iFaliiue, quoi(|iie Uojne fût occnp»'e par les Gantois, n'iiésita -pas à traverser le camp ennemi pour ne pas interrompre cet acle solennel. En effet, la loi des Douze T;4)les ordonnait que les sacrifices ne fussent pas intenompus. — Sur les sacrifices, voy. Macrobe, 1, Saturn. 10. Feslus, y'' PubUca sacra et Saturn. Servius sur i'JEuéide^ 2, 166; 5, 407; 5, 706.
(3) Bynkerskœck, 2, observ. 2.
(4) Aulu-Gelle, 15, 27. Beanftjrt, loc. cit.