LXII PREFACE
sonne ( I ). Un mari était arrêté par les mêmes entraves à l'égard de sa femme, une mère à l'égard de sa fille (2). Aussi Cicéron disait-il, dans sa République, que cette loi était pleine d'injustice : « Quœ quidam ipsa lex, » utilitatis virorum gratta rogata, m mulieres plena » est injuriœ (3). » C'est pourquoi elle fut éludée par divers moyens, et voici comment : Et d'abord, comme le cens n'était pas toujours tenu avec beaucoup d'exactitude, et que les peines portées par Servius contre ceux qui ne veillaient pas à leur enregistrement (4) n'étaient pas appliquées avec toute la sévérité désirable, ceux qui voulaient tester en faveur de leurs femmes ou de leurs filles prenaient la précaution de ne pas se faire inscrire parmi les cemi. Partant de là ils s exemptaient de la loi Voconia. qui par son texte ne s'appliquait littéralement qu'aux censi, et les préteurs venaient en aide dans leurs décisions à cette interprétation bénigne dune loi odieuse.
D'un autre côté, les fortunes pouvaient s'augmenter d'un cens à l'autre, et tel qui, lors du recensement, n'avait que 70,000 as, pouvait en avoir acquis le double au moment où il décédait et avant le recensement suivant; et néanmoins, il était apte à tester au profit d'une femme, d'après les registres, puisque c'étaient eux qui déclaraient la capacité. A ce nou-
({) Saint-Augustin, De eivit. Dei, lib. 3, col. 24. Montesquieu, Esprit des lois, liv. 27, ch. 1 .
(2) Cicéron, De republica, 1JI, 1 : « Cur non sit hœres matri suœ? »
(3) Ici.
(4) Cicéron, Pr<> Cœcina, n°34. Beaufort, t. \t p. 34, ch. fies censeurs.