‹ Des donations entre-vifs et des testamentsChapitre 16 sur 371 · PREFACE. XXXV · texte numérisé non relu

PREFACE. XXXV

les concerne sur ce qui serait incroyable chez les autres.

Lacédémone, dont les lois sont si célèbres et si singulières, veut que nous en disions un mot à part. Elle avait commencé comme Athènes par la prohibition du testament. On a conclu d'un passage d'Aristote que Lycurgue qui avait fait un partage égal des biens, qui avait défendu de vendre et d'acheter les lots distribués, qui avait interdit l'usage de l'or et de l'argent, était tombé dans l'étrange contradiction d'accorder à chaque citoyen la liberté de donner el détester (4). Il n'en est rien, et Aristote n'a pas commis cette grande erreur. Il se borne à constater l'antagonisme de règlements si mal conçus, sans en rendre Lycurgue responsable. Et en effet, c'est l'éphore Epitadeus qui, au témoignage de Plutarque (2), introduisit le droit de tester, cinq siècles après* Lycurgue. En faisant accepter par ses concitoyens cette loi qu'il n'avait proposée que par ressentiment contre son fils, il renversa toute l'économie politique de Lycurgue. « Les riches (continue Plutarque). com- » mencèrent alors à acquérir de tout coté, en dé- » boutant les vrais héritiers des successions qui » leur appartenaient. » Comme les filles étaient devenues habiles à hériter, le père put dès lors léguer sa fille à celui qu'il lui convenait de choisir (3). Le droit athénien entra par là dans la jalouse cité de

(4) Pvlitiq-, 2, 6 (t. h, p. -165, trad. de M. Barthélémy Saint-Hilaire). Mon Mémoire sur Athènes et Lacédémone.

(2) Agis et Chou, % 7 (t. VU, p. 324. trad. d'Amyot).

(3) Aristote, /oc. et*. M. de Pastoret, t. V, p. 497.

XXWI PRÉFACE.

Lycurgue. et lout le système économique de ce législateur ne tarda pas à s'écrouler. On peut voir les autres causes de sa chute dans mon mémoire académique sur Athènes et Sparte.

Mais il est temps d'entrer en Italie, dans cette patrie illustre du droit civil.

Les influences qui gouvernèrent le vieux droit ita^ lique sont ingénieusement caractérisées par Virgile, lorsqu il représente Enée offrant en présent au roi Latinus le sceptre et la tiare sacrée de Priam (I). La religion et la politique se donnèrent, en effet, la main pour façonner les institutions italiques, et l'une et 1 autre firent longtemps la force des peuples Lalins et Etrusques naturellement amis du cuite des dieux 2 . Leurs premiers rois, tels que Latinus et Turnus. avaient tous une origine divine: ils étaient à la fois prêtres et chefs guerriers (3), et leurs ministres allaient chercher des lois et des réponses dans les fibres des victimes, dans le vol des oiseaux et dans les éclats de la foudre (4). Quoique l'élément grec fût venu se mêler aux populations de l'Italie,

(1) Hoc Priami gestamen erat, quum jura voeatia More daret populis, sceptrumque saccrqne tiaras.

£toeid., VII, v. 246247.)

(2) Hinc gênas, Ausonio mixtura quod sanguine sorget Supra homines, supra ire deos pietate videbis.

f.Eneid.. XII, v. 838, 839.)

(3) Virgile représente Picus, roi des Laurentins, portant le bâton augurai cl le bouclier sacré (.Eneid., lib VII).

(i) ... 111e hominum divumque interpres Asylas Cuî pecudura fibrae, certi cui sidéra parent Et linguse volucrum et praesagi (ulminis ituics.

f.Encid., lib. X, v. 176, 177.

Cet Asylas était un Etrusque.

PRÉFACE. WXVII

comme nous l'enseigne Virgile dans les cinq derniers (liants de son immortel poème, la race italique avait conservé sa trempe vigoureuse et son type original. Jupiter avait même promis à Junon que le Latium resterait le Latium malgré la victoire d'Enée, que les Ausoniens retenant leur nom, leur langage, leur costume, absorberaient les fugitifs de l'Asie, après avoir mêlé les deux cultes, et que Pvome ne devrait un jour sa puissance et ses progrès qu'à la seule valeur italienne (1). L'Italien, patient agriculteur et vaillant soldat, dédaignait le luxe; il aimait le butin de la chasse et de la guerre; sa lance lui servait tour à tour pour percer ses ennemis et pour aiguillonner les bœufs de sa charrue (2). L'esprit italique, plus précis et plus juste que l'esprit grec, n'avait jamais connu les rêveries des Minos et des Lycurgue ; et c'est avec raison que Cicéron félicitait la vieille Rome d'avoir préféré la prudence et la raison dans ses lois aux ébauches presque ridicules de ces législateurs (3). Les mœurs étaient rudes sans

(4) Sit Latium; sinl albani per sœcula reges; Sit Romaua potens itala virtute propago.

Sermonem Ausonii patrium moresque tenebunt; Utque est, nomen erit.

uKneid., XII, 826, S27, 834, SX Voy. aussi Titc-Live, 1 , 2.

(2) At patiens operum, parvoque assueta juventus Aut rastris terrain domat, aut quatit oppida bello Omne aevuni l'erro teritur, versaque juvencum ïerga fatigamus hasta.

(.Kueid., lib. IX, v. G07 cl suit

(3) « Jus... ineonditum ne pœne ridiculum. » (De orat., 1. 44.)

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