‹ Des donations entre-vifs et des testamentsChapitre 28 sur 371 · LXVI PREFACE · texte numérisé non relu

LXVI PREFACE

moins à son aversion pour les femmes, qu'à la nécessité qui plus tard fit promulguer la loi Falcidia(l). Mais ce serait une erreur ; car. pourvu que chaque légataire eût moins que l'héritier, rien n'empêchait le testateur d'épuiser l'hérédité par une multitude de petits legs faits à différentes personnes [%). C'était donc moins de l'intérêt de l'héritier que se préoccupait la loi Voconia que de son inimitié politique contre les femmes (3).

Il suivait de là que le maximum du legs qu une fille ou une épouse pouvait espérer, était la moitié des biens (4). Or, puisqu'on voulait mettre des entraves à la richesse des femmes, cette disposition étaitelle bien conçue? Cicéron s'empare de cette objection pour blâmer la loi Voconia , même en se mettant à son propre point de vue. Pourquoi la fille de Crassus , dit il , pourrait-elle posséder cent millions d'as que lui aura légués son père? Pourquoi la mienne ne pourrait-elle pas posséder les trois millions d'as qui font toute ma richesse (5)?

Nous l'avons dit : le premier chapitre de la loi Voconia ne put résister à la puissance du droit naturel : les fidéicommis surtout en firent justice. Devenus favorables sous Auguste et protégés par ce prince (6), ils servirent de manteau légal aux trans-

(1) Caïus, /oc. cit., ?27.

(2) Id., n° 226.

(3) Montesquieu, liv. 22, ch. 4.

(4) Quintilien, déclam. 264. Balduiuus sur la loi Voconia.

(5) De republica, III, 7.

(6) Instit., De fideic. hœred.

PREFACE. LXVH

missions faites aux femmes. Du temps de Caïus (1), le droit commun reconnu et consacré voyait dans les fidéicommis un moyen régulier de faire à leur profit ce que la loi Voconia défendait par la voie directe de l'institution d'héritier. Ils ne durent donc laisser qu'une autorité nominale à cette loi , quoique ce jurisconsulte en parle encore comme de quelque chose de présent (2). Aulu-Gelle nous la représente comme ayant été entraînée par le débordement de l'opulence romaine (3) ; il aurait mieux fait de dire par la puissance des sentiments gravés dans le cœur de l'homme.

D'un autre coté , les lois décimaires rendirent la loi Voconia inapplicable aux femmes qui . par leur mariage et le nombre de leurs enfants , se trouvaient appelées à recueillir les dixièmes autorisés en leur faveur. De sorte que , de tout côté, la vieille conception de Caton se trouvait battue en brèche.

Quant à le seconde partie . elle fut remplacée par la loi Falcidia qui réserva à l'héritier le quart du patrimoine et soumit à la réduction tous les legs qui excédaient les trois quarts des biens (4).

On voit que, sous le règne d'Auguste, la loi Voconia fut paralysée de deux manières : par les fidéicommis et par les lois décimaires. Ce dernier point demande quelques explications ; il est

(1) 2, comm. 174.

(2) Id.

(4) Justinien, Instit., Deîeg. Falcidia.

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