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cette illusion, n'était pas plus déraisonnable qu'un autre sur les choses ordinaires de la vie. Ce sont là des folies qui, bien que partielles et circonscrites en apparence, sont cependant l'indice certain et éclatant d'une perturbation radicale dans les fondements mêmes de la raison. Nul n'oserait contracter avec certitude avec un tel homme; nul n'oserait lui confier sa fille comme épouse,, ni lui prêter une somme d'argent; nul ne voudrait en faire son mandataire ou son dépositaire. Qui pourrait avoir foi dans cette parole, à côté de laquelle se trouve l'obscur abîme de la démence? La raison de l'homme est une : elle n'est pas susceptible de division. Quand la folie s'en rend maîtresse, ne fût-ce que sur un côté isolé, elle la vicie dans son entier, semblable à ces cancers qui ne rongent qu'une seule partie du corps, mais sont une corruption de toute la masse du sang.
452. Il y a cependant des médecins qui ont soutenu que la monomanie ne rend l'homme incapable qu'en ce qui a rapport au côté obsédé de son intelligence; mais que, hors de là, ses actes étant raisonnables doivent être jugés comme ceux d'un homme sain d'esprit (1). Je ne parlerais pas de ce faux et dangereux système, si la médecine appelée légale n'avait affiché depuis quelque temps la prétention d'imposer ses oracles à la jurisprudence. Je sais que tous les médecins d'aliénés ne partagent pas cette erreur cardinale de la divisibilité de la raison de l'homme. Les plus sensés et les plus expérimentés se sont rangés à l'opinion juridique^ de tout temps adoptée dans les tribunaux, à savoir, que le fou, dont la démence n'a que des apparences partielles, est aussi bien fou que celui dont la démence est absolue. Mais il faut le dire, la plus grande partie des médecins sont enclins à se
(l) Hoffbaùer, Médecine légale relative aux aliénés, Irad. de M. Charabeyron, p. 104: Junge M. Toullier, t. II, n°3!2.
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donner sur ces matières une compétence exclusive, se considérant comme possédant pins particulièrement la solution des problèmes de l'entendement humain (i). ïe suis loin de récuser le témoignage des médecins; je le considère même comme très-digne d'attention; car c'est celui d'hommes exercés et d'observateurs savants. Mais leur jugement ne saurait toujours être le jugement du magistrat; nos points de vue sont trop différents pour conduire au même but. Les médecins sont préoccupés du soin de guérir; nous, du soin de la liberté des hommes et de la sincérité des actes de la vie civile. Un homme peut avoir une constitution nerveuse et mélancolique, considérer avec tristesse les scènes du monde, apporter une humeur sombre, jalouse ou violente dans ses relations. Il y a peut-être là matière à guérison ; mais il n'y a pas matière à interdiction. Je réclame l'office du médecin; je repousse l'intervention du juge, et je neveux pas que la médecine légale argumente de quelques symptômes qui réclament une cure, pour transformer une susceptibilité maladive, une surexcitation éphémère, un trouble superficiel en une de ces altérations profondes qui abolissent la raison. Il faut l'avouer : ce que j'ai vu et entendu de certains médecins dans ma carrière judiciaire, dépasse toute croyance; il n'y a pas un homme que l'on ne pourrait déclarer monomane en les écoutant. Si Pascal n'était pas mort, il devrait prendre garde à lui; car je connais maint docteur qui le tient pour halluciné. Socrate est bien heureux d'être venu si tôt ; il a péri du moins avec la réputation du plus sage des hommes, tandis qu'on pourrait bien trouver, dans plus d'un savant écrit médical, qu'il était à peu près monomane avec son démon familier. Enfin, faut-il le dire? combien n'ai-je pas vu de consultations qui rappellent trait
(\) Hoffbaiier, toc. rit., p. 22.