CHAPITRE I (art
(le noire sujet de les suivre dans ces théories subtiles. Ceux qui voudront satisfaire leur curiosité à cet égard, peuvent recourir à la logique d'Aristote, aux topiques de Cicéron (1), à Suarez (2), à Leibnitz, etc. Toutes ces divisions peuvent, dans certains cas, n'être pas inutiles aux jurisconsultes. C'est au célèbre jurisconsulte Trébatius que Cicéron avait adressé le traité des Topiques, où il parle avec étendue des causes, et des ressources d'argumentation que l'orateur en peut tirer dans ses défenses devant le préteur. Mais comme ce n'est pas au point de vue delà dialectique que nous avons à nous occuper ici de la cause, nous écarterons des distinctions qui sont hors de notre sujet, et nous n'en retiendrons qu'une seule, celle des causes finales et des causes impulsives, qui est fort utile dans le droit (3).
580. La cause finale est celle que nous considérons principalement lorsque nous devons faire quelque chose, celle qui nous détermine principalement à faire cette chose, et vers laquelle notre volonté se dirige en agissant. Elle est le commencement et la fin de nos actions : le commencement, parce que c'est d'elle que nous tenons l'intention d'agir ; la fin, parce que c'est elle qui est notre objet principal dans l'exécution. Mantica l'appelle avec raison Fons omniwn eausarum (4).
La cause impulsive a une influence moins étendue sur nos actions. Ilestbienvraiqu'ellenous suggère la volonté d'agir; mais elle ne nous la suggère que secondairement. Après
(4) Voy. nos 4 et surtout 15, 46, M, où il parle des causes efficientes et non efficientes, et de beaucoup de sous-distinctions, des causes permanentes ou passagères, etc., etc.
(2) De metaphysiea.
(3) Furgole, VII, 3, 9; V, 4, 22 et <uiv. Menoch., De prœsumpt., IV, 24. Henrys, t. II, p. 872.
qu'elle nous a frappé et qu'elle a éveillé nos idées^ elle se retire pour faire place à une intention plus principale, plus décisive. Ce n'est pas elle qui nous dirige dans l'exécution; ce n'est pas elle que nous avons en vue en agissant. C'est improprement qu'on l'appelle cause; son véritable nom est motif, d'après Balde, cité par Menochius (1).
581. Un exemple fera sentir cette différence: l'on sait qu'une femme romaine, nommé Calphurnia, ayant postule1 avec une impudente effronterie devant le préteur, ce magistrat rendit un édit pour défendre aux femmes de postuler en justice. L'action de Calphurnia fut-elle la cause finale de l'édit du préteur ? Nullement, elle n'en fut que la cause impulsive et accidentelle. La cause finale, le but du préteur fut de mettre un frein à l'indécence qui pouvait résulter du spéciale des femmes se montrant en public et prenant part aux disputes du barreau. Sans ce but d'utilité publique, sans cette haute raison de morale, l'édit du préteur n'aurait pas été rendu ; l'action de Calphurnia aurait pu donner lieu à une défense personnelle, mais pas à un règlement général. Cependant cette action de Calphurnia a eu une influence sur le préteur : c'est elle qui l'a plus facilement porté à rendre son édit, et qui a été l'occasion de sa défense. Voilà pourquoi on la place au nombre des causes, ou pour mieux dire, des motifs. Mais elle est seulement impulsive.
582. Telle est la différence entre la cause finale et la cause impulsive.
Les jurisconsultes romains, qui excellentdans l'art du raisonnement, ont senti que cette différence était d'une grande importance pour interpréter la volonté d'un testateur, lorsqu'à l'expression de sa volonté se joignait renonciation d'une des causes de cette volonté. Si la cause de la libéralité se trouve
(1) toc. cit., n° 18.