Il
à faire une libéralité; je n'ai pas eu de motif d'aversion. Si j'avais été sous le coup de la contrainte, la même puissance qui m'ôtait ma liberté, m'aurait empêché d'ajouter à mon bienfait une condition impossible; j'ai agi librement; j'ai voulu donner. Seulement, « la singularité m'a plu dans une » matière si sérieuse et si profonde (1). » J'ai voulu rire dans un acte que d'autres n'abordent qu'avec effroi. Mais cette condition, appelée dérisoire par Marcianus, ne compte pas (2) ; c'est une formule étrange qui exclut tout acte à faire de la part de l'héritier, puisque tout acte tenté par lui se heurterait contre l'impossible.
218. Prenons un autre cas, où la suppression de la condition se légitime par des considérations d'un autre ordre. Je fais Titius mon héritier, s'il jette mes restes dans la mer : sireliquias meas in mare abjiciat (oj. On pourra très-sérieusement examiner, avant tout, si le testateur a été sain d'esprit : « Sed hoc prius inspiciendum est, ne homo, qui talem conditionem posait, nequc compos mentis esset (4).*» Car le bon sens humain croit aux honneurs de la sépulture. Cependant, il est des hommes qui les méprisent par irréligion; d'autres, par la religion de l'immortalité de l'âme. Socrate ne montra nul souci de ses funérailles (5). Diogène voulut être jeté au milieu des champs, demandant plaisamment un bâton pour chasser les vautours (6). On peut donc n'être pas fou, on peut même tenir un haut rang parmi les philosophes., et avoir en pitié la sépulture corporelle. Si donc le testateur était de ces hommes qui ont voulu montrer ou
(•1) La Bruyère, loc. cit.
(2) L. 44, D.,De concl. instit.
(3) Modestinus.l. 27, D., De cond. ûisliî.
(4) Ibid . ; infra, n>47o.
(5) Cicéron, TascuL, 4, 43.
(6) Ibid.